A Sant Antoni, quartier général des "clubbers" en majorité étrangers du nord de l'île, où se tient le concert, plages et boîtes de nuit attirent tellement de monde qu'il est dur de visualiser la profonde crise que traverse l'Espagne. Mais celle-ci a déjà changé le profil type de ses visiteurs: avec les milliers de Français, d'Allemands, d'Italiens et de Britanniques pour qui Ibiza est la plus célèbre destination espagnole, d'autres arrivent: les Espagnols eux-mêmes qui viennent ici dans l'espoir de trouver un emploi.

 

Une concurrence accrue

Poussés par un taux de chômage record, qui frappe un actif sur quatre en Espagne, les nouveaux arrivants espagnols entrent en concurrence avec les saisonniers étrangers, serveurs et autres rabatteurs de boîtes de nuit, qui travaillent depuis des années sur l'île tout en profitant de son été agité. "Cela fait quatre ans que je viens et c'est beaucoup plus dur cette année" de trouver un emploi, témoigne Kirstie Patterson, 22 ans, originaire du nord de l'Angleterre.

 

Une des destinations phares

Le tourisme est l'un des rares moteurs économiques qui tourne encore dans une Espagne engluée dans la récession, déclenchée par l'explosion de la bulle immobilière en 2008. Et Ibiza est l'une des destinations phares du pays. Mais le secteur peut difficilement créer assez d'emplois pour absorber la demande, le chômage touchant plus d'un jeune espagnol sur deux. "C'est spectaculaire: nous avons reçu 500 CV en une semaine", témoigne Juanjo Planells, manager d'un hôtel de 100 lits à Sant Antoni.

 

Une réputation sulfureuse

Avec la crise, l'urgence est donc plus grande encore d'élargir la cible des touristes attirés par les Baléares, un projet de longue date de ses dirigeants. A coups de campagnes publicitaires, ses dirigeants tentent donc de rénover l'image de l'île pour attirer un tourisme plus familial, sportif ou même des congrès.

Mais la réputation sulfureuse de l'île est bien ancrée. "C'est l'endroit typique pour des vacances entre copains", lance Jordan Bass, 18 ans, venu de la banlieue de Londres avec cinq amis passer une semaine sur l'île. "Plages et boîtes, voilà ce qu'on prévoit surtout", ajoute-t-il dans la chaleur de Sant Antoni. "Boire jusqu'à tomber par terre", lâche son ami Steven Magle, 19 ans.