S'il semble clair que les caricatures du fondateur de l'islam sont condamnées par la large majorité des musulmans, la question de la représentation – même pieuse – du prophète, pose question. Le journal français Le Monde a tenté clarifier la situation.
La cause principale de l'attaque terroriste qui a décimé la rédaction de Charlie Hebdo, la semaine passée à Paris, réside dans les caricatures du prophète Mahomet par les dessinateurs du journal satirique.
Une société où l'image est absente
Ecrit dans une société où l’image est généralement absente (la péninsule arabique au VIIe siècle), le Coran ne la mentionne qu’une seule fois : "Le vin, les jeux de hasard, les idoles sont des abominations inventées par Satan. Abstenez-vous en".
Dans un autre texte, on apprend que trois attitudes sont possibles envers les représentations du prophète : les tolérer, mais s'abstenir de les produire, les condamner ou les détruire.
Ce qui ennuie les musulmans, et donc ce que l’on reproche au faiseur d’images (dessin, statue, peinture), c’est "de singer le travail de Dieu : il prétend insuffler une âme à la matière façonnée. Il forme une création parallèle à celle de Dieu", selon le journaliste du Monde.
Il existe des représentations du prophète, mais pas dans les lieux saints
On trouve donc très peu de représentation du prophète Mahomet, et jamais dans les mosquées ni dans les textes sacrés. "Mais cela n’empêche pas les gens d’en avoir chez eux ou de les afficher dans la rue, dans l’espace profane".
Selon les branches actuelles de l'islam (chiisme, sunnisme), la représentation du prophète est, de nos jours, acceptée, tolérée ou condamnée. Dès le 19e siècle, des images pieuses se diffusent dans le monde musulman, représentant parfois Mahomet, ainsi que les douze imams.
Mahomet en jeune éphèbe
"Depuis la fin des années 1990, des spécialistes de l'iconographie musulmane découvrent avec stupéfaction des images sur papier, imprimées en Iran, montrant le portrait du prophète Mahomet jeune en éphèbe coiffé d'un turban. Malgré l'interdiction – relative – de la représentation de la figure humaine en islam, et plus spécialement de la famille du Prophète, des images en couleurs d'Ali, le gendre de Mahomet, et de ses fils Hassan et Hussein, représentés dans un registre populaire, ne sont pas rares en Iran. Le chiisme iranien semble plus tolérant sur ce point que l'orthodoxie sunnite", écrivent pour leur part
"Le clergé chiite tolère ces objets de recueillement, de dévotion populaire. Il interdit cependant de prier face à eux pour les cinq prières quotidiennes ou celle du vendredi", précise Sabrina Mervin, spécialiste du chiisme contemporain à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, au journal Le Monde. Ainsi, sur le site Internet du grand ayatollah Ali Al-Sistani, la plus haute autorité du chiisme en Irak, figure une fatwa (un décret religieux) estimant que le Prophète peut être représenté, mais pas de manière insultante.
Des dessins animés de Disney, très prudents
Le monde sunnite, en revanche, se montre nettement plus hostile à la représentation figurée de son prophète. Exemple: la première tentative de le représenter au cinéma, dans les années 1920 en Egypte, s’est heurtée à la condamnation des autorités. Le roi Fouad 1er avait menacé de déchoir de sa nationalité l’acteur qui devait incarner Mahomet.
Aujourd’hui, il existe des dessins animés racontant aux enfants les débuts de l’islam. Ils sont produits par Disney, mais ne représentent pas le Prophète et ses compagnons: ils sont les narrateurs ou évoqués via des figures symboliques.
En aucun cas, vous l'avez compris, l'islam n'accepte les caricatures du prophète telles que le journal satirique Charlie Hebdo les dessinent régulièrement depuis plusieurs années.
