Oui, la Grèce respire. Elle a obtenu son aide de l’UE, perfusion lui permettant d’éviter la faillite, mais déjà regrettée à demi-mot par certains à cause des efforts financiers qui vont encore être demandés à une population qui a déjà serré sa ceinture au dernier cran. Dans ce contexte social dramatique, l’argent manque pour la prévention anti-drogue d’un côté, et pour s’acheter de la drogue de l’autre.

 

99% des héroïnomanes consomment ce mélange de liquide de batterie et de détergent!

Face à l’explosion du prix de l’héroïne, une nouvelle drogue bien moins chère, mais bien plus dangereuse est apparue dans les rues : la sisa. Une dose est vendue entre 2 et 3 euros. Voilà pourquoi aujourd’hui, après 18 mois de présence de cette drogue à Athènes, "dans les rues dédiées, 99% des héroïnomanes consomment la sisa", explique Tanos Panopoulos, un chef de mission à l’Organisation anti-drogue, à rue89. La sisa est vite devenue populaire. Personne ne sait qui la produit, où elle est produite, qui l’achemine en Grèce et qui la vend. Une piste, l’Orient. Pakistan, Kurdistan, Iran, Afghanistan, Irak, … de nombreux pays et ressortissants sont soupçonnés. Il faut dire qu’elle est facile à fabriquer, puisqu’elle se compose principalement de liquide de batterie et de détergent ! Un mélange extrêmement dangereux pour la santé.

 

Insomnies de plusieurs semaines, délires de violence extrême... et hôpital

Réputée pire que le Krokodil, fameuse drogue abrasive venue de Russie qui rongerait les chairs, la sisa a été étudiée par l’Observatoire national grec des drogues. Trois mois de sa consommation provoquent les mêmes effets sur le corps humain qu’un an et demi de consommation intensive d’héroïne ! Ses effets directs sont un violent flash de quelques minutes et une accélération du rythme cardiaque. Plus proche de la cocaïne que de l’héroïne. Ensuite, les effets secondaires apparaissent. Insomnies pouvant durer des semaines, crises obsessionnelles et extrêmes pulsions de violence, cite notre confrère auteure de l’article. Elle a rencontré Amira, une toxicomane de 26 ans qui prend cette drogue. Elle sortait depuis peu de l’hôpital après avoir été trouvée dans la rue, où elle vit, à moitié consciente et souffrant d’une infection de la peau et d'une embolie pulmonaire.

 

Accentuation de l'insécurité et du racisme

La majorité des toxicomanes en Grèce étant de jeunes migrants, principalement venus d’Afghanistan, un sentiment de rejet et de stigmatisation de ces populations s’est répandu dans une société grecque qui doit déjà faire face à son propre drame économique.