Le 21 juin dernier, alertés par des bénévoles de la SRPA (Société Royale Protectrice des Animaux, une association liégeoise qui gère trois refuges pour animaux délaissés), la police et un vétérinaire du Service Inspection du bien-être animal, pénétraient dans une maison de Beyne-Heusay. Ils y ont saisi plus d'une vingtaine de chats.
"Animaux en périls"
Un mois plus tard, Jeanine l'habitante des lieux, n'acceptant visiblement pas ce qui lui était arrivé, écrivait à notre rédaction. "Animaux en péril à la SRPA. Tous les refuges sont pleins. Où vont tous les animaux saisis ?" s'inquiétait-elle. Avant de livrer elle-même la réponse dans son email: "La moitié de mes animaux sont partis là-haut", expliquant qu'après un certain délai, les animaux du refuge qui n'avaient pas retrouvé un maître étaient "exterminés".
Nous avons appelé Jeanine afin d'en savoir plus sur la saisie de ses petits félins.
Saisie
La dame nous confie avoir toujours recueilli des animaux abandonnés. Peu à peu, sa famille s'est agrandie et au final, plus de 27 chats vivaient sous son toit. Le chien de sa fille et un lapin complétaient la ménagerie. Suite à une plainte anonyme, tous les animaux lui ont été retirés au mois de juin, soupire-t-elle. Pour cette opération d'envergure, deux policiers, un vétérinaire et deux personnes du refuge pour animaux ont été mobilisés. Ceux-ci sont arrivés vers 10h du matin et n'ont quitté les lieux que deux heures plus tard, selon Jeanine qui n'a pu empêcher la saisie.
Jeanine: "Chez moi, ce n'était pas très propre"
La dame se dit complètement démoralisée même si elle reconnaît que la situation était problématique sur les plans hygiénique et sanitaire. "Chez moi, ce n’était pas très propre parce que j'avais 27 chats", admet-elle. Plusieurs de ses chats étaient malades, mais elle faisait tout son possible pour les guérir, nous assure-t-elle. Jeanine n'a pas revu ses chats depuis la saisie. Elle affirme être "persona non grata" dans les refuges du SRPA. Elle n'entretient plus guère d'espoir de voir ses chats rentrer au bercail, vu l'état de santé de certains d'entre eux constaté par le vétérinaire. Seule consolation: le chien de sa fille qui devrait retrouver sa maîtresse en septembre lorsque celle-ci sera en mesure de l'accueillir dans son futur logement.
La saisie était-elle excessive ? Aurait-on pu laisser les animaux aux soins de Jeanine ? Les explications et le rapport établi par le SRPA au sujet de la saisie laissent peu de place au doute.
Rapport de l'inspecteur du SRPA: "Crasse repoussante", "certains chat à l'agonie"
"Sur place, nos inspecteurs ont découvert le triste spectacle d'animaux qui vivaient dans une crasse repoussante avec la propriétaire des lieux. Certains des chats étaient à l'agonie et nos vétérinaires n'ont pu qu'abréger leurs souffrances", relate Fabrice Renard du service inspection de la SRPA dans le dossier n°12007911. L'inspecteur pense même que, vu l'état de certains animaux, Jeanine sera poursuivie pour maltraitance. Plusieurs photos accablantes des lieux figurent au dossier. Nous avons vu ces photos. Elles sont éloquentes...
Saisie: l'action ultime
Nous avons joint par téléphone cet inspecteur, 14 ans de métier déjà derrière lui. Il nous explique que la saisie représente toujours l'action ultime. Le SRPA essaie d'abord de faire en sorte que le propriétaire améliore les conditions de vie de ses animaux. Dans le cas de Jeanine, plusieurs avertissements et conseils avaient déjà été donnés par l'association mais, affirme monsieur Renard, rien n'avait changé. Par ailleurs, la concernée avait déjà fait l'objet d'une saisie pour des faits similaires, révèle le dossier. Une semaine avant la saisie, les bénévoles de l'association lui avaient encore rendu visite. Sans succès.
283 animaux saisis à partir de visites du SRPA en province de Liège
L'année dernière, 283 animaux ont été saisis dans la province de Liège pour 1400 dossiers ouverts par le SRPA. L'association recueille toute l'année des plaintes. Certaines sont fondées, d'autres non. Les huit bénévoles de l'association, vieille de plus d'un siècle quand même (1863), se rendent sur place pour vérifier si la législation sur le bien-être animal est respectée. Si ce n'est pas le cas, le SRPA en informe la police ou le service d'inspection du bien-être animal. Cette dernière option est inévitable lorsque la santé de l'animal est mise en péril car la venue d'un vétérinaire est nécessaire pour examiner les animaux. Si la saisie est ordonnée, les animaux sont emportés et aboutissent dans un refuge adéquat. Ils y attendront qu'une décision définitive soit prise. Trois issues sont possibles: la restitution, la restitution sous conditions, le placement définitif dans un refuge. Par exemple dans un de ceux du SRPA qui en compte trois, à Liège, Vinalmont (Huy) et en province du Luxembourg, à Arlon. Ceux-ci peuvent recevoir chiens, chats ou rongeurs. Mais, par exemple, les chevaux doivent être placés dans d'autres refuges adaptés.
6000 animaux transitent par les refuges de l'association
Que deviennent les animaux saisis ? Sont-ils exterminés comme nous l'écrivait, sous le coup de l'amertume, Jeanine ? Les chiffres donnent le tournis. Plus de 6000 animaux transitent annuellement par les refuges du SRPA! Entre 4000 et 4500 sont restitués, avec ou sans condition, à leur maître, d'autres mourront de mort naturelle et enfin, oui, effectivement, un certain nombre devra être euthanasié.
Chevaux: "Situation catastrophique"
"Il y a beaucoup plus d'animaux saisis ces derniers temps", déplore Fabrice Renard. La hausse se justifie notamment par une répression accrue des chenils clandestins menée par les services fédéraux, explique-t-il. Lorsqu'un de ces chenils est repéré, il est fermé et tous les chiens doivent être recasés. Mais ce sont surtout les saisies de chevaux mal en point qui ont le plus augmenté. "La situation est catastrophique", déclare l'inspecteur. Les dossiers et photos, révoltantes, d'équidés efflanqués s'accumulent sur le site de l'association. Il n'y a pas beaucoup de refuges pour les accueillir et les chevaux vivent deux fois plus longtemps qu'un chien, souligne l'homme qui espère que les récentes mesures de tolérance zéro et la hausse des amendes prévues auront un effet dissuasif sur ceux qui délaissent voire maltraitent les chevaux comme en a malheureusement fait l'écho notre site d'actualité.
Inconscience
Pour l'inspecteur, l'un des nœuds du problème réside dans la trop grande facilité à acquérir un animal en Belgique, notamment un chien. "Après un an ou deux, on le met dans un refuge et on n'est pas puni de son acte", constate-t-il. Et de conclure: "Les gens ne prennent pas assez conscience qu'il s'agit d'un animal, d'un être vivant." Malheureusement, la mission de Fabrice Renard et ses collègues bénévoles n'est pas prête de prendre fin.












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