A peine éloigné le spectre d'une sortie de l'euro, la Grèce a déja brandi le scénario indigeste pour ses bailleurs de fonds d'une remise sur le chantier du plan de rigueur.

La priorité des priorités du futur gouvernement de coalition sera la renégociation de ce "memorandum" qui a valu en février au pays en faillite de pouvoir toucher un nouveau chèque de 130 mds d'euros, assorti d'un effacement de 107 milliards de dette, selon le dirigeant socialiste, Evangelos Vénizélos.

"La Grèce va livrer une grande bataille" au sommet européen des 28 et 29 juin "pour réviser l'accord de prêt", a-t-il lancé d'un air martial en annonçant l'accord de gouvernement.

Vainqueur des législatives, le chef conservateur Antonis Samaras, patron de la Nouvelle Démocratie, est le Premier ministre désigné, avec pour principal partenaire M. Vénizélos, chef du PASOK et le soutien d'un parti de gauche, Dimar.

Considérés comme co-responsables de la crise, Nouvelle-Démocratie et Pasok se succédent au pouvoir depuis près de 40 ans.

C'est donc avec résignation sinon exaspération, que la troïka --UE, BCE, FMI--, signataire du memorandum avec la Grèce, se prépare déjà à d'intenses navettes estivales.

La directrice générale du FMI Christine Lagarde a déclaré mardi qu'une "équipe d'experts" serait dépêchée dans le pays dès la formation du gouvernement, se disant sûre que les deux autres membres de la troïka, "en feront autant".

"Nous verrons sur place, sur le terrain", a-t-elle dit, alors qu'un clivage - accent mis sur la croissance ou sur la rigueur - s'est déjà dessiné entre Paris et Berlin sur le degré d'ouverture face aux attentes grecques.

Le patron de l'Eurogroupe, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, a averti mardi qu'il n'y aurait pas de changements profonds dans le programme de réformes demandées à la Grèce, évoquant au mieux un étalement dans le temps.

"Je lui ai expliqué (à M. Samaras) qu'il n'y aura pas de modification substantielle", a déclaré M. Juncker qui a longuement parlé avec le Premier ministre grec lundi matin.

"Ouvrir une négociation serait une stratégie très périlleuse affectant les pays qui appliquent calmement des réformes" a averti le patron de la Bundesbank, Jens Weidmann à un groupe de médias grec, espagnol, portugais et italien.

Le premier argument d'Athènes pour révisiter le memorandum est celui de l'apesanteur politique dans lequel le pays est plongé depuis deux mois, l'exposant s'il devait être lâché, à une faillite programmée à la mi-juillet

Privatisations au point mort, impôts non payés, crédits asséchés, réformes oubliées, cette carence a rendu caducs les objectifs macro-économiques d'un plan imposant de durs sacrifices aux 11 millions de Grecs.

Tous les indicateurs sont dans le rouge: Le PIB de la Grèce, qui traverse sa cinquième année de récession, est prévu en recul 4,5% en 2012, après un recul de 6,9% en 2011. Le chômage plafonne à 22,6% et les banques souffrent d'une hémorragie quasi quotidienne des dépôts.

Un consensus semble se dégager pour accorder à la future équipe gouvernementale un allongement dans le temps de la rigoureuse feuille de route auxquels M. Samaras et Vénizelos avaient souscrits en février.

La Grèce pourrait ainsi disposer d'un délai supplémentaire de deux ans pour accomplir l'assainissement financier, avec un retour à l'excédent du budget primaire (hors remboursement de dettes) renvoyé à 2016 au lieu de 2014.

De même, un étalement pourrait être envisagé jusqu'à 2016 d'un nouveau train d'économies de 11,6 milliards d'euros prévues d'ici fin 2014.

"Obtenir un délai ne sera pas difficile. Mais cela impliquera une nouvelle aide de 20 mds d'euros vers 2015 car la Grèce ne pourra retourner sur les marchés pour emprunter", a dit mercredi à l'AFP un ex-conseiller de Lucas Papademos, Premier ministre "technocrate" sortant.

"Il faut trouver un mélange entre rigueur et croissance, aider la population qui consent des sacrifices à adhérer à l'assainissement tout en redonnant des gages crédibles à nos créditeurs", a-t-il conclu, évoquant un déblocage de fonds structurels européens et de prêts de la BEI.

Une palette de mesures prévues par le memorandum devra être revue, selon les programmes électoraux de MM. Samaras et Vénizélos, pour desserrer le corset qui asphyxie l'économie et provoque le désespoir social.

Il faudrait ainsi faire passer l'indemnisation chômage de un a deux ans, réduire la TVA, aujourd'hui à 23%, ou remonter les retraites. "Je doute fort que les créditeurs veuillent ouvrir cette boîte de Pandore", a toutefois pronostiqué cet ex-conseiller.