C'est une élection, mais il n'y a pas d'affiches de campagne, pas de candidat officiel et ceux qui pourraient être élus jurent leurs grands dieux qu'ils ne le souhaitent pas: bienvenue au conclave, qui désigne le nouveau pape.

A la question "pensez-vous avoir vos chances?", les cardinaux qui sont arrivés depuis lundi à Rome pour préparer l'élection du chef d'une Eglise catholique de 1,2 milliard de fidèles, répondent d'un air modeste ou partent d'un grand éclat de rire.

"On est dans Alice au pays des Merveilles", a répondu le cardinal américain Daniel DiNardo, archevêque de Galveston-Houston (Texas), à un journaliste facétieux qui lui demandait s'il porterait un chapeau de cow-boy s'il était élu pape.

Son collègue de Boston, le cardinal Sean O'Malley, a pour sa part indiqué qu'il n'avait nullement l'intention d'abandonner sa bure de frère capucin. "Je porte cet uniforme depuis 40 ans et j'ai l'intention de le porter jusqu'à ma mort. Je ne prévois pas d'en changer", a-t-il dit.

Etre pape n'est pas censé être une ambition personnelle et encore moins si elle est exprimée en public: l'élection est d'inspiration divine, pas question d'essayer de concurrencer l'Esprit Saint.

Il existe un proverbe italien pour mettre en garde les cardinaux mus par un orgueil démesuré: "qui entre pape au conclave en ressort cardinal".

Les candidatures sont discutées avec le plus grand tact, mais normalement seulement en privé ou lors des pauses-café durant la série de rencontres pré-conclave. Et les cardinaux sont liés par le serment de garder secrètes leurs discussions, sous peine d'excommunication.

"Ce ne sont pas les caucus de l'Iowa", explique John Allen, le vaticaniste du National Catholic Reporter, en allusion à l'Etat américain où la campagne pour les présidentielles américaines atteint son summum avec des débats enfiévrés. "Le seul fait de donner l'impression de faire campagne pour le job et c'est le baiser de la mort", "tout se fait sotto voce", ajoute-t-il.

Le mystère qui entoure l'élection du pape a été parodié par un groupe d'artistes italiens qui ont monté une campagne en faveur du cardinal ghanéen Peter Turkson, avec de fausses affiches électorales placardées à Rome. On y voit Mgr Turkson les yeux rivés au ciel sous sa calotte de cardinal avec le slogan "au conclave, votez Peter Kodwo Appiah Turkson" avec une croix censée montrer aux électeurs comment voter.

Les questions incessantes de la presse sur une éventuelle candidature peuvent être pénibles pour des cardinaux qui affrontent les décisions les plus importantes de leur carrière.

Interrogé sur son éventuelle candidature, le cardinal français André Vingt-Trois, archevêque de Paris, a parlé d'"erreur" avant de partir à toute vitesse.

Un cardinal américain Timothy Dolan a carrément répondu à un journaliste que quiconque pouvait penser qu'il serait élu pape "fumait de la marijuana".

Dans une interview au Messaggero, le Britannique Cormac Murphy O'Connor, ex-archevêque de Westminster, à qui l'on demandait s'il avait acheté un billet pour repartir de Rome après l'élection, a répondu en laissant planer le doute: "je ne l'ai pas encore acheté.... je le prendrai dans quelques jours".

Pour sa part, le cardinal canadien Marc Ouellet, Préfet de l'influente congrégation des évêques, et cité parmi les papabili les plus probables par les vaticanistes, a avoué : "je ne peux pas ne pas y penser maintenant". Même s'il pense aussi qu'être pape "serait un cauchemar".

"Raisonnablement, je dois entrer au conclave en me disant +si jamais... si jamais...+. J'avoue que cela me fait réfléchir, cela me fait prier, cela me fait peur un peu. Je suis très conscient de la lourdeur de la tâche", a-t-il dit, s'empressant d'ajouter : "il y a un certain nombre de personnes qui ont plus de chances que moi d'être élues".