Fin de l’hiver, les abeilles vont se réveiller: le point avec Frédéric sur les menaces qui pèsent sur elles

Fin de l’hiver, les abeilles vont se réveiller: le point avec Frédéric sur les menaces qui pèsent sur elles
 

A savoir

La reine

Chaque ruche est divisée en deux parties. Dans la hausse, posée sur le dessus, on stocke le miel sur des cadres. Dans la partie inférieure se trouve la reine et son nid. Il n'y en a qu'une par ruche et lorsqu'elle commence à devenir trop vieille, les abeilles en forment un nouvelle, mais toutes n'y parviennent pas.

Alors qu'une abeille ne vit que quelques semaines, une reine peut vivre 2 ou 3 ans, mais rarement davantage. 

Un apiculteur ardennais s’efforce de produire un miel de qualité, malgré les difficultés liées au métier et la disparition des abeilles. Alors que ses abeilles vont commencer tout doucement à se réveiller, il évoque avec passion son activité, les gestes à adopter pour sauvegarder les abeilles et consommer un miel sain et nutritif.

Si Frédéric Thiry nous a contactés, c'est parce qu'il veut sensibiliser le grand public à l'importance d'acheter un miel de qualité, directement chez le producteur. "Je ne vends que des produits issus de mes ruches ou confectionnés par moi", nous a écrit cet apiculteur d’Habay-la-Neuve (province de Luxembourg) via le bouton orange Alertez-nous.

Le quinquagénaire sait de quoi il parle: le miel, il est tombé dedans quand il était petit. "Se faire piquer a toujours été naturel pour moi", lance-t-il avec humour. C'est son père qui lui a donné le goût du miel et de l'apiculture. Ce qui n'était qu'un hobby pendant son enfance a pris de plus en plus de place dans sa vie. Ingénieur industriel de formation, Frédéric est sans emploi et consacre la majeure partie de son temps à ses ruches, accompagné par ses trois chihuahuas, "fifilles" comme il les appelle.

C'est aussi comme cela qu'il nomme ses abeilles, installées dans un rucher sur deux étages à Habay-la-Neuve, chez lui. Il possède un autre rucher à Nassogne et encore quelques ruches du côté de Bastogne, là où il s'est occupé de celles d'un apiculteur reconnu, Johnny Lahousse, jusqu'au décès de son "mentor" comme il l'appelle, en avril 2015. Au total, Frédéric possède plus d'une vingtaine de ruches.

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Rucher situé à Bastogne


"70% n'ont pas passé l'hiver"

En cette fin d'hiver, les abeilles "se réveillent" tout doucement. Dès que le soleil se montre, elles commencent à sortir. Mais chez Frédéric, le constat est plus difficile cette année: "Après l'hiver, il y a beaucoup de décès. J'ai remarqué qu'il y avait beaucoup de pertes: 70% n'ont pas passé l'hiver", déplore-t-il.

Il y voit plusieurs raisons outre le changement climatique et le parasite qui touche souvent les abeilles en cette saison: "On est à 1 km et demi de l’autoroute E411 et il y a trop de bruit", explique le passionné qui envisage de déménager. Il y a aussi l'humidité froide liée à la situation de son rucher: "Le froid, elles supportent mais pas l'humidité", explique-t-il encore.

Mais ce gros coup dur ne va pas entacher l'enthousiasme et la motivation de Frédéric. Il pense que les pertes seront moins importantes à Bastogne et Nassogne, où les ruchers sont mieux situés.

Il envisage aussi, pour poursuivre sa passion d'apiculteur, d'élever lui-même des reines. "La demande est très forte pour les reines. C'est un commerce à envisager", estime-t-il.

L'apiculteur sait aussi que certaines années sont meilleurs que d'autres : "2015 a été splendide avec 5 récoltes et plus de 100 kilos par ruche. Par contre, 2016 a été une mauvaise année: 2 récoltes et seulement 10 kilos par ruche".


Des éditions spéciales pour faire durer le plaisir

Pour produire du miel en dehors des périodes habituelles, il a également décidé de sortir des éditions spéciales. De cette façon, le plaisir de la production du miel dure toute l'année: "On garde du miel dans une cuve et quand on veut l'utiliser, on le remélange", explique Frédéric.

La Saint-Valentin a été l'occasion d'une édition spéciale, "avec toute la symbolique du miel et des amoureux". Il a également proposé des éditions spéciales lors de la lune bleue. "Quand on le met en pot à une lunaison particulière, il a un rendu différent et des propriétés différentes", assure notre spécialiste.


Le réveil puis le labeur

Pendant l'hiver, Frédéric laisse les abeilles au repos: "Elles ralentissent leur métabolisme, elles ne sortent plus mais elles bougent leurs muscles aviaires (les muscles de leurs ailes) et produisent ainsi de la chaleur". Et dès les premiers signes du printemps, elles commencent à travailler. "Il leur faut du pollen, qu'elles trouvent dans les bouleaux et noisetiers pour commencer. Ensuite, au moment des pissenlits, elles se mettent vraiment en route", explique-t-il. C'est à ce moment-là que le travail de l'apiculteur va être le plus important: "Il faut mettre des hausses dans la ruche et les surveiller jusque début septembre. On récolte tous les 15 jours-3 semaines dès le mois de mai-juin à peu près".

La hausse, c'est l'élément qu'on pose sur la ruche pendant la période de production et qui permet de garder la reine à l'écart. C'est dans cette partie de la ruche que sont disposés les cadres sur lesquels on prélève le miel.

Le processus de fabrication du miel est assez long mais tant les insectes et leur apiculteur font preuve de patience et de savoir-faire. "Le nectar est ramené de la fleur grâce à la poche de l'abeille, raconte le passionné. Elle ajoute des enzymes et plein de bonnes choses qui font que le processus de transformation commence immédiatement. Le nectar est déposé par les abeilles dans les alvéoles de la ruche. Il faut plusieurs abeilles pour remplir l'alvéole. Pour une récolte, il faut du monde! Imaginez-vous qu'une abeille pèse un gramme et qu'elle ramène un dixième de gramme par transport".

Ensuite, elle ventile pour faire diminuer l'humidité du nectar, et en ajouter au fur et à mesure que le volume diminue. "Une fois que le taux d'humidité est atteint, elles ferment la cellule avec de la cire, et c'est à l'apiculteur de jouer", précise Frédéric.

Cette cire, fabriquée naturellement par les abeilles et qui sert à fermer les alvéoles, est prélevée par l'apiculteur lorsqu'il récolte le miel. L'Habaysien l'utilise pour faire des baumes.


Le travail de l'apiculteur

Lorsque la ruche est pleine, ce sont les abeilles qui préviennent l'apiculteur à leur manière : "Elles ne vont plus récolter, ne font plus d'allers et retours. Elles restent devant la ruche". Vient alors l'étape de la récolte du miel. "Quand les alvéoles sont operculées, on peut récolter. Il est passé dans une centrifugeuse pour le faire sortir des alvéoles. Ensuite, on filtre et met le miel en maturateur. Là, matin et soir, il faut le remuer pour une cristallisation plus fine. Puis, il est mis en pot", raconte Frédéric.

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Désoperculage sur les cadres

Petite particularité: il est l'un des seuls producteurs belges de miel d'acacias (dont le nectar est issu du Robinia pseudoacacia, un arbre à fleurs blanches en grappes, de la famille des Fabacées). "À Nassogne, j'ai 3.000 acacias", s’enorgueillit-il. Ce miel est intéressant car il reste liquide plus longtemps: plus d'un an! C'est une grande fierté pour le producteur qui prône une consommation plus réfléchie du miel.



Haro sur le miel provenant des grandes surfaces

Pour le petit producteur, les miels proposés en grandes surfaces sont donc à éviter: "on se sait pas ce qu'il y a dedans" affirme-t-il. Il recommande notamment de se méfier de la mention "miel composé" sur les étiquettes: "c'est un mélange de miel européen et non-européen. C'est collecté au niveau mondial puis c'est mélangé", prétend-il. Parfois, du sirop de sucre est ajouté pour allonger le miel. Au final, il ne reste pas grand-chose d'artisanal et de local…

L'apiculteur dénonce également le traitement thermique des miels vendus en grand surface. "Pour moi, le miel est vivant, ajoute Frédéric. Il ne doit pas être chauffé au-dessus de 40 degrés, sinon, il est dénaturé, il perd ses propriétés".

Il recommande donc de se référer à la mention "miel artisanal" quand on achète ce type de produit. Le numéro de lot vous permettra de connaitre la saison à laquelle il a été produit. "C'est vrai que je demande un peu plus cher que dans les grandes surfaces, mais on ne peut pas comparer les deux produits", selon lui.

En revanche, la mention "bio" n'a pas beaucoup de sens pour le miel selon lui, étant donné qu'on ne sait jamais où l'abeille a été prélever le pollen: "En pleine saison du colza, elles peuvent parfois parcourir 5 ou 6 kilomètres pour ramener du nectar, donc on ne sait pas ce qu'elles ramènent".


Comment réagir face au déclin de l'espèce?

Le déclin de l'abeille, Frédéric le constate lui aussi. Il épingle plusieurs facteurs.

"Il y a manifestement un bouleversement des saisons qui perturbent les abeilles, je l'observe de manière claire depuis début 2016 car j'ai commencé à élever des colonies et elles ne passent pas l'hiver", explique-t-il.

On pointe souvent du doigt un parasite acarien comme ennemi de l'abeille (le Varroa destuctor) mais pour l'Habaysien, il y a d'autres causes à prendre en compte. Il cite notamment les particules fines et, bien sûr, l'utilisation des pesticides.

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Varroa Destuctor sur une abeille (illustration)

"À Cuba par exemple, les abeilles se portent à merveille, à l'île d'Ouessan aussi, parce que ce sont des îles et il n'y a pas de pesticides", assure l'apiculteur qui pense que Cuba est "un modèle à suivre". Suite à l'embargo américain imposé depuis les années 90, aucun pesticide n'a pu entrer sur le territoire. Par la force des choses, les Cubains ont donc développé une agriculture totalement biologique. Ce qui permet logiquement aux apiculteurs de produire un vrai miel bio. Même phénomène sur l'île bretonne de Ouessant où les pesticides n'ont pas de droit de cité (ou très peu). Du coup, la mortalité des abeilles en fin d'hiver est de 3%... contre 30 à 40% chez nous!


Lutter plus intelligemment contre les nuisibles

Face au problème du varroa, ce parasite acarien qui s'attaque aux abeilles, Frédéric dénonce les recommandations formulées par les fédérations d'apiculteurs. "Arrêter de foutre des saloperies dans les ruches!", s'enflamme-t-il. Pour lui, les imidacloprides conseillés (de la famille des néonicotinoïdes) sont dangereux. Cet insecticide "tue les parasites nuisibles mais aussi les bêtes plus utiles comme le pseudoscorpion", clame-t-il. Ce faux scorpion chasse en effet les parasites qui détruisent les abeilles, "il ne faut pas tuer ce qui est bon dans la ruche", juge le passionné.

Alors, pour obtenir un miel de qualité et sauvegarder les abeilles, Frédéric rappelle que tout le monde a un rôle à jouer: le consommateur à qui il conseille d'acheter du miel de qualité provenant d'un petit producteur, et les apiculteurs qui doivent veiller à bannir les produits toxiques de leurs ruches. On peut aussi agir en multipliant les plantations mellifères, c'est-à-dire qui produisent du nectar qui pourra être ensuite prélevé par les abeilles. Citons par exemple le chèvrefeuille, le charme, la clématite, l'impatience ou encore la marjolaine.

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