Vous en avez sans doute entendu parler: la production de pétrole connait actuellement un regain de forme, surtout grâce aux (ou à cause des) Etats-Unis. Les prévisions quant à l'épuisement des réserves mondiales sont donc chamboulées, et les marchés instables, car la loi de l'offre et de la demande pourrait avoir de gros effets.

Pour faire simple: l'augmentation de la production dépasse l'augmentation de la demande. Ce qui pourrait avoir comme impact final, une baisse des prix à la pompe. Mais ce n'est pas si simple. Notamment parce que l'extraction est de plus en plus délicate. 

 

C'est quoi, le pétrole non conventionnel ?

Pourquoi produit-on plus depuis quelques temps ? C'est lié à l'exploitation du pétrole dit "non conventionnel", pour l'instant limitée à l'Amérique du nord.

Le pétrole non conventionnel est un pétrole produit ou extrait en utilisant des techniques autres que la méthode traditionnelle de puits pétroliers, ou impliquant un coût et une technologie supplémentaires en raison de ses conditions d'exploitation plus difficiles.

Concrètement, il s'agit de l'extraction du pétrole de schiste, ou l'exploitation des réservoirs imperméables de pétrole léger notamment dans le Dakota. On parle aussi des sables bitumineux dans l'Ouest canadien. Leur production se développe spectaculairement depuis plusieurs années dans le sillage du gaz de schiste.

 

Accroissement de l'offre…

Selon l'AIE, l'agence internationale de l'énergie, cette exploitation grandissante va créer une "onde de choc" sur le marché pétrolier mondial. Cet accroissement de l'offre menée par l'Amérique du nord, supérieure à l'augmentation de la demande, devrait "aider à calmer un marché pétrolier qui était relativement tendu depuis plusieurs années".

L'AIE prévoit ainsi que la capacité de production de pétrole brut planétaire augmentera de 8,3 millions de barils par jour (mbj) entre 2012 et 2018 pour atteindre 103 mbj. Parallèlement, la demande devrait augmenter de 6,9 mbj, à 96,68 mbj.

Selon des prévisions qui se confirment, les Etats-Unis vont ainsi devenir le premier producteur de brut de la planète vers 2017, dépassant les champions actuels, Russie et Arabie Saoudite, grâce donc aux ressources dites "non conventionnelles".

 

… et des réserves

Cette production importante amène les Etats-Unis à stocker des quantités très importantes de pétrole, et à se rapprocher de leur rêve : être énergiquement autonome.

Les réserves de pétrole brut aux Etats-Unis, qui sont toujours le premier consommateur mondial, sont ainsi montées début mai à un niveau record depuis 1982, date à laquelle a commencé la publication de statistiques hebdomadaires.

"Et l'on s'attend à ce que ces stocks fassent état d'une nouvelle progression", a anticipé M. Lipow, un analyste, en référence à la publication des chiffres hebdomadaires du département de l'Energie.

 

La demande a (vraiment) changé de camp

L'AIE a légèrement diminué ses estimations pour la croissance de la consommation mondiale d'or noir dans les années qui viennent. Cette croissance est soutenue avant tout par les besoins sans cesse grandissants des pays émergents et en développement, comme la Chine ou l'Inde. La consommation des pays hors OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques, qui rassemble les pays riches) devrait ainsi dépasser pour la première fois lors du trimestre en cours celle des membres de l'organisation.

Pour parler simplement: les anciens pauvres (comme la Chine) vont, pour la première fois, consommer plus que les anciens riches (comme la Belgique).

Cela est également dû, chez nous par exemple, aux énergies alternatives (solaire, élolien), aux évolutions technologiques (voitures moins gourmandes, chaudières plus efficaces, etc)… et à la pression financière (c'est tellement cher que les gens essaient de se passer de carburant).

 

Est-ce que ça va baisser ?

Cette longue explication, on aimerait la résumer en une phrase: "L'offre va être supérieure à la demande, donc les prix vont baisser". Mais ça n'est pas si simple, car ceux qui se mettent actuellement énormément d'argent dans les poches n'ont pas envie de voir leur chiffre d'affaire baisser.

Cependant, et c'est encourageant: les marchés boursiers ont réagi à cette annonce de l'AIE. Les cours du brut ont ouvert en baisse mardi à New York, fragilisés par ces prévisions. Ça ne vous avancera pas à grand-chose, mais sachez que le baril de référence pour livraison en juin perdait 29 cents à 94,88 dollars sur le New York Mercantile Exchange (Nymex).

A termes, ces baisses peuvent conduire à une diminution du prix à la pompe.

 

Drame écologique

Les considérations écologiques, hélas, passent souvent au second plan quand il s'agit de relance économique. Ce que font les Américains dans le Dakota Nord (extraction du pétrole de schiste par fracturation hydraulique) est tout simplement interdit dans d'autre région du monde.

Pour trouver l'or noir, il faut désormais descendre à trois kilomètres sous terre, dans ce qui s'appelle  le "Bakken", des formations schisteuses de la région. Elles sont très profondes et gorgées de pétrole. La technique de fracturation hydraulique des roches, appelée "fracking", est interdite en France, mais autorisée depuis 2006 aux USA.

Son fonctionnement ? On injecte, à haute pression, un mélange d’eau, de sable et de produits toxiques dans un puits de 3 km de profondeur. A cet endroit, à l'horizontal, le mélange fracture la roche qui libère le pétrole, sur une longueur de 3 km également. Le pompage peut alors commencer, pour le remonter à la surface et l'acheminer, par camion, vers des raffineries.  

Le gaz, extrait en même temps que le pétrole, est brûlé au lieu d'être exploité. L'eau est retraitée pour être réutilisée. Un tiers des produits injectés pour le fracking est récupéré sous la forme d’une boue noirâtre, puis évacué par des camions, on ne sait où.

Dans l'état du Dakota, qui gagne des fortunes avec cette soudaine ruée vers l'or noir, on ferme volontiers les yeux sur le côté écologique. Les dollars éblouissent tout le monde. Le Monde a consacré un excellent reportage à cette exploitation frénétique.