Il y a quelques mois, onze jeunes de l’école européenne de Bruxelles III à Ixelles ont créé "Sock it !", leur mini-entreprise de chaussettes. "Avec des motifs originaux et uniques en édition limitée", précise Emma, qui fait partie de cette équipe d’entrepreneurs en herbe. Agée de 16 ans, elle nous a contactés via notre page Alertez-nous pour faire la promotion de sa mini-entreprise et évoquer son expérience enrichissante.

 

Des conseils de professionnels

Leur projet est né sous l‘impulsion de l’asbl Les jeunes entreprises qui encourage l’esprit entrepreneurial chez les jeunes. Chaque année, à la rentrée scolaire, l’association organise des séances d’informations pour des élèves de 5e et 6e secondaire dans de nombreuses écoles en Wallonie et à Bruxelles. L’objectif est de stimuler l’esprit d’entreprendre des jeunes en les aidant à créer une mini-entreprise. Pour y arriver, pas de coup de pouce financier, mais bien des conseils de professionnels. "Nous avons une centaine de conseillers qui viennent du monde de l’entreprise. Ce sont des coachs qui encadrent bénévolement des jeunes motivés qui décident de se lancer dans l’aventure", indique Thierry Villers, directeur de l’asbl.

Pour cette année scolaire, 250 mini-entreprises ont été lancées dans 139 établissements scolaires. "L’école est une sorte de porte d’entrée puisque les jeunes travaillent volontairement en dehors des heures de cours", ajoute le directeur. Concrètement, les élèves intéressés ont ainsi l’opportunité de créer une mini-entreprise temporaire de septembre à fin mars. "C’est obligatoirement provisoire parce qu’il s’agit d’un projet pédagogique. Les mini-entreprises n’ont pas le statut officiel d’entreprises qui restent sous la responsabilité de l’asbl", précise Thierry Villers."Le but est vraiment de stimuler un goût d’entreprendre chez les jeunes, et pas de créer une réelle entreprise par la suite", ajoute Frédéric Mesmaeker, le responsable du projet mini-entreprises au sein de l’asbl. En une vingtaine d’années, seule une mini-entreprise a d’ailleurs pris son envol après le projet pédagogique pour devenir une société à part entière."C’est très rare parce que les équipes sont jeunes et leur produit est souvent basique et ludique", souligne Thierry Villers.

 

Pas cher et original

Emma et dix de ses camarades de classe ont donc été séduits par cette formule d’apprentissage. Cette jeune équipe a d’abord dû trouver un produit original. "C’était la décision la plus difficile. On a fait un brainstorming où chacun venait avec toutes les idées qui lui passait par la tête. On avait pensé à plein de produits électroniques, mais finalement on a décidé qu’on voulait quelque chose d’esthétique parce qu’on voulait viser une clientèle jeune et on pense qu’aujourd’hui l’esthétique se vend bien. En plus, les chaussettes, c’est quelque chose dont tout le monde a besoin. Et comme on fait des motifs originaux que personne n’a encore vus, on pense que cela pourrait séduire les jeunes. Cela ne coûte pas très cher non plus", explique l’adolescente.

Ce qui paraissait primordial pour ces jeunes, c’était d’arriver à fabriquer eux-mêmes un produit original, en se basant sur des études de marché pour connaître les besoins existants. "En général, les mini-entreprises se contentent parfois d’acheter un produit en Chine et après le revendre. Mais, nous, on voulait faire notre propre produit, quelque chose qui n’existe nulle part ailleurs", souligne Emma. Pour obtenir des dessins originaux sur les paires de chaussettes, l’équipe s’est tournée vers un designer. "C’est un étudiant en graphisme à Lille. Il nous fait tous les motifs. Il accepte de le faire gratuitement parce que cela lui donne de l’expérience." Il a fallu également trouver un nom accrocheur pour leur mini-entreprise."Sock it !, c’est notre nom. Des gens pensaient que cela pouvaient avoir des allusions. Mais au final, cela ne nous a pas posé de problème", assure-t-elle.

 

"On voulait soutenir le fairtrade européen et pas produire en Chine"

Pour la production, Emma et ses partenaires ont trouvé un fournisseur en Espagne. Un choix qui n’est pas anodin puisque la moitié d’entre eux sont d’origine espagnole (pour rappel, ces élèves fréquentent une école européenne). "On voulait soutenir le fairtrade européen et pas produire en Chine dans de mauvaises conditions de travail", assure l’étudiante qui s’occupe du marketing au sein de l’équipe. Financier, chargé des ressources humaines ou des commandes, chacun a en effet choisi le rôle qu’il voulait jouer, en suivant les conseils des coachs de l’asbl.

Pour que ce soit le pied, reste évidemment à trouver les clients. L’équipe de "Sock it !" a choisi essentiellement les réseaux sociaux pour promouvoir son produit et lui donner une identité visuelle. Jusqu’à présent, les clients font partie de leur entourage et des personnes liées de près ou de loin à leur école. "Sur le plan commercial, c’est surtout le côté relationnel qui joue. Les clients sont surtout les proches", confirme Thierry Villers.

 

Près de 400 paires vendues

Fin janvier, Emma et ses jeunes collaborateurs ont pu effectuer leur première commande. En trois semaines, près de 400 paires ont été vendues. "Au début de l’année, des actionnaires nous ont donné de l’argent. Ce qui nous a permis de faire notre première commande. Là, on essaye donc de gagner de l’argent pour les rembourser. Mais on a déjà payé notre première commande et on fait des bénéfices", assure Emma.  

Un parfum de satisfaction plane donc au sein de l’équipe, même si le ces jeunes entrepreneurs doivent évidemment surmonter quelques obstacles. "Comme nous sommes onze jeunes peu expérimentés, c’est souvent très difficile de se mettre tous d’accord", explique la Bruxelloise. En tout cas, ce premier contact avec le monde de l’entreprise est très enrichissant pour l’adolescente. "Cela m’a vraiment apporté de l’expérience. Au début, on est vraiment perdu et puis, au fil du temps, même si on fait beaucoup d’erreurs, on apprend beaucoup et donc je pense que cela sera très utile pour l’avenir."

 

"Je crois que je vais me lancer à l’avenir"

Fin mars, le projet de ces jeunes élèves prendra fin. Mais Emma sait déjà comment dessiner son avenir. "Personnellement, j’ai envie de faire des études d’économie plus tard. Et je crois que je me lancerai dans le monde de l’entreprise", assure l’adolescente. Une ambition qui ne surprend pas Thierry Villers. "D’après une étude de la Commission européenne, il y a deux à trois plus de créateurs d’entreprises parmi les mini-entrepreneurs", révèle le directeur de l’asbl.

 

Julie Duynstee

 

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