Le retour des loutres de mer a permis de restaurer, dans un des plus vastes estuaires de Californie, des herbiers marins qui jouent un rôle essentiel dans la protection de l'écosystème côtier, révèlent lundi des biologistes.

Ces chercheurs, qui étudiaient depuis plusieurs décennies le déclin et le rétablissement de ces herbiers dans l'estuaire de Eikhorn Slough, ont constaté que le repeuplement par des loutres de mer était un facteur clé dans leur restauration, expliquent-ils dans leur étude parue dans les Comptes-rendus de l'Académie américaine des sciences (PNAS) datés du 26-30 août.

 

Les herbiers marins disparaissent à cause des pesticides

Les herbiers marins battent en retraite partout dans le monde en raison de quantités excessives d'engrais et d'autres nutriments provenant des exploitations agricoles et des zones urbaines qui se déversent dans les eaux côtières, dopant la croissance des algues. Celles-ci empêchent les herbiers de recevoir la lumière du soleil.

Mais depuis ces dernières décennies, les herbiers d'Elkhorn Slough ont recommencé à s'étendre, expliquent ces biologistes dont Brent Hughes, de l'Université de Californie à Santa Cruz, un des principaux auteurs de ces travaux.

 

La chaîne de la vie

Ces scientifiques ont étudié cette réaction en chaîne qui a commencé dans cet estuaire avec le retour des loutres de mer en 1984. Ces animaux n'ont pas d'impact direct sur les herbiers mais en mangeant des quantités énormes de crabes ils en réduisent fortement la population.

Avec moins de crabes pour manger les invertébrés comme les limaces de mer, celles-ci prolifèrent en se nourrissant des algues qui étouffent les herbiers.

Outre les limaces marines, de petits crustacés appelés idotea sont également des consommateurs importants de ces algues et leur nombre augmente quand les loutres contrôlent les populations de crabes.

 

De puissantes interactions

"Cette étude fournit un autre exemple des puissantes interactions exercées par les loutres de mer sur les populations de crabes et les effets en cascade sur l'écosystème avec les bouleversements de la chaîne alimentaire", commente Tim Tinker, un biologiste de l'Institut américain de géophysique (USGS), un des co-auteurs de l'étude.

"Cette recherche nous rappelle aussi que les animaux sans prédateur, qui disparaissent en grand nombre sur la planète, jouent un rôle important pour l'équilibre de nombreux écosystèmes", ajoute-t-il.