Le Belge Pierre Piccinin libéré en Syrie témoigne: "On a subi des violences physiques très dures"

 

L'enseignant belge Pierre Piccinin da Prata est arrivé à Bruxelles ce lundi matin à 05h40, en provenance de Rome, indique le Centre de crise. Enlevé en Syrie en avril dernier, il a été libéré dimanche soir avec l'Italien Domenico Quirico, journaliste au quotidien La Stampa. Il a accepté de témoigner ce lundi matin sur Bel RTL.

L'enseignant belge Pierre Piccinin, enlevé en Syrie en avril dernier, a été libéré dimanche, tout comme le journaliste italien Domenico Quirico. Il est arrivé à Bruxelles ce lundi à 05h40. Il a répondu aux questions de notre journaliste Vincent Lorge dans le journal de 8h sur Bel RTL.

Vincent Lorge: Comment allez-vous?

Pierre Piccinin: "Physiquement ça va malgré les tortures que nous avons subies, Domenico et moi. Psychologiquement aussi, je pense qu'on a pu se soutenir l'un et l'autre. Véritablement, l'un sans l'autre on n'aurait pas pu tenir. Mais à deux dans des circonstances comme celles-là, on peut s'encourager."

Vincent Lorge: Vous parlez de torture, cela veut dire que votre détention a été particulièrement pénible?

Pierre Piccinin:
"C'est une détention assez particulière. Cela  a été une odyssée terrifiante à travers toute la Syrie. On a été beaucoup déplacé à de nombreux moments dans de nombreux endroits. Et disons qu'à certains moments on s'est retrouvé avec des groupes. Ce n'était pas toujours le même groupe qui nous détenait, avec des groupes très violents, très anti-occidentaux et des islamistes anti-chrétiens. Cela a été parfois des violences physiques très dures."

Vincent Lorge:
Des humiliations aussi?

Pierre Piccinin: "Des humiliations, des brimades, de fausses exécutions. Domenico a subi deux fausses exécutions au revolver. A un moment on a cru qu'ils allaient nous tuer parce qu'il nous ont dit que nous étions devenus un problème et qu'ils allaient se débarrasser de nous".

 

"Ma mère a cru entendre le fantôme de son fils"

Vincent Lorge: J'imagine que cela a été dur pour vous et pour eux d'avoir retrouvé votre famille. Vous étiez pratiquement privé de contact pendant toute votre détention à part un coup de fil je pense?

Pierre Piccinin: "Effectivement on a eu un seul coup de fil. J'avais pu voler un GSM à un certain moment. Enfin, pas vraiment le voler mais me le procurer grâce à une aide dans la confusion d'une bataille. Et déjà pendant quelques secondes téléphoner à mes parents pour leur dire que j'étais vivant parce que pendant deux mois, pendant ce siège d'Al Qousseir, où les djihadistes nous avaient pris, ne pouvaient pas nous vendre ou nous demander quoique ce soit puisqu'ils étaient eux-mêmes prisonniers du siège. Ils n'ont pas donné le moindre signe que nous étions vivants. Et je vous dis que quand j'ai téléphoné à ma mère, c'est ma mère qui a décroché. Je connaissais par cœur le numéro de la maison de mes parents. Quand j'ai entendu sa voix, je pense qu'elle a cru entendre le fantôme de son fils qui revenait de l'enfer syrien parce que pendant deux mois, mes vieux parents n'ont pas eu la moindre nouvelle de moi. Jour après jour, semaine après semaine cela a été l'angoisse, cela devait être horrible pour eux".

 

"Nous avons essayé de nous échapper 2 fois"

Vincent Lorge: Vous avez essayé de vous échapper?

Pierre Piccinin: "Nous avons essayé de nous échapper 2 fois. Une fois on n'a pu aller assez loin. On a profité de la prière, on s'est emparé de deux kalachnikovs et nous avons quitté le bâtiment. Pendant deux jours, on a couru la campagne avant de se faire reprendre et là de se faire très sérieusement punir pour cette tentative d'évasion".

Vincent Lorge: Vous croyez qu'un jour vous retournerez en Syrie?

Pierre Piccinin: "Alors le grand problème, c'est que la révolution syrienne depuis 7, 8 mois a connu une évolution très importante. L'armée syrienne s'est quasiment évaporée. Et actuellement on est face à des vagues islamistes ou du brigandage de certains groupes qui rançonnent les territoires, qui contrôlent. Je pense qu'il est devenu très dangereux pour les occidentaux d'encore se risquer en Syrie dans les conditions actuelles d'une révolution qui est en pleine déliquescence et qui tourne à autre chose".

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