Décor: les grands ensembles. Influences: le rap, le cinéma, les séries TV. Genre: polar, conte ou roman.
 
Faïza Guène ("Kiffe Kiffe Demain"), Mabrouck Rachedi ("Le Petit Malik"), Rachid Djaïdani ("Viscéral"), Samira El Ayachi ("La vie rêvée de mademoiselle S.")... "Ces auteurs ont des points communs", estime Tibo Bérard, qui a lancé aux Editions Sarbacane la collection Exprim', pour promouvoir ce type de littérature dite urbaine ou populaire.
 
"Ces livres sont des coups de poing en pleine tronche, ils déroutent, ils vont vite, à l'encontre d'une certaine idée de la littérature française que je trouve parfois fade, atone", décrit-il.
 
Dans la collection Exprim', chaque livre commence par une liste de chansons, souvent des titres de rap, choisies par l'auteur pour être écoutées au fil de la lecture.
 
"C'est ça la culture populaire aujourd'hui: on mélange les genres, les formats", s'enthousiasme Insa Sané, le premier auteur publié.
 
En créant cette collection en 2006, Tibo Bérard "avait dans l'idée que des auteurs issus de scènes urbaines pouvaient émerger", alors que le slam commençait à se faire connaître en France. Il a déniché Insa Sané au sein du label de musique Desh, qui produit notamment le groupe de rap Sniper.
 
Enfant de Sarcelles (Val-d'Oise), Insa Sané, dont le prochain livre sortira en novembre, explique que ses influences "vont du poète Lamartine au rappeur Oxmo Puccino en passant par l'écrivain Lamine Camara".
 
Ghetto ?
 
Rachid Santaki a lui demandé au rappeur Mac Tyer de réaliser un clip pour promouvoir son dernier ouvrage, "Des chiffres et des litres", et s'est fait remarquer en inondant d'affiches sauvages sa ville de Saint-Denis et d'autres banlieues.
 
"Ce qui est intéressant, c'est qu'à sa manière, il contribue à raconter le patrimoine, l'histoire de Saint-Denis", note Doris Séjourné, libraire à La Traverse, à La Courneuve (Seine-Saint-Denis).
 
Preuve de l'intérêt qu'il a suscité, il a été débauché par les éditions du Masque qui publieront son prochain ouvrage en mars 2013.
 
"Quand on parle de la banlieue, c'est toujours terrifiant. Il y a un fantasme urbain assez fort. Il était temps que les écrivains de banlieue parlent de leur réalité", justifie Hélène Bihéry, éditrice au Masque.
 
"Je pense que c'est un mouvement fort qui est en train d'arriver, ça intéresse les éditeurs", jauge-t-elle.
 
Seule ombre au tableau: "le côté ghetto associé à l'expression littérature urbaine", déplore Insa Sané.
 
Faïza Guène, surnommée malgré elle la "Françoise Sagan des cités", raconte avoir eu du mal à gérer le succès acquis dès ses 19 ans avec "Kiffe Kiffe Demain" (plus de 400.000 exemplaires vendus).
 
"Les journalistes me demandaient mon avis sur le port du voile, l'immigration, les émeutes en banlieue... On me parlait de tout sauf de mon livre. J'étais considérée comme un écrivain de banlieue et pas comme un écrivain tout court", regrette-t-elle.
 
En revanche, "ce qui peut être valorisant, c'est de contribuer à vulgariser la littérature", note la jeune femme, qui termine son quatrième roman, publié chez Fayard.
 
"Beaucoup de gamines qui l'ont lue ont découvert que la littérature était accessible", témoigne Isabelle Tingry, libraire aux Mots passants, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). "Elles se sont dit +moi aussi je peux y arriver+".