Du nord de l'Allemagne au sud de l'Italie, pas un kilomètre de ligne à très haute tension (THT) n'échappe à l'attention des ingénieurs travaillant dans la salle de commande de la société Coreso. L'oeil vissé sur un écran géant et une vingtaine d'ordinateurs, ils peuvent ainsi détecter en temps réel toute anomalie, qu'elle soit liée à l'arrêt d'une ligne ou d'une centrale, ou au bond de la consommation provoqué par une chute brutale des températures. "Les réseaux électriques sont aujourd'hui totalement interconnectés en Europe, même s'ils restent gérés au niveau national", explique François Boulet, directeur général de Coreso. "Un incident peut avoir des répercussions à plusieurs centaines de kilomètres, dans un pays voisin".

 

La tour de contrôle Coreso surveille l'approvisionnement de 215 millions d'européens

Coreso (Coordination of electricity system operators) n'a cessé de monter en puissance depuis sa création fin 2008 par les gestionnaires des réseaux de transport d'électricité français RTE, et belge Elia. Ils ont depuis été rejoints par le Britannique National Grid, l'Italien Terna et l'Allemand 50Hertz, tous actionnaires de cette société dont ils contrôlent le capital. Son périmètre de surveillance concerne désormais 215 millions d'habitants, soit 43% de la population de l'Union européenne.

 

Une ligne enjambant une rivière en Allemagne mise hors service: 15 millions d'Européens dans le noir

La prise de conscience de la nécessité d'une meilleure coordination entre pays européens remonte au 4 novembre 2006. Ce samedi là, en milieu de soirée, une ligne 400.000 volts enjambant une rivière allemande est mise hors service pour laisser passer un navire de croisière. Mais cette opération relativement banale est conduite avec plusieurs heures d'avance sur l'horaire prévu, ce qui entraîne un brusque déficit de production et des délestages en cascade. Quelque 15 millions d'Européens sont plongés dans le noir, même si le black-out général est évité de justesse. "Cette grave panne, la première à l'échelle européenne, a montré l'importance d'avoir une vision d'ensemble, qui faisait jusqu'alors défaut", souligne François Boulet.

 

Prévisions en fonction de la météo, des travaux sur les lignes

L'équilibre entre production et consommation est d'autant plus cruciale que "l'électricité n'est pas un bien qui se stocke" et "qu'il est nécessaire d'ajuster instantanément les flux suivant les variations de la demande", rappelle-t-il. L'une des missions de Coreso est ainsi de livrer des prévisions du jour au lendemain, en prenant en compte d'éventuels travaux sur les lignes et les aléas climatiques. Une forte baisse des températures entraîne ainsi des pointes de consommation en France, où la plupart des chauffages sont électriques, ce qui peut rendre, en hiver, l'hexagone importateur alors qu'il est habituellement exportateur d'électricité.

 

L'arrivée des sources d'énergies renouvelables complique la gestion

L'essor ces dernières années des énergies renouvelables, comme l'éolien et le solaire, a rendu la gestion des flux plus complexe et difficile à prévoir. Ainsi, il faut adapter le réseau lorsque des vents forts soufflent en Allemagne, un pays qui donne une priorité d'accès à l'électricité d'origine éolienne au détriment de l'énergie fossile ou hydraulique.
 
Développé dans la seconde moitié du XXe siècle, "le réseau actuel n'a pas été initialement conçu pour gérer les flux intermittents des énergies renouvelables", souligne François Boulet.
 
Parallèlement, les transporteurs d'électricité européens doivent également s'adapter à l'arrêt programmé de l'énergie nucléaire, aux flux très stables, dans plusieurs pays, Allemagne en tête. "La situation est de ce fait devenue plus risquée, mais on peut encore la gérer", selon le directeur de Coreso.