Plus intime et mélancolique, La Grande Sophie publie lundi "La place du fantôme" (Polydor/Universal), son très réussi sixième album, habité par une présence qu'elle "a cherchée et qui n'est jamais arrivée".
Voilà déjà près de 20 ans que La Grande Sophie -- 42 ans et 1m78 sous la toise -- creuse son sillon dans le paysage musical français.
Celle qui avait débuté, armée d'une guitare et d'une caisse claire, dans les bars rock de Paris, est devenue une auteure-compositrice recherchée -- Françoise Hardy et Sylvie Vartan ont récemment fait appel à elle -- et une figure respectée de la scène hexagonale.
Après une Victoire de la révélation scène en 2005, son dernier album "Des vagues et des ruisseaux" (2009) a reçu un Grand Prix de l'Académie Charles Cros.
Occupée par divers projets (une tournée nord-américaine, une création au Printemps de Bourges, une musique de téléfilm...), La Grande Sophie a mis du temps à s'atteler à l'écriture de la suite.
"A partir de l'automne 2010, je m'y suis mise... progressivement. En fait, tout s'est déclenché au printemps suivant. Les chansons ont débarqué les unes après les autres", explique-t-elle.
Ces chansons dessinent le portrait d'une Grande Sophie intime et encline à l'introspective, moins enjouée qu'à son habitude.
Des motifs reviennent au fil de l'album: l'obsession du temps qui passe -- l'implacable "Tu fais ton âge" --, l'inéluctabilité de la mort, le manque, la peur de l'indifférence, une vie rêvée voire fantasmée.
La Grande Sophie dit s'être rendue compte après coup que ces chansons parlaient toutes d'un moment précis de sa vie.
"La place du fantôme" est "l'histoire d'une présence. Qui m'a manqué. Que j'ai cherchée. Et qui n'est jamais arrivée", dit-elle.
Cette présence est personnifiée par "Suzanne", "fantôme" auquel elle se confie dans le titre intimiste et dépouillé qui clôt l'album.
Si le propos est souvent mélancolique, la musique vient jouer un rôle de contrepoint.
Après "Des vagues et des ruisseaux", album acoustique et épuré, La Grande Sophie a voulu retourner vers une base synthétique.
"La place du fantôme" marie harmonieusement saxophone, contrebasse, orgue, guitares et synthétiseurs aux sonorités des années 70-80.
L'album virevolte légèrement entre pop, funk, folk et chanson française, avec pour ligne directrice des mélodies claires qui mettent en avant une écriture basée sur les jeux de mots et de sons.
La Grande Sophie a confié la réalisation de "La place du fantôme" à trois musiciens inséparables, Ludovic Bruni, Vincent Taeger et Vincent Taurelle, collaborateurs par le passé d'Air, Charlotte Gainsbourg, Feist ou Françoise Hardy.
Leurs arrangements laissent une grande place aux respirations, mettent en valeur, tout en douceur, le timbre de La Grande Sophie.
Leur intention, confient-ils, était d'"inviter celle qui maîtrise parfaitement sa voix, à moins de self-control, à plus de lâcher prise et de fragilité amusée".













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