C’était un secret de polichinelle jusqu’à aujourd’hui. Avant ce vendredi, aucun responsable politique ou militaire belge ou américain n’avait confirmé la présence sur notre territoire d’une réserve d’armes nucléaires américaines. Interrogé ce midi, le Premier ministre a semblé accréditer l'idée que ces armes étaient bien présentes sur notre sol, à l’occasion de son entrevue avec Joe Biden. « On a parlé surtout d’Afghanistan et aussi du concept stratégique de l’Otan, de SWIFT et de Guantanamo », a déclaré M. Leterme.

« Y compris du désarmement et de la présence d’engins nucléaires américains sur le sol belge ? », a demandé le journaliste de RTL-TVI Jean-Pierre Martin au Premier ministre. « On a parlé de ça mais nous soutenons naturellement l’action de M. Obama pour limiter voire éliminer la présence d’armes nucléaires sur le sol européen », a répondu Yves Leterme. Voilà qui est une première qui confirme donc la présence d’armes nucléaires chez nous. Elles seraient stockées sur la base aérienne de Kleine-Brogel. En tout, quelque 240 bombes atomiques américaines largables d'avion seraient encore déployées en Europe (Allemagne, Pays-Bas, Italie et chez nous) et en Turquie.

 

Résumé du reste de la rencontre

Concernant le reste de l’entrevue, notre toujours Premier ministre a salué les "progrès significatifs" des Etats-Unis et de la Russie en matière de désarmement nucléaire. Les deux puissances ont signé le mois dernier un nouveau traité START sur la réduction de leurs arsenaux nucléaires à longue portée. Selon un communiqué Yves Leterme a également "plaidé" auprès de M. Biden "pour que la vision d'un monde sans armes nucléaires telle qu'exprimée par le président Barack Obama soit poursuivie et mise en œuvre de façon effective grâce à de nouveaux accords à négocier en priorité avec la Russie".

Dans une initiative commune, l'Allemagne, la Belgique, le Luxembourg, la Norvège et les Pays-Bas avaient réclamé fin février un "grand débat" sur la politique nucléaire au sein de l'Otan. Façon pour eux de promouvoir un retrait des 240 bombes présentes en Europe. Entre temps, les 28 pays de l'Otan sont convenus qu'aucun de ces engins n'en serait retiré sans accord préalable de tous les alliés.

Washington souhaite négocier avec Moscou sur les armes dites "pré-stratégiques", "tactiques" ou encore à courte portée (moins de 500 km), dont la Russie depuis la Guerre froide a conservé des milliers d'exemplaires de tous types (fusées sol-sol, missiles sol-air etc...). "L'accord des Russes pour une plus grande transparence en matière d'armes nucléaires pré-stratégiques en Europe" permettrait de "relocaliser ces armes hors des territoires des pays membres de l'Otan", a estimé la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, le 22 avril à Tallinn.

Des pays de l'Otan, notamment les voisins de la Russie, qui tiennent au parapluie nucléaire américain, ont souligné qu'un retrait unilatéral serait contreproductif s'il n'était pas payé en retour d'un geste parallèle de Moscou.