A la suite du scandale en Europe de la présence, non indiquée sur l'étiquette, de viande de cheval dans des plats préparés, d'importantes quantités ont été retirées des rayons ou ne sont pas sorties des usines. Que faire avec toute cette nourriture qui reste propre à la consommation ? Pourquoi ne pas la distribuer aux associations caritatives ? Dès le 22 février dernier déjà, une firme agro-alimentaire finlandaise avait demandé aux autorités sanitaires de son pays de l'autoriser à donner au secteur associatif des plats de kebab retirés des magasins (5 tonnes !). Quelques jours plus tard, en France, le ministre de la Consommation annonçait que les plats cuisinés retirés de la vente pourraient être redistribués, invoquant "une disposition réglementaire qui prévoit qu'on puisse faire le don de produits qui ont connu un défaut d'étiquetage."

 

Les associations caritatives prêtes à recevoir les plats retirés sous certaines garanties 

En Belgique, les Restos du Coeur, de même que la Fédération belge des Banques alimentaires, s'étaient dit prêts à servir ces plats, à condition qu'on leur garantisse qu'il n'y avait aucun risque à les consommer, suggérant un feu vert indispensable fourni par l'Agence fédérale pour la Sécurité de la Chaîne alimentaire. Le député européen Marc Tarabella (PS) prônait, quant à lui, la distribution de ces produits non seulement aux démunis mais également dans le réseau de vente habituel, à moindre coût, après apposition de la mention "viande de cheval".

 

Le secteur de la grande distribution belge opposé à une redistribution des plats retirés

Mais Comeos, la Fédération belge du commerce et des services s'oppose à une redistribution. "Même si pour nous c’est révoltant de jeter de la marchandise, surtout dans les temps qui courent, on se réfère aux instructions qui ont été données par les fabricants et aux conseils donnés par Comeos de suivre ces injonctions et de retirer les produits de la vente, et de les détruire", s'est justifié Marcel Roland, le directeur Métiers du Groupe Mestdagh, au micro de notre journaliste Ludovic Delory (voir vidéo ci-contre).

"Ces plats ont été enlevés de la vente et dans le cas de surgelés, on ne sait pas dans quelles conditions ils ont été stockés. En plus, les emballages ne sont pas conformes puisque les ingrédients qui y sont notés ne correspondent pas nécessairement  à ce qui se trouve dans le produit, et en plus, les analyses ne seront pas encore terminées au niveau des fabricants", a argumenté ce responsable du groupe Mestdagh.

 

Le député Marc Tarabella scandalisé: "Cette nourriture est saine"

La préconisation du secteur de la grande distribution a choqué le député Marc Tarabella: "C’est clairement un scandale, car au scandale de la fraude, on ajoute le scandale du gaspillage. Et à l’heure où 19 millions de citoyens européens qui bénéficient de l’aide alimentaire ont du mal à se nourrir correctement tous les jours, je trouve scandaleux que ce soit la distribution ou les marques qui fabriquent des aliments et qui ont trompé les consommateurs, préfèrent nourrir les rats plutôt que de nourrir les gens. Il faut vraiment une réaction de tous le secteur, qu’ils se positionnent clairement maintenant, pour dire ce qu’ils vont faire avec cette nourriture, qui je le rappelle, est saine, et qui pourrait être consommée par les citoyens, moyennant un sur-étiquetage qui indiquerait que c’est du cheval et pas du bœuf, c’est tout. Mais surtout pas le jeter, c’est un pur scandale", a-t-il dit. 

 

Trois conditions pour que les banques alimentaires puissent utiliser les plats retirés
 
Pour que les banques alimentaires puissent utiliser les plats retirés du marché parce qu'ils contiennent de la viande de cheval, il ne peut y avoir eu d'interruption de la chaîne du froid; les produits doivent recevoir une nouvelle labellisation et la traçabilité du produit doit être assurée, avait indiqué à la Chambre, le jeudi 28 février dernier, le ministre de l'Economie Johan Vande Lanotte. Il répondait ainsi à une question de Colette Burgeon (PS) qui s'interrogeait sur la possibilité de permettre aux banques alimentaires d'utiliser ces produits qui ont été retirés du marché tout en n'étant pas impropres à la consommation "afin d'éviter le gaspillage".

Johan Vande Lanotte a rappelé que la grande majorité des produits avaient en effet été retirés par précaution par les producteurs eux-mêmes mais que certains avaient été saisi par la justice. Ceux qui n'ont pas fait l'objet d'une saisie judiciaire, il est en effet possible d'en faire don aux banques alimentaires en respectant certaines conditions, a dit le ministre.

Beaucoup de ces produits sont soit réfrigérés soit congelés. Il faut donc

1. S'assurer que la chaîne du froid n'a pas été rompue

2. Ensuite, il faut une "relabellisation" pour préciser que le produit contient de la viande de cheval. Les banques alimentaires ont déjà dit qu'elles pouvaient prendre en charge ce "reéticketage".

3. Enfin, il faut assurer la traçabilité du produit par l'AFSCA mais cette traçabilité est plus souple pour les banques alimentaires.Ces trois conditions peuvent donc être rencontrées et un contact en ce sens a déjà été pris avec la Fédération de l'industrie alimentaire (FEVIA) a dit le ministre.