Steve Jobs, l'ancien big boss d'Apple mort en 2011, avait sans doute vu juste: "Nous sommes dans l'ère post-PC"… Les ventes mondiales d'ordinateurs se sont en effet effondrées de 13,9% au premier trimestre.

Il s'agit de la plus forte chute jamais enregistrée depuis 1994, date de l'éclosion du secteur pour le grand public. Tous fabricants et régions confondus, seulement 76,3 millions de PC ont été vendus dans le monde au premier trimestre, contre encore 88,6 millions un an plus tôt.

Un chiffre révélateur, qui confirme une tendance: c'est le quatrième trimestre consécutif de recul des ventes, et il est très important. A titre de comparaison, pour les trois derniers mois de 2012, la baisse tournait autour des 5%.

 

Pourquoi ?

Si les ventes de PC diminuent, ce n'est pas parce que les gens se désintéressent de l'informatique. C'est qu'ils le font différemment. Il y a plusieurs raisons qui expliquent ce recul.

En 2013, un smartphone et/ou une tablette, pour un prix raisonnable, peuvent aller sur internet, lire et écrire des mails, utiliser Facebook ou toute autre application avec plus de simplicité et de rapidité que sur un ordinateur. Les thématiques de ces applications sont de plus en plus variées et abordent tous les domaines: jeu, productivité, vie pratique… même travailler est devenu possible, dans une certaine mesure.

Pour le jeu vidéo aussi, la tendance se creuse: après les consoles de salon, les consoles portables et les smartphones/tablettes, c'est le jeu "à distance" qui fait des dégâts. Avec un ordinateur "ancien", vous pouvez jouer à de nombreux jeux qui "tournent" sur des serveurs distants, le tout transitant via votre connexion internet.

Enfin, il faut prendre en compte le nombre croissant d'appareils dotés d'un petit système informatique embarqué permettant de le connecter au réseau, de communiquer, etc. Comme la télévision, le frigo, le GPS ou les systèmes multimédias des voitures. Désormais, on est connecté en permanence. Il y a cinq ans, le PC était la seule porte d'entrée au web, aux outils de travail et à la communication digitale. A l'heure actuelle, les nouveaux modèles de TV sont équipés d'une caméra, d'un micro et du logiciel Skype. Et ce n'est qu'un exemple.

 

Qui trinque le plus ?

HP confirme sa première place mondiale au premier trimestre, mais de peu: la chute de ses ventes est estimée à 24%, soit un peu moins de 12 millions d'unités, avec une part de marché estimée environ 15%, contre environ 14,7% pour le chinois Lenovo (11,7 millions d'unités), qui s'en sort assez bien grâce au marché local.

Pour Dell, le numéro trois mondial, la baisse des ventes tourne autour de 11%, avec 9 millions d'unités. La chute est aussi rude pour le numéro 4 mondial Acer (-30% de ventes de PC).

A titre de comparaison, sur cette même période de trois mois, Apple a vendu 48 millions d'iPhone et 23 millions d'iPad.  

 

Quelles sont les pistes ?

Il y a pourtant de gros efforts qui sont faits par tous ces géants de l'informatique. Deux éléments ont fait bouger les choses ces dernières années, ou ces derniers mois: Windows 8 (et son interface complètement neuve) et le principe de l'Ultrabook (des ordinateurs portables très fins, avec un démarrage plus rapide).

Il est vrai que d'un côté, Microsoft a donné des idées aux fabricants, avec sa nouvelle interface faite de tuile colorée, et prévue pour un usage tactile. D'ailleurs, de nombreux modèles de portables ont désormais des écrans tactiles. Certains sont même "hybrides": l'écran est autonome et quand on le détache du clavier, il fait office de tablette. Mais de l'autre, Microsoft a commencé à produire son propre matériel, avec des tablettes Surface qui rencontrent un certain succès. Il fait donc de l'ombre à ses amis les fabricants, qui sont pourtant sa principale source de revenu car ils intègrent d'office Windows depuis de longues années. 

Les "Ultrabooks", sponsorisés par Intel qui fournit le processeur et a donné un cahier des charges stricte, permettent plus de mobilité, et parfois d'autonomie, tout en préservant la puissance. De quoi combler en partie le fossé qui les sépare des tablettes, des outils qui sortent de veille en une fraction de seconde, et qui peuvent tenir une semaine sans être déchargés. 

La meilleure piste, bien entendu, est d'orienter sa production vers ce qui marche: l'informatique mobile (tablette, smartphone) ou embarquée (télévision, voiture). Mais sur ce marché, de nouveaux acteurs sont apparus, et sont solidement isntallés.  

 

Mathieu Tamigniau (twitter: @mathieu_tam)