Notre internaute, via notre formulaire de contact « Alertez-nous », nous écrivait ceci : "On croit faire un cauchemar. Le service des allocations familiales pour travailleurs a accordé, l'an dernier, 45.000.000€ au profit de 34.044 enfants d'étrangers dont les parents vivent en Belgique, et dont des enfants sont restés dans le pays d'origine des parents. Ce qui représente 1.322€ par enfant. D’après les accords bilatéraux entre l'UE et quelques autres pays, les émigrés travaillant en Belgique ont droit à des allocations pour leurs enfants qui n'habitent pas ici. Ces allocations se sont élevées, l'an dernier, à 1,24 % de toutes les dépenses du pays. Voilà où s'envole notre argent". Cette même personne allant encore plus loin, nous écrivant cette phrase qui, pour rappel, flirte avec le racisme et pourrait donc être punie par la loi: "Grâce à leur(s) enfant(s) qui vivent dans le Maghreb pour moins de 50 euros par mois là-bas, les parents vivent chez nous comme des pachas aux frais du contribuable belge. Un vrai scandale!"

 

Pourquoi mettre en lumière de tels propos? Parce qu’ils sont erronés

La réaction de notre internaute se base sur une mauvaise interprétation des chiffres de l’Office national d’allocations familiales pour travailleurs salariés. L’Office publie les chiffres concernant les "enfants élevés hors du Royaume" chaque année sur son site internet. Ces données sont donc transparentes et consultables par chaque citoyen.

Les derniers chiffres valent pour l’année 2010. Il y a un peu plus d’un an donc, ce ne sont pas 45 millions d’euros mais bien 64,2 millions d’euros qui ont été "donnés" comme allocations familiales aux 21.789 parents concernés par le système (pour 41.611 enfants). Un montant supérieur à celui qui scandalisait déjà notre internaute. Mais contestons point par point:

 

Pas 1,24 % de toutes les dépenses du pays

La somme totale ne représente pas un pourcentage de toutes les dépenses de l’Etat, mais bien un pourcentage des toutes les dépenses du régime des allocations familiales pour travailleurs salariés. En 2010, les dépenses représentaient 1,55 % de ces allocations familiales et les étrangers travaillant en Belgique concernés représentaient 1,96 % de tous les travailleurs touchant des allocations familiales.

 

Ceux qui restent au Maghreb sont largement minoritaires

Au contraire. 95% des parents concernés ont envoyé leur(s) enfant(s) dans une école de l’Union Européenne. De plus, les écoles et coûts étant plus élevés en Europe qu’ailleurs, ce sont 98% des dépenses totales qui partent pour des élèves/étudiants ailleurs en Europe.

Quand on regarde dans le détail les pays dans lesquels sont élevés ces enfants dont la famille travaille en Belgique, on constate que la France arrive de loin en première position (70,66%), devant les Pays-Bas (13,31%). Suivent la Pologne (5,1%) et le Maroc (3,73%). L’Espagne, l’Italie, le Portugal, l’Allemagne, la Turquie et le Royaume-Uni arrivent ensuite avec moins de 1,3%. De nombreux autres pays sont concernés mais comptent peu d'élèves.

 

Les autres pays paient plus pour les Belges que la Belgique pour les étrangers

"De même que les allocations familiales belges peuvent être exportées vers des familles à l’étranger, des régimes étrangers peuvent payer des allocations familiales à des familles qui résident en Belgique. Les règlements européens ont en effet pour principe que le pays de travail est compétent pour l’octroi des prestations sociales aux personnes qui résident sur le territoire de l’un des Etats membres de l’Espace économique européen", peut-on lire dans le rapport de l’Office.

Pour l’année 2009, la dépense totale des trois seuls pays les plus proches (Luxembourg, France et Pays-Bas) pour des enfants belges n’étudiant pas dans ces 3 pays s’élevait à plus de 104 millions d’euros. Dont plus de 90 millions rien que provenant du Luxembourg. En résumé, en 2009, 3 pays étrangers ont payé pour des Belges près de 2 fois plus que ce que la Belgique a payé pour tous les ressortissants étrangers dans le même cas...