La situation se dégrade à Liège dans les négociations entre les syndicats et la direction d'ArcelorMittal autour des conditions sociales de la fermeture de la phase à chaud décidée il y a un an et entraînant la perte de 581 emplois. Vendredi passé, la direction, excédée de voir la procédure Renault (celle-ci fixe les conditions de départ des travailleurs) s'enliser, avait lancé un ultimatum aux syndicats. Ce lundi, en l'absence d'accord, comme elle l'avait annoncé dans son ultimatum, elle a décidé de retirer son plan industriel, qui prévoyait l'investissement de 138 millions d'euros dans les lignes à froid. Elle retire aussi certaines commandes, qui étaient prévues à Liège.

"Malgré tous les efforts développés jusqu'à ce dimanche soir, un accord unanime n'a pas été trouvé sur la finalisation de la procédure Renault pour fin octobre", écrit-elle dans un communiqué diffusé en interne. "En conséquence et comme annoncé, le plan industriel mis sur la table par ArcelorMittal, soutenu par un plan d'investissements de 138 millions d'euros, a été retiré par le groupe ce lundi matin. La prise de commande pour les produits du fer-blanc a également été arrêtée."

La direction dit regretter cette décision, assurant avoir mis "toute son énergie pour tenter d'arriver à un accord permettant de consolider les outils restant dans la sidérurgie liégeoise, représentant plus de 2.000 emplois."

 

Menaces "scandaleuses", direction "incompétente", agenda caché?

"Ces menaces sont scandaleuses et inacceptables! ", martèle de son côté David Camerini, président de la délégation CSC chez ArcelorMittal. "Nous discutons de manière informelle avec la direction depuis jeudi. Elle nous demande de nous mettre d'accord sur un document que le siège de Luxembourg lui impose pour pouvoir entamer les négociations. On nous demande de trouver un accord avant de négocier, c'est du jamais vu! D'autant que les enjeux sont colossaux", ajoute-t-il.

"Il s'agit d'une décision unilatérale et extrêmement brutale d'une direction arrogante, incompétente et totalement à la botte de Mittal", dénonce pour sa part la FGTB. "Le principal obstacle des négociations était la date de la fin des discussions sur le plan social et le volet industriel. La direction, en désaccord avec les quatre organisations syndicales, a donc choisi la manière forte. Pour la FGTB Métal, cette rupture unilatérale est le début de la mise en œuvre d'un plan caché au sein du groupe Mittal: la fermeture, à terme, de toutes les lignes du bassin, chaud et froid confondus."

Des assemblées générales sont organisées ce lundi pour expliquer la situation aux travailleurs.

 

La mort totale de la sidérurgie dans le bassin liégeois?

Que risque Liège et sa région? Si ArcelorMittal retire finalement ses billes de toutes ses entreprises constituant la phase à froid du bassin sidérurgique liégeois, il peut se passer deux choses. Soit l'entreprise accepte de revendre les outils du froid, extrêmement compétitifs car fournissant des produits à très haute valeur ajoutée, et ce qui reste de la sidérurgie liégeoise et ses travailleurs survivront certainement car des repreneurs devraient logiquement se présenter. Soit ArcelorMittal applique la même recette que pour la phase à chaud: laisser pourrir les outils à l'arrêt sans les revendre, dans le but de ne pas se retrouver avec un nouveau concurrent sur un marché ultra-compétitif.