"Un double indestructible", dépourvu d'empathie: c'est le profil psychologique dressé mercredi au procès de David Sagno, jugé pour le meurtre de deux femmes au pont de Neuilly, dont un avait entraîné la condamnation de Marc Machin, ensuite libéré.
Selon le psychiatre Daniel Zagury, qui l'a examiné après sa dénonciation en 2008, David Sagno s'est inventé, au moment des faits, un double, qu'il était "capable de masquer" et pouvait "agir et incarner le mal".
"Il s'est senti porté par un sentiment de toute puissance. Il nous a dit qu'il se prenait pour un dieu", a relaté l'expert devant la cour d'assises des Hauts-de-Seine.
A la barre, le médecin a décrit un homme s'exprimant dans un vocabulaire "recherché", parfois "à la limite de la préciosité". Un homme donnant une "impression de froideur" à l'évocation des crimes dont il est accusé.
"Il nous a raconté des choses horribles avec une certaine impassibilité", a-t-il précisé.
Ce caractère stoïque s'est retrouvé à l'audience mercredi. Alors qu'à la barre, le fils de l'une des victimes éclate en sanglots en évoquant sa mère, David Sagno, le regard vide, ne laisse transparaître aucune émotion. "C'est dur pour eux d'avoir perdu quelqu'un de cher. Ce que j'ai fait est dégueulasse", affirme-t-il d'une voix mécanique après avoir été interrogé par le président.
M. Zagury a conclu à une altération de son discernement au moment des faits, l'estimant ainsi accessible à une sanction pénale, assortie d'une injonction de soins.
"Il n'y a pas chez David Sagno de vague délirante qui emporte tout sur son passage", a-t-il dit établissant un parallèle entre l'accusé et les tueurs en série "à polarité psychotique".
Interrogé sur la raison de sa dénonciation, l'expert l'interprète comme une protection. "Il sentait qu'il allait récidiver. Il a voulu se mettre à l'abri ainsi que les autres", explique l'expert.
"Est-ce que l'acte était prémédité, préparé?", demande l'avocat général Philippe Courroye. A cette question, l'expert ne peut répondre.
Cité en tant que témoin, un autre expert, qui avait examiné David Sagno en octobre 2002 après un fait d'agression sexuelle, a expliqué ne pas avoir décelé de signes cliniques permettant de conclure à une maladie mentale telle une schizophrénie.
"Il avait expliqué à l'époque avoir agi sous le coup de la colère, envahi vraisemblablement par une pulsion sexuelle dévastatrice", a affirmé l'expert décrivant David Sagno comme quelqu'un de "plutôt solitaire", "un peu instable", et d'un niveau intellectuel "tout à fait satisfaisant".
Les policiers auditionnés ont tous insisté sur la précision du récit de l'accusé lors de sa dénonciation. "Il tenait des propos très cohérents", a souligné l'un d'eux.
Dans la nuit du 3 au 4 mars 2008, David Sagno s'était rendu au commissariat de La Défense (Hauts-de-Seine) pour s'accuser des meurtres de Marie-Agnès Bedot, le 1er mai décembre 2001, et de Maria-Judith Araujo, le 22 mai 2002, commis pont de Neuilly.
Si le second meurtre n'avait jamais été élucidé, le premier avait conduit à la condamnation à 18 ans de réclusion de Marc Machin, âgé de 19 ans au moment des faits.
Grâce aux aveux tardifs de David Sagno et à des vérifications génétiques, ce dernier avait bénéficié d'une remise en liberté en avril 2010 par la Cour de révision, qui avait annulé sa condamnation. Il doit être rejugé fin 2012.













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