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Annik quitte le milieu bancaire pour enlever les chaînes des éléphants victimes du tourisme au Népal (vidéo)

 

Diane a appuyé sur le bouton orange Alertez-nous pour nous présenter le travail de son amie, Annik Lambert: "Elle se bat depuis longtemps pour les éléphants népalais et j'aimerais la mettre à l'honneur", nous dit-elle. Cette ancienne avocate au barreau de Bruxelles, passée par le milieu bancaire, a décidé, à 55 ans, de prendre un fameux tournant dans sa vie et de consacrer le plus clair de son temps à la cause animale. Nous nous sommes entretenus avec elle juste avant qu’elle ne décolle pour l’Asie. Elle nous a expliqué son combat, et le cheminement qui l’a amenée à créer son association "Stand Up 4 Elephants".


"Je suis vraiment terrifiée et désolée quand je vois la façon dont on traite les animaux"

Jusqu’en 2014, Annik, juriste de formation, dirigeait une association européenne bancaire. Pour des raisons liées à la crise financière, nous dit-elle, elle a arrêté de travailler dans ce domaine et a décidé de saisir l’opportunité de recommencer "autre chose". "On fait tous des choix quand on est jeunes. Moi j’aimais les bêtes mais je ne souhaitais pas être vétérinaire, et à l’époque, on ne parlait pas d’éthologie, d’étude du comportement animal, ni même beaucoup du bien-être animal en général. Donc j’ai fait des choix qui m’ont bien servi, et j’ai mené une carrière très intéressante, mais mon intérêt premier est toujours resté présent", nous raconte-t-elle.

A 55 ans donc, Annik commence à suivre des cours d’éthologie à l’Université Libre de Bruxelles. Il n’y a pas de cursus complet, mais elle va aux cours, et passe les examens. Son moteur ? La lutte pour le bien-être animal, une cause qui la touche depuis toujours. "Je suis vraiment terrifiée et désolée quand je vois la façon dont on les traite, où que ce soit, que ce soit chez nous, en Europe, ou à l’étranger", confie-t-elle. Ce qu’elle veut, c’est être au plus près des animaux. "Mon objectif, ce n’est pas de me retrouver de nouveau dans un bureau, mais au contraire d’être sur le terrain"


Le déclic: deux à trois semaines dans les pieds des éléphants

Ce terrain, elle va rapidement le trouver, car il sonne comme une évidence. Annik vit à Lasne, dans le Brabant wallon, mais son cœur est au Népal. "J’ai commencé à y aller en 1998 pour des raisons d’intérêt culturel, pour la culture himalayenne et le bouddhisme tibétain et je me suis pris d’affection pour une population très hospitalière et très ouverte, et aussi pour un pays superbe", nous dit-elle. Elle s’y rend chaque année jusqu’en 2005. Son activité professionnelle ne lui permet alors plus de partir trois semaines d’affilée.

Avec l’arrêt de ses activités professionnelles, elle recommence à se rendre dans ce pays qu’elle aime tant. Dans le sud du Népal, elle réside dans un "lodge" qui possède des éléphants captifs. "J’ai vraiment passé deux à trois semaines dans les pieds des éléphants, à faire avec eux toutes les activités quotidiennes, que ce soit préparer leurs petites balles de nourriture, aller à la rivière où on les brosse, les nourrir, me promener avec eux lorsqu’ils allaient cueillir des herbes à l’extérieur…"


Le traitement des éléphants pour le tourisme: "Un massacre, une vraie torture, au sens propre"

Elle nous explique que cette expérience au plus près des pachydermes est un déclic pour elle. Car si dans ce lodge, le propriétaire est sensibilisé à leur cause, ce n’est pas le cas partout ailleurs. "Le sort des animaux captifs a vraiment retenu mon attention, parce que c’est une vraie pitié, la façon dont ils sont traités, et encore, on ne voit que peu de choses. Le traitement des éléphanteaux derrière pour en faire des éléphants captifs, qui puissent promener des touristes dans la jungle, c’est un massacre, une vraie torture, au sens propre", déplore-t-elle. 


Le projet d'Annik: de nouvelles installations pour déchaîner les éléphants

Annik nous explique qu’il y a plus ou moins 200 éléphants captifs au Népal, détenus dans des lodges par des privés. "Et je devrais dire des éléphantes, car ce sont quasiment toutes des éléphantes, parce qu’elles sont moins difficiles à maîtriser que les éléphants mâles", ajoute-t-elle. Comme elle ne peut pas leur rendre leur liberté, dans un premier temps, elle souhaite au moins les libérer de leurs chaînes: "Quand ils ne sont pas en train de travailler, c’est-à-dire en train de transporter des touristes dans la jungle, ils sont enchaînés dans leur corral [leur enclos, nldr]. Ils ont deux ou trois pieds en permanence enchaînés, sur 50 centimètres à 1 mètre, ce qui veut dire qu’ils sont vraiment rivés au sol sans la moindre possibilité de bouger, et ça m’a paru simplement insupportable à voir", précise-t-elle.

Au Népal, explique Annik, il existe un projet d’une association qui ne profite pour l’instant qu’aux éléphants qui appartiennent à l’Etat, et qui leur permet de vivre dans des enclos électrifiés et de se mouvoir au minimum, au lieu d’être enchaînés au sol. C’est ce type d’installation qu’Annick aimerait fournir aux propriétaires d’éléphants. Pour ce faire, elle a lancé son projet "Stand Up 4 Elephants" pour récolter des fonds pour les acheter. "Ça coûte plus ou moins 6000 euros pour un box, parce que ce sont de grandes clôtures et parce qu’il faut aussi un générateur indépendant qui soit alimenté à l’énergie solaire. Car au Népal, quelle que soit la région, il y a deux coupures d’électricité par jour, et les éléphants, étant des animaux très intelligents, s’ils se rendent compte qu’il n’y a pas de courant, ils ne vont pas rester sur place"


"Ce qui me manque, ce sont vraiment les fonds"

Qu’en pensent les propriétaires sur place ? Celui chez qui Annik se rend, serait disposé à changer de système, si celui-ci est financé. "Ils se rendent compte que les touristes sont de plus en plus réticents à voir ou à savoir que des animaux sont maltraités, mais de là à être prêt à investir, il y a encore un grand pas". La Belge aimerait aider un lodge à la fois, mais on l’a prévenue : elle risque ainsi de créer de sérieux déséquilibres de concurrence entre les propriétaires sur places. C’est pour cette raison qu’elle est sur place depuis le mois de mars, afin de savoir si elle peut aider un seul lodge, ou plusieurs propriétaires d’une même région, et plutôt partager les fonds. "J’ai une série de contacts, dont notamment avec WWF Népal, qui sont positifs par rapport à ce projet. Ce qui me manque, ce sont vraiment les fonds".


Remplacer les "jungle rides" par des mini-sanctuaires

Annik voit ces aménagements pour les éléphants captifs comme une première étape. Elle souhaiterait, dans un deuxième temps, pouvoir leur fournir des enclos plus vastes. Mais son rêve, ce serait qu'à terme ces tours à dos d'éléphant disparaissent, et que les lodges se transforment en mini-sanctuaires, à image de ce qui se fait déjà en Thaïlande, dans l'Elephant Nature Park par exemple. "Les lodges ont des éléphants pour que ça leur rapporte de l’argent, et les touristes veulent interagir avec les éléphants. Au lieu de faire des tours dans la jungle, qui sont un problème pour les éléphants, les touristes continueraient à payer pour avoir accès à leurs enclos, et à pouvoir nourrir les éléphants et interagir avec eux, mais sans faire de jungle ride. Cela permettrait encore aux éléphants d’être une source de revenus pour leurs propriétaires, et donc aux touristes d’avoir des contacts avec des animaux". 


Un message pour les touristes

Car si l'écotourisme, qui consiste - dans les grandes lignes - à respecter l'environnement naturel que l'on visite, se développe beaucoup partout dans le monde, les balades à dos d’éléphant constituent toujours un business important dans plusieurs régions touristiques d’Asie. Pour Annik, cette pratique pourrait aussi être abandonnée si les touristes y renonçaient, tout simplement: "Les éléphants ne sont pas des animaux domestiques, ce sont des animaux sauvages, destinés à vivre leur vie, en liberté, et non pas à être contraints et à transporter des touristes dans la jungle. Ces promenades sont un véritable calvaire pour les éléphants, et ne sont même pas confortables ni agréables pour les touristes. Refusez de participer à ces attractions, et la situation pourra changer".

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