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Comment Cockerill en est arrivé là?

 
 

En 2017, la sidérurgie liégeoise doit fêter ses 200 ans d’existence. Mais elle risque bien de ne jamais passer ce cap. Voici l'histoire de la descente aux enfers d'une industrie qui a, en son temps, permis à la Belgique de se classer parmi les grandes puissances économiques du monde.

Tout commence en 1817, alors que la Belgique n'existe pas encore. Cette année-là, l'Anglais John Cockerill fonde sa première usine à Seraing afin de produire lui-même l'acier dont il a besoin pour construire ses métiers à tisser.

1981: Cockerill Sambre voit le jour et licencie 5000 personnes

Le siècle et les décennies suivantes verront la sidérurgie se développer et vivre son âge d'or avant d'essuyer ses premiers revers, au début des années 80, quand la plupart des activités sidérurgiques liégeoises et carolorégiennes sont regroupées au sein d'une même société: Cockerill Sambre. A sa création, en 1981, "on avait encore 28.000 sidérurgistes à Liège et à Charleroi", explique Michel Capron, auteur d'un Courrier du Crisp, dans Sud Presse. Le plan de fusion des bassins liégeois et carolo prévoit cependant une réduction de 20% de la capacité de production et la suppression de 5000 emplois pour faire face à la crise qui touche la sidérurgie de plein fouet.

 

1998 à 2002: la Wallonie vend son bijou de famille aux Français, qui fusionnent

En 1998, la Région wallonne, actionnaire majoritaire de Cockerill Sambre, cède la société et ses filiales au Groupe français Usinor.

Début 2002, Usinor fusionne avec les Groupes Arbed et Aceralia pour former Arcelor. Arcelor est alors le n°1 mondial de l'acier. La société emploie 110.000 personnes dans le monde.

Petit à petit, "il n'y a plus qu'une constellation de PME, avec des travailleurs wallons qui se trouvent sur des sites wallons, mais dans des sociétés dont les sièges sont à l'étranger. La sidérurgie wallonne n'existe déjà plus…", explique M. Capron.

2003: première fermeture d'usine

Début 2003, ce dernier annonce ses orientations stratégiques, qui visent à concentrer les investissements importants nécessaires aux lignes à chaud sur les sites les plus performants, situés en bord de mer. Cette décision devait conduire à la fermeture d'un des deux hauts-fourneaux de Liège mi-2005, ainsi qu'à l'arrêt de la ligne à chaud en 2009. Le haut-fourneau 6 est finalement mis à l'arrêt en avril 2005.

 

2004: le petit Mittal rachète le grand Arcelor

En 2004, après le succès de l'OPA lancée par Mittal Steel sur Arcelor, le groupe ArcelorMittal est créé. C'est le début de la fin. Jusque-là, Mittal Steel était spécialisé dans le rachat de sidérurgistes low cost ou au bord de la faillite. Il vient de s'offrir le fleuron mondial de l'acier à haute valeur ajoutée, fournisseur principal de l'industrie automobile dont toutes les usines sont en Europe.

2008: la crise automobile étrangle ArcelorMittal qui met ses outils européens à l'arrêt un à un

Début 2008, le géant de la sidérurgie annonce l'abandon du projet de fermeture de la ligne à chaud liégeoise et rouvre, en février, le haut-fourneau de Seraing. Mais la crise économique passe par là. Les demandes en acier commencent à s'effondrer à mesure que le secteur automobile peine. En surcapacité, Mittal se voit contraint de mettre ses outils à l'arrêt pour éviter un effondrement des prix.

La phase liquide est arrêtée en mai 2009 "afin d'adapter le dispositif de production d'ArcelorMittal en Europe au très faible niveau de demande". Le haut-fourneau serésien, lui, avait fermé en novembre 2008.

2009: dernier soubresaut, dernier espoir

Quelques mois plus tard, en novembre 2009, le laminoir de Chertal est toutefois relancé et en avril 2010, c'est le haut-fourneau d'Ougrée qui reprend du service, représentant quelque 600 emplois directs pour le bassin sidérurgique.

Mars 2011: gel de la phase liquide (à chaud)

Mais les tensions sociales se font vives, au point qu'en mars 2011, la direction du groupe, irritée par les actions syndicales à répétition, annonce le gel des investissements pour la phase liquide à Liège. Durant l'été, cette dernière est arrêtée, comme prévu, mais un nouveau coup de tonnerre retentit début août, quand la direction générale confirme son maintien à l'arrêt pour le quatrième trimestre 2011.

Octobre 2011: fermeture de la phase liquide (à chaud) et un an de désaccord avec les syndicats

Le 12 octobre 2011, la direction du groupe annonce aux syndicats la fermeture de la phase à chaud liégeoise et la perte de près de 800 emplois.

En septembre 2012, le groupe menace de retirer un plan d'investissement de 138 millions d'euros dans le "froid" à Liège, ou plus précisément dans la fabrication d'acier plat à haute valeur, si un accord n'est pas trouvé sur le volet social de la restructuration du "chaud"
Le 19 novembre 2012, les salariés rejettent une première version du plan social proposé par la direction pour accompagner la fermeture de deux hauts fourneaux, de l'aciérie et des coulées continues sur le site de Liège.

Novembre 2012: la décision de Mittal de fermer les 2/3 du "froid", annoncée hier, peut-être déjà prise...

Le 30 novembre 2012, soit plus d'un an après l'annonce de la fin de la phase à chaud, direction et syndicats concluent un pré-accord sur le plan social devant accompagner la fermeture de la phase liquide après de longues négociations souvent laborieuses. Les syndicats réclamaient cependant la poursuite des négociations sur le plan industriel. Une fois cet accord social conclu, ArcelorMittal devait confirmer son plan d'investissement de 138 millions d'euros dans la phase à froid à Liège, au cours d'une réunion tripartite associant les représentants du groupe sidérurgique, les syndicats et le ministre wallon de l'Economie, Jean-Claude Marcourt.

Mi-décembre, un quotidien annonce, pour février, le départ du directeur de la communication du groupe, en place depuis plus de 20 ans. Des rumeurs font état du fait qu'il ne sera pas remplacé.

Janvier 2013: première menace d'arrêt de nouvelles usines brandie

En janvier 2013, les syndicats dénoncent le gel du dossier. "Nous devions nous revoir en fin d'année mais nous n'avons plus eu de nouvelle. La direction ne nous répond plus, ni à nous ni, d'après nos informations, au Gouvernement wallon. Et elle ne parle plus du plan industriel", explique alors Egidio Di Panfilo (SETCa). Les représentants des travailleurs dénoncent également les pressions exercées par la direction pour que les conventions sur les prépensions soient signées "sans quoi plus rien de ce qui a été négocié ne tiendra". La menace d'arrêt d'entités du groupe est brandie.

Le 21 janvier, les syndicats, qui estiment qu'ils n'ont aucune garantie sur l'avenir au niveau industriel, refusent de signer la convention sur les prépensions. Ils s'adressent aux autorités wallonnes pour réclamer d'urgence une réunion tripartite sur "l'avenir du bassin et de l'emploi".

Trois jours plus tard, la direction convoque un nouveau conseil d'entreprise extraordinaire et annonce "avec regret" son intention d'arrêter la cockerie et six lignes du Finishing. Ces arrêts représentent la perte de 1.300 emplois. Seuls 800 emplois subsisteront donc dans les 5 lignes à "froid" d'ArcelorMittal à Liège; ce qu'il restera de la sidérurgie liégeoise.


 

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