L'Orchestre du Gewandhaus de Leipzig a ouvert mardi soir, non sans brio, la saison symphonique 2009-2010 de la Salle Pleyel à Paris avec un programme placé sous le signe lumineux de l'Italie et animé par deux Milanais, le chef Riccardo Chailly et le pianiste Maurizio Pollini.

La formation allemande, qui compte parmi les phalanges les plus anciennes (1743) et réputées du Vieux-Continent, a pris l'habitude de faire sa rentrée avec une tournée européenne.

Cette fois, son périple a commencé à Dublin (6 septembre), où l'orchestre ne s'était jamais produit, et s'est poursuivi à Londres (7) puis Paris, avant d'atteindre Francfort (Allemagne) jeudi et enfin Lucerne (Suisse) vendredi et samedi.

A Paris, le concert s'est ouvert avec la "Composizione n°1" d'une figure de l'avant-garde italienne de l'après-guerre, Luigi Nono (1924-1990).

Cette musique sérielle est exigeante mais sans aridité, sensation que renforcent les sonorités hédonistes du Gewandhaus sous la baguette de Chailly, 55 ans, son "Kapellmeister" (maître de chapelle) depuis quatre ans.

L'orchestre en livre une lecture concentrée, même quand la sonnerie intempestive d'un téléphone portable vient perturber le murmure des premières mesures...

Chailly enchaîne avec la "Symphonie n°4" de Felix Mendelssohn, dite "Italienne" car c'est au pays de Dante que le compositeur allemand à l'honneur cette année (200e anniversaire de la naissance) l'a commencé.

Elle est ici présentée dans sa version de 1834, qui n'est pas la plus usitée. Peu importe puisque cette musique alerte semble couler comme le sang dans les veines des musiciens du Gewandhaus, orchestre que Mendelssohn dirigea pendant douze ans.

La phalange de Leipzig arbore une légèreté très italienne (les violons) sans renoncer à toute profondeur germanique (les basses), un équilibre fragile auquel Chailly veille tout en conduisant son orchestre avec une énergie assez irrésistible.

Les frontières de l'Italie s'éloignent avec le "Quatrième concerto" pour piano de Beethoven, sauf à considérer la nationalité de son interprète. Pollini, musicien d'une grande intégrité artistique, affiche ici une neutralité excessive, sans parler de quelques scories sur le plan technique. Un soir sans -- sans "bis" d'ailleurs, alors que le public l'a bruyamment réclamé...

Le pianiste de 67 ans jouait dans le cadre des "Pollini Perspectives". Ce cycle ambitieux de neuf concerts, confrontant sur deux saisons (2008-2010) la musique du XXe siècle à des répertoires antérieurs, se poursuivra à Pleyel le 13 octobre, le 16 novembre, le 7 décembre et s'achèvera le 22 juin.

La salle accueillera d'autres prestigieuses formations étrangères cette saison, à l'instar des Symphoniques de Boston, Chicago et Londres, des Philharmoniques de Berlin et New York ou des Orchestres du Mariinski (Saint-Pétersbourg) et du Festival de Budapest.