"Depuis 2012, cela doit être le 10ème train que je prends et je ne peux qu’applaudir la très bonne statistique de 10-slash-10 trains en retard. Alors ce matin, après m’être réveillé à 6h30 (en ayant l’impression d’avoir fait une sieste), j’ai vraiment cru qu’on allait se réconcilier toi et moi. Oui quand le train est arrivé à l’heure sur la voie, j’ai souri. Mais voilà, aujourd’hui tu as décidé de me faire une blague, en m’annonçant dans le train, ton retard de 20 minutes (jusqu’ici, je n’ai pas connu de sensation plus désagréable, si ce n’est vomir des spaghettis entiers, et encore). Bien joué, non seulement tu me fais chier en finesse, mais en plus tu parviens toujours à me surprendre. Alors, quand j’ai entendu ta douce voix suave m’annoncer la funeste nouvelle, j’ai hésité. J’ai voulu pleurer, agresser un passager-random ou aller aux toilettes et ne pas tirer la chasse (oui, ma folie est sans limites). Mais voilà, ma maman m’a toujours dit qu’on ne faisait pas ça si on voulait être sympa en société. Donc, j’ai décidé de t’écrire une lettre d’amour à la place".

"Quand je pense à toi, je vois un homme, joufflu, emmitouflé dans sa belle veste fluorescente bleu-orange clamant, un micro dans la bouche : « La grève est un droit inscrit dans la loi ! ». Il faut dire qu’ici, en Belgique, on est passé au stade supérieur, celui de la grève nationale, c.-à-d. un jour prédéfini, où tout le monde (ou presque) chiale en même temps sans trop savoir pourquoi (les cheminots sont pas assez payés, les patrons veulent délocaliser sans remords, madame pipi veut du matériel de meilleure qualité). Mais tu me sembles avoir oublié une règle fondamentale, qui est qu’avant d’avoir des droits, tu as d’abord des devoirs. Ou comme le rappelle feu l’oncle Ben (celui de Spiderman, pas le Henri Salvador du riz) : « With great power comes great responsability » (c’est tellement plus épique).Si la grève était un sport, nous partirions sûrement favoris au championnat mondial (20 euros sur une finale France – Belgique, qui me suit ?). Mais ne vous méprenez pas, je serai très certainement le premier à supporter notre équipe nationale, hurlant devant ma télé en arborant le maillot de mon équipe préférée (pour l’instant la SNCB mais la concurrence est forte dans le domaine). Imaginez, des hordes de hooligans se battant pour savoir qui de la SNCB ou la TEC serait capable d’emmerder le plus de monde.  C’est ça, le monde dont je rêve souvent, mais pas cette nuit, j’ai pas eu le temps".

 

Cette lettre a également été publiée sur le blog de Benoît .