Aujourd’hui, 3 mai, c’est la Journée mondiale de la liberté de la presse. Mais, c’est loin d’être un jour de fête. En 2011, le sang de plus 2000 reporters a coulé parce qu’ils voulaient nous informer sur les méfaits des prédateurs et sur la cruauté de leurs régimes. Des atrocités qui ont touché les peuples mais aussi les journalistes et les reporters qui ne voulaient finalement faire que leur travail. Ils ont été battus, torturés, assassinés pour notre droit de savoir. Les journalisttes ne sont pas les seuls à courir de grands risques en informant la population. Sur internet, nombreux sont les citoyens qui paient pour leurs mots. L'année 2011 "restera comme une année d'une violence sans précédent" contre les citoyens actifs sur la toile, avec la mort de cinq d'entre eux et plus de 200 arrestations, avait estimé Reporters sans frontières (RSF), dans son rapport 2012 sur les ennemis d'internet mis en ligne lundi. Et pour cette année, le baromètre de la liberté de la presse sur le site web de RSF, affiche déjà 21 journalistes tués, 161 journalistes emprisonnés et 121 net-citoyens emprisonnés.

Pour avoir vécu personnellement, ou avoir été témoin de ces crimes envers les journalistes, les correspondants à l’étranger Rudi Vranckx, Jens Franssen, Tim Verheyden, Daniel Demoustier, Jean-Pierre Martin et Christophe Lamfalussy ont rédigé avec leur propre sang, les récits de journalistes qui ont versé leur sang ou sacrifié leur vie pour nous informer. Pour la liberté de la presse.
Donner quelques gouttes de son sang pour permettre de se souvenir de ceux qui ont donné leur vie, n’était-ce pas le plus digne des hommages ?

 

La lettre de notre journaliste Jean-Pierre Martin: "Disparus mais pas oubliés"

"Marie Colvin, Rémi Ochlik, Gilles Jacquier sont les derniers noms gravés en noir dans l’histoire de ce métier pas comme les autres. Le grand-reporter saisit l’instantané pour en faire une part d’éternité. Il transmet au reste du monde ce qu’il voit, ce qu’il entend, ce qu’il sent : des cicatrices, des convulsions, des SOS et plus rarement des moments de bonheurs qui  nous aident  à comprendre et qui ouvrent grande la fenêtre de notre conscience.

Parfois, le journaliste frôle l’abîme quand il côtoie la mort ou le désespoir. La distance professionnelle qu’il s’impose, telle une carapace, tombe et libère des larmes salutaires.

Jamais, je ne pourrai oublier ces miliciens interhamwe, aux yeux rougis par le chanvre et la haine qui ont devant mes yeux éventré une future maman tutsie. Jamais, je ne pourrai oublier l’odeur de mort qui imprégnait les collines du Rwanda en ce printemps 1994. Jamais, je n’oublierai cette église de Nyamata où gisaient les corps de centaines d’enfants et de femmes, les yeux encore ouverts et figés dans l’effroi. Ce sont les survivants qui au terme de leur voyage au bout de la nuit nous ont donné la force de croire en l’humanité.

Cette année-là encore, Sarajevo était assiégée, déjà depuis deux ans. « Morituri te salutant, ceux qui vont mourir te saluent ». Comme les gladiateurs qui entraient dans l’arène en présence de César,  Paul Marchand, un grand-reporter , décédé il y a trois ans, avait peint cette devise sur sa vieille guimbarde que tous les journalistes ont emprunté pour traverser sniper avenue.  Ironie du désespoir et sentiment d’impuissance.

Au cours des  deux dernières décennies, l’histoire s’est emballée dans le tumulte des guerres, des attentats, des révolutions, des famines.

De Baba Amr aux vallées afghanes, de l’hôtel Palestine de Bagdad aux bidonvilles de Kinshasa, le grand-reporter ne triche pas car la réalité qu’il explore ne s’embarrasse pas d’artifices. Il ne ment pas parce qu’il se met en danger. S’il ne cède pas au désenchantement, c’est parce qu’il partage avec ses lecteurs, ses téléspectateurs ou ses auditeurs la part d’ombre et de soleil de la vie. C’est une chance de pouvoir exercer ce métier.

Moins connus que Gilles, Marie ou Rémi, des centaines d’autres journalistes, privés du soutien d’une rédaction, défendent au prix de leur vie la liberté de la presse dans des pays qui n’en ont cure. C’est pour eux que nous saignons."

Jean-Pierre Martin, journaliste-Grand reporter RTL-TVI

 

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