Suite à un problème évident de sécurité (deux chauffeurs d'une société sous-traitante sont liés à du matériel de propagande de l'Etat islamique), la grande institution européenne va gérer en interne les besoins en transport professionnel de ses nombreux députés… Et il y a forcément des victimes, à commencer par l'entreprise de Sandro, basée à Etterbeek.
Il y a quelques mois, peu après les attentats qui ont frappé Bruxelles, un média allemand dévoilait que deux chauffeurs du Parlement européen avaient été licenciés car
Ce fut logiquement le début d'une réflexion au sein de cette grande institution européenne, partagée entre Strasbourg et Bruxelles. Qui a finalement amené le Parlement à prévoir une internalisation de ses besoins en voitures avec chauffeur, jusqu'à présent en partie sous-traités à Bruxelles et à Strasbourg.
Pour le "contrôle"
"La décision proposée initialement par le Bureau du Parlement européen (soit le Président et les 14 vice-présidents) vise à avoir un meilleur contrôle de la qualité et des conditions de travail des chauffeurs travaillant au Parlement européen", nous a confirmé Delphine Colard, l'une des porte-paroles de l'institution.
"Il s'agit aussi d'améliorer la sécurité et la possibilité de conduire des screenings de sécurité (c'est-à-dire une petit enquête sur la personnalité et les antécédents, NDLR) des chauffeurs avant emploi, une formation continue et un meilleur suivi".
Des profils plus variés
Vérifier qui conduit les membres du Parlement, cela parait logique. Mais l'institution va aussi chercher des profils spécifiques ou plus variés.
Quand l'internalisation sera effective (en 2017, quand les textes auront été approuvés), le Parlement aura en effet "la possibilité de vérifier et garantir le respect des responsabilités sociales envers les chauffeurs: l'égalité des genres ou encore la non-dépendance de marchés quasi-monopolistiques" seront pris en compte.
Dans quel cadre ces voitures sont-elles nécessaires ?
Avant de parler des conséquences de cette décision, évoquons quelques détails importants. Le Parlement, c'est la plus grande institution européenne, avec 751 députés. Son siège est à Strasbourg en France, où se tiennent les séances plénières ; ses commissions, ainsi que certaines séances plénières additionnelles se tiennent à Bruxelles; son secrétariat général est installé à Luxembourg.
Cela implique, vous l'imaginez, beaucoup de transport de personnes... Mais dans quel but, précisément ? "En fonction des disponibilités, les députés peuvent utiliser ces voitures pour des trajets jusqu'à 20 km du lieu de travail. Les trajets doivent être liés au déplacement vers et depuis le travail. Le but principal est de prendre les députés depuis la gare ou l'aéroport, jusqu'au Parlement". Une dizaine de personnes "ont une voiture assignée de manière permanente, il s'agit du président du Parlement européen et des groupes politiques (8)"?
Qui conduit réellement les membres du Parlement ?
"Le Parlement possède 45 véhicules: 27 voitures officielles et 5 minibus, ainsi que 8 camions et 5 camionnettes pour le transport de biens". Mais ce n'est pas assez.
"Le Parlement a donc deux contrats cadres à Bruxelles et à Strasbourg pour louer d'autres véhicules. A Bruxelles, la société contractante est 'TMS Limousine'. A Strasbourg, il s'agit de la société 'Biribin Limousines'"
Pour TMS Limousine, à Bruxelles, "l'avenir est très flou"
Ces deux sociétés externes de location de voitures avec chauffeur sont directement concernées par l'internalisation prévue par le Parlement. Nous avons discuté avec le patron de TMS Limousine, basé à Etterbeek. Il est forcément inquiet, car cela fait presque 20 ans que son entreprise s'occupe de conduire les Parlementaires.
"Nous avons déjà reçu des démissions, qui seront effectives à la mi-janvier", nous a expliqué Sandro Manca, pour qui "l'avenir reste très flou, ils (le Parlement, NDLR) nous tiennent en haleine". Car rien n'est encore officiellement décidé.
Certains chauffeurs de Sandro seront engagés par le Parlement
"Nous avons actuellement 140 chauffeurs qui travaillent de manière régulière pour le Parlement".
Avec l'internalisation, TMS Limousine perd son plus gros client. "On va devoir restructurer, car je vais devoir me séparer de plus ou moins 70% de mon personnel".
Heureusement, une partie des chauffeurs va être engagée par le Parlement européen, qui a forcément besoin de personnel expérimenté. "Certains vont être engagés par le Parlement. Ils ont du passer des examens, il faut de l'expérience et savoir parler deux langues".
Pour les chanceux, c'est une bonne nouvelle. "Ils vont être mieux payés, car les salaires sont nettement supérieur au Parlement", tandis que chez TMS Limousine, on débute avec une base horaire de 11,7€ de l'heure. En plus, ces chauffeurs seront salariés, alors qu'ils n'auront pas forcément de travail tous les jours à Bruxelles. Actuellement, ils travaillent plutôt comme des intérimaires (entre 4 et 12 jours par mois) pour l'entreprise de Sandro.
Selon les observateurs, le coût annuel final pour le Parlement européen, et donc finalement pour les citoyens européens, va pratiquement doubler. Actuellement, selon la porte-parole, "le budget est de plus ou moins 6,8 millions d'euros par an".
