L'épouse de l'opposant et oligarque kazakh Moukhtar Abliazov a estimé mardi qu'elle "ne verrai(t) plus jamais" son mari s'il était extradé vers la Russie ou l'Ukraine, la défense de l'homme d'affaires accusé d'escroquerie affirmant que le régime du Kazakhstan se cache derrière ces demandes.

"Si les juges français l'extradent, je ne le verrai plus jamais. Ce serait terrible", a déclaré Alma Chalabaïeva à la presse lors d'une rencontre organisée par les défenseurs de son mari à Paris.

La cour d'appel d'Aix-en-Provence doit se prononcer jeudi sur les demandes d'extradition de Kiev et Moscou. Lors de l'audience du 12 décembre le parquet général s'était prononcé en faveur d'une extradition, en priorité vers la Russie.

Mme Chalabaïeva avait elle-même été expulsée d'Italie vers le Kazakhstan fin mai, une affaire rocambolesque qui avait provoqué une crise politique et la démission du chef du cabinet du ministre italien de l'Intérieur.

Elle a finalement pu regagner Rome fin décembre et a indiqué avoir pu rencontrer son époux, interpellé fin juillet dans le sud de la France, le 31 décembre à la prison de Luynes (Bouches-du-Rhône) où il est en détention provisoire. "Il avait l'air en forme et prêt à se battre", a-t-elle dit.

Si la cour d'appel devait se prononcer pour l'extradition, "nous ferions bien évidemment un pourvoi en Cassation", a indiqué Gérard Tcholakian, un des conseils de M. Abliazov.

Si ce pourvoi était rejeté, la décision d'extrader ou non reviendrait au gouvernement, et pourrait être contestée devant le Conseil d'Etat, puis éventuellement devant la Cour européenne des droits de l'Homme.

Si la cour d'appel refuse l?extradition, sa décision est sans recours.

"Et sur le fond et sur la forme, mais aussi et surtout au nom de la protection des personnes, il est impossible de l'extrader", a déclaré Jean-Pierre Mignard, un autre des avocats, estimant que "nous nous trouvons là avec une catégorie d'Etats qui ne jouent pas dans la confiance". Pour ses défenseurs Moscou et Kiev sont des "faux-nez" et pourraient livrer M. Abliazov au Kazakhstan, qui n'a pas de traité d'extradition avec la France.

M. Abliazov, 50 ans, avait fait fortune dans les années 1990 et fut longtemps un proche du président kazakh Noursoultan Nazarbaïev, qui dirige d'une main de fer cette république d'Asie centrale depuis la fin de l'époque soviétique. Ministre de l'Energie de ce pays richissime en pétrole entre 1998 et 1999, il était tombé en disgrâce après avoir co-fondé le parti Choix démocratique en 2002, ce qui lui valut plusieurs mois de prison en 2003.

Après sa libération, il avait présidé la banque kazakhe BTA, fuyant en 2009 pour l'Angleterre -où il a obtenu l'asile politique- au moment de la nationalisation controversée de l'établissement.

Les demandes de Kiev et Moscou l'accusent de malversations (5 milliards de dollars sur le sol russe, 400 millions en Ukraine) à travers des montages financiers délictueux dans les filiales de BTA.

Pour ses défenseurs, M. Abliazov aurait au contraire simplement tenté de protéger ses actifs face à une nationalisation politiquement motivée.