Fermé pour raisons de sécurité depuis 1995, le plus vieux cinéma du monde, où furent projetés les premiers films des frères Louis et Auguste Lumière en 1895, va faire peau neuve et sera rénové "à l'identique" d'ici 2013.

"J'ai l'habitude de dire qu'à Cannes, ils ont les étoiles et qu'ici, on a la poussière!", s'amuse Michel Cornille, président de l'association "les lumières de l'Eden", les pieds dans les gravats de "son" cinéma, situé sur le front de mer de la Ciotat (Bouches-du-Rhône), face au port de plaisance.

Tentures déchirées, sièges poussiéreux, moquette élimée, écran absent, galerie supérieure à la peinture délavée: le temps semble s'être arrêté dans la petite salle de quelque 300 places, construite en 1892 "à l'ancienne" et inscrite depuis à l'inventaire des monuments historiques.

Mais cette vision ne sera bientôt qu'un lointain souvenir: des travaux de rénovation, d'un montant de cinq millions d'euros, débuteront en janvier 2012, pour une inauguration prévue en mai 2013, à l'occasion de Marseille-Provence capitale européenne de la culture.

Pour les amoureux de cette salle mythique, qui ont dû se battre contre l'appétit des promoteurs immobiliers qui "auraient aimé en faire un parking ou un hôtel-restaurant", et plus largement contre l'oubli, ces dates signifient la fin d'une longue période durant laquelle ils ont "joué la montre et gagné du temps", explique Jean-Louis Tixier.

Adjoint à la culture du maire (UMP) de la Ciotat, il est conscient que "s'il n'y avait pas eu Marseille-Provence 2013, on aurait encore repoussé aux calendes grecques" la rénovation de l'Eden, pourtant un "atout touristique" pour la ville.

En 2013, l'Eden figurera ainsi au centre d'un parcours urbain lié au cinéma, dont le point de départ sera la fameuse gare de La Ciotat, "héroïne" du premier film des frères Lumière, et qui n'a pas bougé non plus depuis plus d'un siècle.

Une autre étape pourrait être la villa de Michel Simon, où l'acteur a passé ses vacances de 1935 jusqu'à sa mort, en 1977: rachetée par la municipalité, elle devrait accueillir une résidence pour cinéastes et scénaristes.

Choisi pour ses talents de scénographe, l'architecte marseillais André Stern, pour qui l'Eden témoigne de la "genèse d'un changement de culture et de civilisation", affirme avoir donné la "priorité" aux intérieurs.

Recherche des couleurs d'origine, nettoyage des coursives, restauration de 75 sièges datant de 1920... la salle de cinéma sera digne d'entrer dans "le patrimoine mondial", s'enthousiasme-t-il.

Mais les extérieurs ne seront pas oubliés: chaque samedi soir, la fameuse locomotive des frères Lumière verra exaucer "son rêve d'aller jusqu'à la mer", avec la projection de son image sur la façade.

Rénovation faite, l'Eden restera une salle de cinéma, "à la programmation pointue" précise M. Cornille: "nous avons prévu de passer des vieux films restaurés, des Méliès, des Tati..."

A l'Institut Lumière de Lyon, partenaire de l'opération, on est justement en train d'entreprendre la restauration en numérique haute définition des films des frères Lumière, pour les prêter à l'Eden et les sortir en DVD fin 2012.

En attendant, ce que M. Cornille souhaite par dessus tout, c'est que la population se réapproprie "sa" salle: "ici, ça a toujours été les chantiers navals, note-t-il. On aimerait désormais que La Ciotat rime avec... cinéma".