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Fanny Ardant, une "drôle de pater" éblouissante

Fanny Ardant, une
L'actrice française Fanny Ardant, le 7 décembre 2016 à MarrakechFADEL SENNA
 

Délicate et loin des clichés, la comédienne Fanny Ardant trouve un rôle à sa mesure dans "Lola Pater", dernier film de Nadir Moknèche en salles mercredi, où elle incarne une femme transsexuelle qui veut rester un "père" pour son fils.

Après la mort de sa mère, Zino (Tewfik Jallab) décide de partir à la recherche de son père, Farid, parti dans sa jeunesse. Mais en lieu et place de Farid, il tombe sur Lola (Fanny Ardant), belle femme d'une cinquantaine d'années. Née femme emprisonnée dans un corps d'homme, cette transsexuelle va se battre pour construire avec son fils la relation paternelle qu'ils n'ont jamais pu avoir.

Pour son cinquième long métrage, le réalisateur franco-algérien Nadir Moknèche ("Goodbye Morocco", "Délice Paloma") désarçonne en abordant avec délicatesse le thème de la transsexualité. Un sujet qui se fait de plus en plus une place au cinéma et à la télévision, à l'image des séries "Orange is the new black", "Transparent", ou encore "Louis(e)" en France.

"Dans mes films, j'ai toujours essayé d'éviter les poncifs. Je voulais à tout prix m'éloigner des thèmes généralement associés aux transsexuels : l'homosexualité, la prostitution, la drogue, le cabaret", explique le cinéaste de 52 ans.

Un pari réussi puisque le film, qui choisit de se concentrer sur la question plus rarement évoquée de la paternité, déjoue les attentes d'un spectateur habitué aux clichés parfois "transphobes". Loin du personnage de la "grande folle", Lola est une "dame distinguée" épanouie dans sa sexualité lesbienne, à qui il ne manque qu'une chose : son fils.

Pour incarner Lola, le réalisateur a tout de suite pensé à Fanny Ardant ("La femme d'à côté", "Huit femmes"), en souvenir de sa "silhouette +masculine+ se précipitant dans une rue sombre" dans "Vivement dimanche !" (1982, de François Truffaut).

- Un personnage qui "dérange" -

Éblouissante, l'actrice incarne Lola tout en retenue. Grâce à son grain de voix profond, Fanny Ardant estompe peu à peu la frontière entre les genres, laissant entrevoir ce qu'il y a de masculin et de féminin dans ce "drôle de pater". Sans chercher à forcer outre-mesure le trait masculin : "J'ai compris que pour interpréter Lola, en fait, je devais dessiner une femme comme les autres", explique à Télérama celle qui avait remporté en 1997 le César de la meilleure actrice pour "Pédale Douce".

Si cette "comédie dramatique" fait rire, ce n'est jamais aux dépens de Lola. Au contraire, c'est toujours les réactions de ses interlocuteurs qui déclenchent l'hilarité. Ou bien les répliques bien senties qu'elle leur assène.

Car derrière le vernis de la comédie, le film de Nadir Moknèche se veut aussi engagé: il vise à mettre en lumière la discrimination et les violences dont sont victimes les personnes transsexuelles.

"Le personnage de Lola, loin des clichés, dérange", pense-t-il. "Tant que le transsexuel reste marginal, évoluant dans un milieu interlope, il est accepté. S'il aspire à une vie ordinaire, a fortiori celle d'un père, il devient encombrant pour la société", affirme-t-il dans les notes de production.

Ce qu'espère le réalisateur, "bien placé pour connaître les problèmes des minorités", c'est contribuer "peu à peu à l'évolution des mentalités".

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