Les tensions avec le Vatican ne sont pas aussi fortes que celles qui ont émaillé les relations entre notre pays et la République Démocratique du Congo. Il n'empêche, pour André Flahaut, simplement déclarer qu'on n'est pas en accord avec les déclarations de Benoît XVI - qui a affirmé que le préservatif n'était pas la solution pour faire face au Sida alors que le virus progresse très rapidement sur le continent africain - est loin d'être suffisant. Il appelle donc le gouvernement belge et le ministre des Affaires étrangères, Karel De Gucht, à poser un geste fort: rappeler l'ambassadeur belge au Vatican.  

"Les propos tenus par le pape, qui est un chef d'Etat, sont suffisamment graves, déplacés et inadmissibles pour que nous marquions de façon symbolique, mais très forte, notre mécontentement et notre désapprobation. Rappeler un ambassadeur n'est pas une crise diplomatique. Mais cela en vaut la peine et peut-être que d'autres pays devraient en faire de même", a-t-il déclaré ce matin sur les ondes de Bel RTL.

Hier, le libéral Olivier Chastel avait déclaré que "si les propos tenus par le Saint Père correspondent à la position défendue par l'Eglise catholique depuis de nombreuses années, il n'en demeure pas moins qu'ils sont irresponsables". M. Chastel a insisté sur l'importance du contexte africain dans lequel les propos ont été tenus: le continent est particulièrement touché par la maladie et l'Eglise catholique y est très présente par le biais des écoles et des hôpitaux.

 

"Le pape n'est pas très diplomate"

Dans un échange de questions-réponses publié jeudi dans Vers l'Avenir Luxembourg, le primat de Belgique, Mgr Danneels revient sur les déclarations faites par Benoît XVI lors de son voyage en Afrique sur le sida et l'usage du préservatif. Le cardinal qui estime que "le pape n'est pas diplomate", affirme notamment qu'il aurait mieux fait de ne pas faire une telle déclaration.

Benoît XVI avait déclaré dans l'avion qui l'emmenait au Cameroun, première étape de sa tournée africaine, que l'on ne pouvait "pas régler le problème du sida", pandémie aux effets dévastateurs en Afrique "avec la distribution de préservatifs" et que, "au contraire, (leur) utilisation aggrave le problème".

"Je suis moi aussi convaincu que le fait de distribuer des préservatifs ne va pas résoudre le problème du sida. Il faut quelque chose de plus profond", souligne le cardinal Danneels, qui était lundi soir à Les Bulles où il s'est exprimé sur le thème "L'Eglise prophète" devant une assemblée de 300 personnes.

Le primat de Belgique ajoute que "le pape n'a pas dit uniquement cela mais il aurait mieux fait de ne pas le dire. Je crois qu'il y a des occasions où c'est le seul moyen de sauver une vie. Je ne crois pas que la pape a voulu dire que ce n'était jamais permis... Il a dit 'ce n'est pas comme cela que vous allez éduquer un peuple à prendre lui-même son sort en main'", estime Mgr Danneels.