Un mineur et un majeur ont été interpellés avec chacun deux pavés à la main lors de l'échauffourée qui a eu lieu jeudi soir à Molenbeek à la suite du contrôle d'une jeune femme vêtue d'un niqab, a indiqué vendredi le parquet de Bruxelles. Les suspects ont été reconnus par des policiers et le mineur a été vu en train de lancer un pavé. Tous deux ont été mis à la disposition du parquet.

Concernant la principale intéressée, elle devrait recevoir une amende administrative de la commune de Jette, a indiqué vendredi le porte-parole de la zone de police ouest, le commissaire Johan Berckmans.

 

La jeune femme contrôlée déjà à plusieurs reprises pour port du niqab

Le bourgmestre Philippe Moureaux a accusé le groupuscule extrémiste Sharia4Belgium d'être à l'origine des incidents. La jeune femme au niqab, Belge convertie à l'islam âgée de 24 ans et vivant à Ganshoren, fréquente les milieux radicaux dont le groupuscule Sharia4Belgium, selon la police. On lui a déjà demandé, par le passé, de dévoiler son visage lors de contrôles d’identité (c’est arrivé 3 ou 4 fois). Elle a accepté certaines fois, d’autres non, a déclaré le commissaire Berckmans.

Sharia4Belgium a donné sa version des faits dans une vidéo publiée sur Youtube, avançant que les policiers, qualifiés d'ennemis d'Allah, avaient déchiré le voile intégrale de la contrevenante. 

 

24 PV pour port de la burqa à Jette en deux ans

La loi anti-burqa, entrée en vigueur le 23 juillet 2011, n'a jamais donné lieu à une peine de prison et les sanctions administratives ont été laissées sous la responsabilité des communes, a expliqué le porte-parole du parquet Jean-Marc Meilleur. En 2009, Etterbeek a été la première autorité publique à sanctionner d'une amende administrative le port du voile intégral sur la voie publique en faisant appel au règlement communal qui interdit, à l'instar des autres communes, de dissimuler son visage à l'exception des jours de carnaval. En janvier dernier, le tribunal de police l'a toutefois jugée incompétente pour édicter une telle interdiction.

La Belgique a été le second pays, derrière la France, à promulguer une loi contre la burqa. Le 23 juillet 2011, cette loi autorisait à infliger des peines de prison jusqu'à 7 jours et des amendes jusqu'à 137,50 euros. Un recours en suspension a été introduit, mais a été rejeté. Jusqu'à maintenant, aucune peine de prison n'a été prononcée. En tant qu'infraction mixte, cette loi a, par contre, donné autorité aux communes pour distribuer les sanctions administratives.

D'après le porte-parole de la zone de police ouest (Molenbeek, Jette, Ganshoren, Koekelberg), 16 PV en 2011 et 8 PV en 2012 concernant le port de voile intégral ont été dressés sur le territoire de la zone.

 

Rappel des faits

Jeudi, une femme portant le niqab a été contrôlée par des agents de police et devant sont refus de dévoiler son identité et son visage, elle a été amenée au commissariat de police. Elle a alors frappé deux agents de police. Il semblerait que l'information ait été déformée auprès des habitants du quartier et plusieurs dizaines de jeunes se sont rassemblés en début de soirée autour du commissariat de Molenbeek-Saint-Jean pour tenter d'envahir celui-ci. 

 

Les jeunes lancent un appel via SMS et via Facebook

"Il y a visiblement eu un incident assez sérieux à la suite d'une interpellation. Je n'ai pas les circonstances exactes mais une policière aurait été blessée, de même que la personne arrêtée. A la suite de cela, un petit groupe s'est rassemblé et a voulu s'attaquer au commissariat", expliquait jeudi soir Philippe Moureaux à Céline Hurner, journaliste de Bel RTL.

D'après Johan Berckmans, porte-parole de la zone de police Bruxelles-Ouest, interrogé plus tard dans la soirée, des jeunes auraient fait un appel via SMS et via Facebook. "Ce sont donc des jeunes qui viennent d’un peu partout. Certains jeunes sont du quartier, mais beaucoup d’autres viendraient d’autres quartiers et ne sont donc pas connus des autorités locales", a-t-il ajouté au micro d'Eric Van Duyse pour RTL TVI. Il a également expliqué que c'est une version tronquée des faits qui est arrivée aux oreilles des jeunes, attisant leur colère.

 

Nez cassé

Selon le procès-verbal de l'altercation, il y a eu contrôle d'identité d'une femme portant le niqab. Un contrôle effectué à un arrêt de bus sur le territoire de la commune de Molenbeek. Elle n'a pas voulu dévoiler son visage ni son identité. "Elle a alors été amenée au commissariat où on lui a expliqué la procédure, elle n’a toujours pas voulu montrer son visage, c’est donc devenu une affaire judiciaire. Elle a été fouillée par des agents féminins. À un moment elle a perdu le contrôle et a commencé à frapper les policiers, deux d’entre eux ont été blessés. L’une d’entre elles a le nez et des dents cassées", a précisé le porte-parole.

La personne qui a porté les coups à la policière a été privée de liberté, avant d'être relâchée.

 

"Situation délicate"

Et sur la place communale de Molenbeek, la tension est restée palpable jusqu'en soirée. Une vingtaine de personnes sont donc venues rue des Niveaux, ils ont essayé de rentrer par la force, mais ils n’ont pas su. Ils ont alors jeté à l’intérieur des barrières Nadar, des poubelles", a encore indiqué Johan Berckmans. Heureusement, personne n'a été blessé.

Philippe Moureaux s'est rendu sur place. Avec l'aide des policiers, il a tenté de calmer la foule présente sur les lieux. "Les gens commençaient à partir et à quitter le rassemblement lorsqu'un petit groupe a commencé à jeter des pierres avant de se répandre en brisant certaines choses. Donc on est dans une situation délicate comme cela peut arriver dans ces cas-là", a ajouté le bourgmestre de la commune bruxelloise.

 

"Il y a quand même un certain dérapage des services de police"

"Il y a des jeunes qui sont frustrés qui sont énervés, qui manifestent leur colère, car les services de police, sont logiquement là pour protéger la population, mais de là à ce que des policiers aillent tirer un foulard, un niqab à une dame qui est musulmane et pratiquante, qui a une vie de famille et des enfants, je pense qu’il y a quand même un certain dérapage des services de police. Je ne trouve pas ça logique", a expliqué Kevin, un habitant du quartier.

Selon lui, Molenbeek-Saint-Jean est une commune où tout le monde se connaît, où tout le monde a grandi ensemble, a fréquenté les mêmes écoles. "C’est une commune conviviale, mais c’est vrai qu’il y a toujours des tensions, les policiers abusent souvent de leur fonction, ils ne respectent pas toujours la déontologie et il y a une peu de ‘charbonnage’ dans tout ça", a-t-il précisé.

Selon certains témoins, une partie des personnes présentes aux abords du commissariat de police sont membres de Sharia4Belgium. Cette information n'a cependant pas pu être confirmée.

 

 

 

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