"Tout patient qui est alcoolique, cocaïnomane, héroïnomane, fumeur, fumeur de cannabis ou qui a une boulimie, je peux le traiter, le guérir. Il marche dans plus de 95% des cas", assurait pas plus tard que ce matin le Professeur Ameisen au micro de RTL France. En effet, ce cardiologue et ancien alcoolique avait essayé tous les remèdes classiques sans succès. Il a ensuite mené ses propres recherches et a fini par tester sur lui-même le Baclofène… qui a parfaitement fonctionné. Le médicament aurait la faculté de couper l’envie de boire chez les patients qui le prennent.

 

Un médicament qui rendrait les autres traitements obsolètes?

Contre ses détracteurs, qui disent ne pas avoir suffisament de recul sur ses effets secondaires, le Dr Ameisen se défendait avec assurance: "Cinquante ans, ça vous va? Il n'y a pas un cas de dépendance au Baclofène décrit en 50 ans. Il n'y a pas un mort sous Baclofène et il n'y a pas un effet secondaire sévère ni irréversible sous Baclofène." Il s’en est pris particulièrement aux alcoologues, et plus largement addictologues. Selon lui, ils boycottent son "médicament miracle" car s’il s’avère aussi efficace qu'il le prétend, leur travail perdrait une grande partie de son intérêt…

 

Des médecins belges peuvent le prescrire... à leurs risques et périls

En Belgique, le Baclofène existe aussi, sous deux versions: le Lioresal ou son générique le Baclofen Mylan. Il est indiqué pour soigner les mêmes maux qu’en France et ne l’est donc pas non plus pour les problèmes d’alcoolisme. Cependant, le Dr Orban, spécialiste belge en alcoologie, connaît bien le médicament: "Des patients ont voulu le tester mais j’ai plutôt des réserves". S'il refuse de le prescrire à ses patients, il avoue qu’il existe "toujours des prescriptions off". Autrement dit, un patient alcoolique peut demander à son médecin qu’il lui prescrive du Baclofène. Certains acceptent, mais c’est doublement "à leurs risques et périls. A partir du moment où vous prescrivez hors indication, le médicament ne sera pas remboursé normalement. Ça pourrait se retourner contre le médecin en cas de contrôle", si par exemple le pharmacien demande pour quelle maladie le médicament a été prescrit. D’autre part, "si un problème survient chez le patient, en termes de justice, ça pourrait se retourner contre" le médecin.

 

Pas (encore) un "médicament miracle"

"Pour l’instant, on a huit études thérapeutiques, dont 3 contrôlées" sur ce médicament, explique encore le Dr Orban. Il s'agit premièrement d'études de courtes durées et utilisant des doses presque 10 fois inférieures à celles prises par le Pr Ameisen. De plus, une des trois études contrôlées, donc les plus fiables, n’a "pas fait ses preuves dans la prévention de la rechute chez les patients alcoolo-dépendants", note encore notre spécialiste belge. Associé à des effets secondaires indésirables (risques d’hypotension, de sédation et de somnolence, …) qui surviennent "plus ou moins une fois sur dix", voilà autant de raisons qui font émettre par notre spécialiste de "grosses réserves". De nombreuses et sérieuses études devront donc encore être menés avant de pouvoir réellement parler de "médicament miracle".