Le directeur général ad interim de la STIB, Kris Lauwers, plaide vendredi dans De Morgen pour que l'on aille chercher plus d'argent chez le voyageur. La STIB doit trouver 1,8 milliard d'euros d'ici 2018. Le nombre d'usagers de la STIB a augmenté de 80% en 10 ans. La société de transports en commun doit investir pour augmenter sa capacité, et cela coûte cher. "D'ici 2018, nous devons trouver 1,8 milliard d'euros, en plus de notre dotation annuelle", souligne-t-il.

 

Le client, une "machine à sous"

Cet argent devrait venir d'une part d'un prélèvement intelligent au kilomètre pour les voitures à Bruxelles et autour de la capitale. Les pouvoirs publics doivent ensuite investir cet argent dans les transports publics, estime le patron de la STIB.     

D'autre part, il plaide pour qu'on aille chercher plus d'argent chez les voyageurs. "La deuxième machine à sous, c'est naturellement le client. Nous devons sans aucun doute le traire. Nous devons tendre vers une situation où le transport public est payé à son prix réel."  

 

Abonnments mis en doute

Le patron de la STIB doute surtout des abonnements. "Avec ce système, on incite les gens à prendre le plus possible les transports en commun (...) Les gens peuvent marcher, faire du vélo et en cas de besoin prendre la voiture. Nous devons surtout veiller à ce que les gens se déplacent sainement et de manière confortable dans la ville. Si quelqu'un prend le bus pour deux arrêts, je trouve que nous avons échoué dans notre mission."

 

Kris Lauwers souhaite "conscientiser les personnes par rapport à leur mobilité"

Kris Lauwers a tenu, en milieu d'après-midi, à nuancer ses propos: "Nous souhaitons conscientiser les personnes par rapport à leur mobilité. Il faut penser au moyen de transport le plus approprié au bon moment et ne pas systématiquement prendre la voiture. Dans de nombreux cas, le transport public est la meilleure solution. Mais, dans certains cas, par exemple pour des trajets très courts, il faut se poser la question de la marche à pied ou du vélo. L'objectif final est de réduire le nombre de voitures en ville", souligne Kris Lauwers dans un communiqué diffusé vendredi.

Le patron de la STIB répète que la société bruxelloise a besoin de plus d'argent. "Si nous ne voulons pas 'presser' complètement le contribuable bruxellois, nous devrons donc trouver des alternatives." Une des possibilités est que, "à long terme, le client paie le juste prix pour les transports publics. Chacun doit être conscient qu'en prenant le bus, le tram ou le métro, on ne paie qu'une partie des coûts réels. Soyons clairs, les personnes moins nanties devront toujours bénéficier de tarifs sociaux."

 

La présidente du CA "étonnée"

La présidente du conseil d'administration de la société bruxelloise de transports en commun se dit "étonnée" de ces propos. Adelheid Byttebier insiste sur le fait que "la convivialité et la qualité des services sont et doivent être les priorités au sein de la STIB". "L'interview dans De Morgen donne toutefois l'impression que les clients bruxellois du transport public sont visés et que la STIB veut les 'traire'. Cela va à l'encontre des choix du conseil d'administration et c'est évidemment faux", souligne la présidente du CA, qui demandera des explications à Kris Lauwers.

 

De Lille espère qu'il s'agit d'un lapsus

Le secrétaire d'Etat bruxellois à la Mobilité Bruno De Lille (Groen) a dit espérer que la déclaration du directeur général relève du lapsus. "Je ne pourrais absolument pas accepter que la STIB veuille traire ses clients", a réagi M. De Lille sur Facebook. "J'espère vraiment qu'il s'agit d'un lapsus et que ce n'est pas la façon dont M. Lauwers considère ses clients. La STIB a un rôle très important à jouer pour la mobilité bruxelloise et doit donc considérer le client et la prestation de service à ce dernier comme sa priorité absolue. Il serait donc bon que le patron de notre STIB confirme ceci rapidement et publiquement", a souligné M. De Lille.

 

Huytebroeck: "J'en tombe de ma chaise"

, s'est indignée vendredi après-midi Evelyne Huytebroeck, ministre bruxelloise de l'Environnement, auprès de l'Agence Belga. E"J'en tombe de ma chaise, c'est hallucinant, vraiment hallucinant! Ca va exactement dans le sens contraire de ce qu'il faut faire".  "On ne vend pas des savonnettes, ici! Il faut arrêter de parler de clients", souligne la ministre. Les transports en commun à Bruxelles s'inscrivent dans de nombreuses questions, notamment environnementales ou de mobilité, rappelle-t-elle.

 

"Je pose la question du service qui est rendu"

"Les Bruxellois paient déjà assez pour un réseau orienté vers les navetteurs." Il faut donc s'orienter, pour trouver de nouvelles sources de financement, vers les automobilistes. "Et il faut ensuite investir dans de meilleurs transports en commun, en terme de fréquence, de nouvelles lignes et de sécurité notamment", martèle Evelyne Huytebroeck. La vision de M. Lauwers, qui rejoint celle de son prédécesseur Alain Flausch, est celle d'un "client qui doit payer pour son service". "Moi, je pose la question du service qui est rendu", a-t-elle conclu.

 

Grouwels se distancie

La ministre bruxelloise des Transports, Brigitte Grouwels (CD&V), a également pris ses distances avec les déclarations de Kris Lauwers. "L'histoire de la STIB est une histoire positive", souligne-t-on au cabinet de Mme Grouwels. On ajoute que le nombre de voyageurs a doublé ces dernières années. "Nous ne pouvons pas être dénigrants à cet égard". La ministre reconnaît qu'un bon service public de transport coûte cher. Pour elle, l'idée d'un paiement au kilométrage peut être une piste de financement "mais il faut d'abord une concertation avec les autres Régions". Il existe aussi d'autres possibilités de financement, notamment via une intervention du secteur privé.

Pour Brigitte Grouwels, une augmentation des tarifs n'est pas une option à retenir. "On vient d'augmenter les prix et nous ne sommes déjà pas des moins chers", dit-on encore chez la ministre. Mme Grouwels plaide en tout cas pour le maintien des tarifs sociaux.