Jean-Paul Votron a personnellement été critiqué par rapport au bonus de 2,5 millions d'euros qui lui a été octroyé dans le cadre de la reprise de la banque néerlandaise ABN Amro. Mais le conseil d'administration le soutient à l'unanimité. "Je le vois certainement rester. Il a ma confiance", a déclaré à ce propos Maurice Lippens son président. "Nous devions agir avant que cela devienne plus difficile", a-t-il expliqué, en faisant référence à la détérioration de la situation économique et aux difficultés rencontrées par le secteur financier américain.

La faute au marché

Maurice Lippens dit comprendre la frustration des investisseurs mais nie avec force qu'ils aient été trompés par Fortis. "Le marché nous a contraints. Ce n'est pas facile pour les actionnaires mais à terme, cela va s'améliorer", conclut-il.

L'administrateur délégué de Fortis Jean-Paul Votron est la cible des critiques depuis l'annonce, faite jeudi par le bancassureur, d'une augmentation de capital alors qu'il déclarait encore fin mai qu'il n'y avait rien de particulier à signaler. La direction de Fortis avait également assuré qu'elle ne toucherait pas au dividende et qu'une nouvelle augmentation de capital n'était pas envisagée.

"Quand on fait de grosses erreurs, il faut les assumer"

Fortis a émis 150 millions d'actions nouvelles d'une valeur de 10 euros. L'action a perdu 20,95% jeudi par rapport au cours de mercredi. Ces mauvais résultats ne sont pas du goût des investisseurs qui l'ont fait savoir.

"Quand on fait de grosses erreurs, il faut les assumer et dans le cas présent, donner sa démission", a expliqué Paul Huybrechts, le président de la Fédération flamandes des Clubs d'investissement et des Investisseurs, vendredi dans De Morgen et De Tijd. Selon Huybrechts, Fortis a perdu beaucoup plus de valeur que les autres banques, et cela est dû à la reprise de la banque néerlandaise ABN Amro, qui a coûté trop cher et s'est faite à un mauvais moment. Pour lui, les responsables de cette reprise doivent donner leur démission.

"Une responsabilité plus large"

" Fortis est une des actions les plus représentées chez les investisseurs belges. Il faut tenir compte de cette confiance et ne pas faire n'importe quoi. Si aucune sanction ne suit, est-ce qu'il y a encore une faute?" "En ce qui concerne les responsabilités plus larges, et même celle du conseil d'administration, les tribunaux vont avoir du travail", prédit-il.

"Ce qui est bizarre, c'est qu'une partie des dirigeants n'a pas participé à la précédente augmentation de capital et a même abandonné ses intérêts dans Fortis. Savaient-ils déjà quelque chose?"

Rappel des faits: les actions Fortis s'effondre

Le groupe de banque et d'assurance belgo-néerlandais Fortis s'est effondré en bourse mardi après avoir lancé un plan de solvabilité portant sur 8 milliards d'euros, illustrant les turbulences persistantes d'un marché financier fragilisé depuis 2007.

Le titre a perdu 19,37% à 10,20 euros alors que l'AEX clôturait en baisse de 3,08%. Le Bel-20 quant à lui a perdu 4,64%.
"Nous pensons que 2008 sera une année difficile pour notre secteur d'activité et nous n'attendons pas d'amélioration de l'environnement économique rapidement", a déclaré le PDG du groupe Jean-Paul Votron. Renate Brand, analyste à la banque d'investissements SNS, a confirmé que "les conditions du marché financier ne sont pas favorables".

Fin 2008 : "difficile"

Savoir si le groupe belgo-néerlandais clôturera la liste des institutions financières à la recherche de liquidités ou si d'autres le suivront dépend des conditions du marché, or "si la crise du +subprime+ semble passer, les Etats-Unis approchent de la récession", ce qui augure d'une fin d'année 2008 "difficile", selon Mme Brand.

Certains nuancent cependant: "Si Fortis accomplit son plan, cela doit lui donner une marge financière, ce qui en soi ne dit rien à propos du marché financier, mais leur donne de la réserve au cas où celui-ci devrait encore se détériorer", estime Ton Gietman, de la banque d'affaires Petercam. Le plan annoncé par Fortis prévoit une augmentation de capital de 1,5 milliard d'euros ainsi qu'une émission d'obligations d'un montant de 1,5 milliard d'euros.

Une banque sous surveillance

Fortis a également décidé de ne pas payer d'acompte sur dividende pour l'année en cours, ce qui devrait avoir un impact de 1,3 milliard d'euros.
Enfin, la direction du groupe a l'intention de se dégager de biens immobiliers et d'actifs considérés comme "non stratégiques" qui devraient lui rapporter 3,5 milliards d'euros.

Réagissant aux annonces de Fortis, l'agence de notation financière Standard & Poor's a placé la note AA-/A-1+ de la dette à court et à long terme de la banque sous surveillance négative, alors que son homologue Fitch qualifie les perspectives de la dette du groupe de "stable".