Le président français Nicolas Sarkozy, campé sur des "valeurs" de droite, est désormais pleinement lancé dans la bataille pour sa reconduction au printemps face au favori socialiste François Hollande, ne laissant planer qu'un petit suspense sur la date de sa candidature officielle.

Si l'on ignore encore la forme qu'elle prendra, la déclaration formelle de candidature de Nicolas Sarkozy devrait avoir lieu la semaine prochaine, peut-être le 16 février, à près de deux mois du premier tour de la présidentielle.

Une information corroborée par l'intéressé ("le rendez-vous approche") et surtout par l'annonce vendredi par le parti présidentiel UMP qu'un premier "grand meeting" de soutien à Nicolas Sarkozy était prévu le 19 février à Marseille (sud-est).

Largement distancé dans les sondages par François Hollande, le président a ainsi décidé d'accélérer son calendrier initial d'entrée officielle en campagne, alors que ses proches évoquaient encore la semaine dernière la fin février ou le début mars.

Nicolas Sarkozy a remis au goût du jour la stratégie qui lui avait en partie permis de l'emporter en 2007, lorsqu'il avait su séduire les sympathisants du Front national (FN), le parti d'extrême droite.

Il a décidé d'amorcer sa campagne sur les questions de société, après avoir consacré ses dernières décisions de président aux questions économiques, notamment une hausse de la TVA, une baisse des charges sur les entreprises et l'instauration d'un taxe sur les transactions financières.

Mais à cause de la crise, et du caractère de plus en plus technique des sujets économiques, qu'il s'agisse de la dette ou de la fiscalité, il a acquis la conviction qu'il était préférable de ne pas trop axer son début de campagne sur ces thématiques, selon la presse.

Opposition au droit de vote des étrangers hors Union européenne, refus du mariage gay, réforme restreignant les droits des chômeurs, appel aux valeurs du travail, de la famille et de la responsabilité... dans une longue interview à au Figaro magazine, rendue publique jeudi, M. Sarkozy a cherché à conforter l'électorat de droite.

"C'est le retour aux valeurs", approuve le ministre des Transports, Thierry Mariani, chef de file du courant droitier de la majorité.

Quitte à prendre le risque de se couper de la sensibilité centriste de la droite, comme le craint l'ancien porte-parole de l'UMP, Dominique Paillé.

"Attention ! A trop chasser sur les terres populistes, ce sera la rupture avec l'électorat centriste humaniste", a-t-il estimé, qualifiant les déclarations de Nicolas Sarkozy de "virage très dangereux",.

Le chef d'Etat a aussi rapidement été accusé par la candidate écologiste Eva Joly de "braconner sur les terres de la droite extrême".

Des termes repris presqu'à l'identique à la Une du quotidien Le Monde, dans son édition de vendredi après-midi: "Sarkozy chasse sur les terres du Front national".

"Il veut reprendre pied dans l'électorat de 2007 qui a été déçu et récupérer 5 ou 6 points pour retrouver les 31% du premier tour il y a cinq ans", décrypte un responsable de l'UMP.

François Hollande arrive aujourd'hui en tête de toutes les enquêtes, avec 29-30% des intentions de vote au premier tour, devant Nicolas Sarkozy (24-25%), la dirigeante d'extrême droite Marine Le Pen (18%) et le centriste François Bayrou (13%). Au second tour, le socialiste est nettement favori, obtenant jusqu'à 60% dans certains sondages.

Avec son discours "à droite toute", souligné par toute la presse française, le président sortant s'expose aussi à l'accusation de vouloir profiter d'une éventuelle défection de la candidate d'extrême droite Marine Le Pen.

Elle déclare ne pas être certaine d'obtenir les 500 parrainages d'élus nécessaires pour être présente au scrutin des 22 avril et 6 mai.

Nicolas Sarkozy fait "le pari extrêmement dangereux" de l'absence de Marine Le Pen, a déclaré Vincent Peillon, un des soutiens de François Hollande.