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Bakhita, un livre sur "la force des femmes d'hier et d'aujourd'hui" pour Véronique Olmi

Bakhita, un livre sur
L'écrivaine Véronique Olmi lors d'une séance photo à Paris, le 7 septembre 2017JOEL SAGET
 

Bakhita, l'esclave soudanaise devenue sainte et héroïne du dernier roman de Véronique Olmi, incarne "la force des femmes d'hier et d'aujourd'hui", affirme la romancière, lauréate mercredi du prix du roman Fnac.

Roman consacré à la vie hors norme de la sainte africaine, "Bakhita" (Albin Michel) est un des livres de la rentrée littéraire qui se vend le mieux. Véronique Olmi, rencontrée par l'AFP au Livre sur la Place de Nancy, est également en lice pour le prix Goncourt.

QUESTION: Comment avez-vous rencontré Bakhita, esclave au XIXe siècle, canonisée par Jean Paul II en 2000 ?

REPONSE: "J'ai fait sa rencontre un peu par hasard en visitant une église. J'ai ressenti un choc face à sa vie, une sidération. Bakhita qui veut dire +la chanceuse+ est son nom d'esclave. Elle a oublié son vrai nom.

J'ai eu envie d'écrire ce parcours de femme. Elle représente la force des femmes d'hier et d'aujourd'hui. Moi, quand je traverse des moments difficiles, j'ai toujours pensé au combat des autres femmes. Au combat des mères russes qui allaient en Tchétchénie pour retrouver la trace de leur fils, des folles de la Place de Mai. L'énergie positive des autres me porte. C'est ça le parcours de Bakhita.

On pense aux jeunes filles enlevées par Boko Haram, on pense aux jeunes enfants enlevés dans les pays d'Afrique pour travailler dans les plantations de cacao... C'est le mal qui perdure, c'est l'inhumanité qui perdure. J'ai écrit ce livre au moment de l'attentat du Bataclan. Je voulais savoir comment Bakhita a préservé son humanité dans cette inhumanité".

Q: Enlevée à 7 ans, les fers aux pieds, violentée, comment Bakhita a-t-elle pu résister à tant de souffrance?

R: "Nous ne sommes pas tous égaux devant la force de vie. Il y a une part d'inné dans son instinct de survie mais je pense aussi que Bakhita a dû être follement aimée par sa famille, sa tribu.

Je pense qu'elle avait une intelligence de la vie supérieure. Elle cherchait toujours un espoir pour survivre à la journée: +je vais retrouver ma soeur+ (enlevée elle aussi), +je vais peut-être passer par mon village+... Elle était habitée par une force d'insoumission intérieure.

Une fois en Italie, sa rencontre avec Dieu - qu'elle appelle d'abord Allah - a été assez compliquée. Elle se sentait indigne de Lui. Elle avait honte de toutes les offenses qu'elle avait subies. Elle avait la culpabilité des survivants.

Elle a été complètement instrumentalisée par le régime fasciste au moment de la conquête de l'Ethiopie (1935-1936). Elle a été un objet de propagande. On lui a demandé de donner son livre en main propre à Mussolini.

Pour la propagande fasciste, les Noirs étaient ceux qui souillaient et elle est devenue, malgré elle, l'emblème de ce que l'Italie catholique romaine pouvait faire de mieux aux +peuples barbares+.

Mais elle était d'une grande sagesse et connaissait très bien l'âme humaine. Elle a vécu l'esclavage au Soudan. Quand elle arrive en Italie (en 1885), après avoir été achetée par le consul italien au Soudan, elle voit la misère des paysans. Elle les voit littéralement mourir de faim".

Q: Comment expliquez vous le succès de votre livre sur un sujet aussi âpre ?

R: "J'ai travaillé deux ans sur ce livre. Je ne suis pas allée au Darfour. J'ai lu les différentes versions du livre officiel sur sa vie ("L'Histoire merveilleuse de Madre Giuseppina Bakhita", ndlr) mais je voulais écrire un roman, pas une biographie.

Je suis allée sur ses traces en Italie, j'ai rencontré les soeurs canossiennes dont elle était membre, j'ai visité les couvents de Vénétie où elle est passée, les endroits où elle fut domestique.

Elle est morte en 1947 à Schio (Italie) où toutes les vieilles dames - des petites filles quand Bakhita a disparu -, se souviennent encore d'elle.

Aujourd'hui, je me dis que si le livre est si bien accueilli c'est qu'on a besoin de ces héros au quotidien. Des figures lumineuses comme celle de Bakhita nous entraînent et nous coupent le souffle".

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