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Arnaud aperçoit régulièrement des armes prohibées en vente sur Facebook: "Comment est-possible qu'ils ne suppriment pas ces annonces?"

Arnaud aperçoit régulièrement des armes prohibées en vente sur Facebook:
 

La vente de matraque, de coups de poings américain ou de sprays lacrymogènes est interdite en Belgique, car ces 'armes' sont prohibées. Or, sur Facebook, il n'est pas rare d'en trouver sur des 'groupes d'achat et de vente', comme l'a remarqué Arnaud. Cependant, le réseau social estime que "cela n'enfreint pas les standards de la communauté". Notre témoin s'est donc tourné vers la police qui, elle, prend les choses très au sérieux.

Facebook est devenu, depuis plusieurs années, une plateforme extrêmement riche où les gens s'informent autant qu'ils partagent des photos de leur chien, où ils jouent autant qu'ils communiquent par messagerie instantanée.

Bref, un véritable petit monde numérique où la vente de particulier à particulier – typiquement des objets de seconde main – a pris une place considérable ces derniers temps. La plupart des transactions se font dans le cadre de ce que Facebook appelle un 'groupe d'achat et de vente'.

Mais le plus grand réseau social du monde, qui compte 1,23 milliard d'utilisateurs quotidiens (décembre 2016), est logiquement victime de son succès. On sait qu'il attire une multitude de personnes malintentionnées, sévissant dans le recrutement d'extrémistes en tout genre, la création de faux profils essayant d'arnaquer les utilisateurs, etc…

Arnaud (nom d'emprunt) a contacté la rédaction de RTL info via le bouton orange Alertez-nous, parce qu'il a constaté une autre forme d'infraction sur Facebook, qui concerne précisément les 'groupes d'achat et de vente'.

"Il y a quelques jours, j'ai reçu une notification d'un groupe Facebook d'objets d'occasion pour la région de Bruxelles", nous a-t-il expliqué. "Il s'agissait de l'annonce d'un vendeur belge qui semble habiter à Bruxelles (d'après son compte Facebook). Lorsque je me suis retrouvé sur son annonce, j'ai été vraiment choqué de voir que cette personne vendait… des armes prohibées".

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La dernière annonce constatée par Arnaud

Pas son premier constat: "Une fois, j'ai vu un pistolet d'alarme"

Arnaud n'a jamais rien acheté sur des groupes Facebook d'achat et de vente. "Je suis membre de plusieurs groupes de seconde main, mais c'est plus par curiosité, pour ne pas passer à côté de la perle rare".

Des annonces pour des armes, il en a déjà vu plusieurs. "La première fois, c'était il y a quelques mois. Il y avait des coups de poings américains, des sprays lacrymogènes, des matraques, des Taser. Le pire, c'était sur un site de GSM de seconde main. Quelqu'un avait posté une annonce pour un pistolet d'alarme. Or dans le groupe, il y avait des mineurs, qui pourraient avoir de mauvaises intentions".

D'après ce qu'il a constaté, "c'est souvent la même personne, le même profil, mais qui change souvent de noms. Je l'ai reconnu grâce aux photos de sa page perso".

Pour Facebook, ça "n'enfreint pas" les règles

Arnaud voulait réagir, dénoncer. "J'ai signalé ces annonces aux administrateurs des groupes (les utilisateurs qui l'ont créé et qui le gèrent), mais je n'ai eu aucune réponse de leur part".

Il signale alors la vente d'armes prohibées à Facebook, directement à partir de l'annonce, via le menu sous la petite flèche.

"J'ai précisé comme motif de signalement: 'décrit l'achat ou la vente de stupéfiants, armes ou produit pour adultes'. Mais je reste toujours surpris par leurs réponses, qui disent que ces annonces n'enfreignent pas 'les règles de la communauté'. Pourtant, la vente d'armes de poing de type Taser est illégale en Belgique".

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La réponse de Facebook est étonnante...

Que répond Facebook ?

Nous avons soumis ce problème à Facebook, qui a précisé d'emblée qu'il n'avait qu'un rôle d'intermédiaire. "On ne peut rien vendre sur Facebook. Vous pouvez poster des annonces, mais la transaction a lieu à un autre endroit", a expliqué Tineke Meijerman, responsable de la communication pour Facebook Benelux.

Arnaud nous a envoyé des captures d'écran des annonces en question, que nous avons transmises à Facebook. Ces annonces ayant entretemps disparu, le réseau social a éludé notre question qui était de savoir pourquoi les signalements avait reçu des réponses négatives. La porte-parole nous a gentiment renvoyé vers le site de Facebook, où sont listés les 'conditions d'utilisation' et autres 'standards de la communauté'.

On y apprend tout de même des choses intéressantes. "Nous interdisons toute tentative d’achat, de vente ou de commercialisation de médicaments sur ordonnances, de marijuana, d’armes à feu ou de munitions de la part d’individus", précise Facebook sur cette page.

N'oublions pas que Facebook est une entreprise américaine et que la vente d'armes à feu y est autorisée. Les matraques, coups de poings américains et autres sprays lacrymos, ne semblent pas les émouvoir plus que ça.

Cependant, le réseau social se met à l'abri en précisant que si un utilisateur veut vendre des 'marchandises réglementées' (donc des objets soumis à réglementation, ce qui est le cas des armes prohibées en Belgique que nous venons de citer), il doit "respecter toutes les lois applicables et étudier soigneusement l’audience à laquelle ce contenu est destiné".

La conclusion, c'est que l'outil de signalement de Facebook, qui se base majoritairement sur des algorithmes (des calculs informatiques), n'est pas assez performant, même si on peut comprendre qu'il est complexe de connaître les lois en vigueur de chaque pays. Pour résumer, les ventes dénoncées par Arnaud ne respectent pas vraiment les règles du réseau social, mais celui-ci ne s'en rend pas automatiquement compte.

Comment la police prend-elle le relais ?

Même si tout se passe en ligne, ce n'est pas Facebook qui fait la loi en Belgique. Les objets dénoncés par Arnaud sont bel et bien repris sur la liste des armes prohibées par la justice dans notre pays.

"A chaque fois que je tombe sur cette annonce, je le signale en parallèle sur la page officielle de la Police fédérale par message privé", nous a expliqué Arnaud. "Et eux, ils prennent l'annonce très au sérieux en remontant l'information au service compétent".

Mais que fait exactement la police après un tel signalement ? Nous sommes parvenus à obtenir quelques éclaircissements sur ce genre de procédure un peu spéciale. "Nous avons un 'webmaster' qui traite tous les messages" parvenant à la police via les réseaux sociaux (Facebook et Twitter), a précisé Guy Theyskens, porte-parole de la police fédérale.

"C'est une grande responsabilité, car il y a beaucoup de questions, de tous les genres. Il doit trouver les bons contacts en interne" pour faire suivre les messages.

Dans le cas qui nous occupe, le 'webmaster' "transmet aux services centraux de la police fédéral". "Sur base des éléments fournis, il y a des vérifications qui sont faites pour voir si c'est toujours le cas", donc si les annonces sont toujours en ligne. Si c'est le cas, "un procès-verbal est dressé".

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La police a été plus réactive...

Identifier l'auteur, une tâche délicate

L'identification de l'auteur de l'infraction n'est pas toujours évidente sur le web. Certaines personnes commettent des infractions sans le savoir, et donc sans dissimuler leur identité, "mais souvent, ce sont des pseudos". Dès lors, "le PV est transmis au parquet fédéral", qui "envoie un réquisitoire au Service central armes". Ce service "va essayer de trouver qui est la personne derrière le pseudo". Pour y parvenir, "il peut prendre contact avec le fournisseur d'accès internet", donc Proximus ou Voo, par exemple.

Si l'identité est découverte, "elle est fournie au Parquet fédéral, qui va ensuite adresser le dossier au Parquet local". Ce dernier va concrétiser les actions judiciaires à l'encontre de l'auteur des faits.

Tout cela a-t-il des chances d'aboutir, même pour des 'petits' signalements comme ceux d'Arnaud ? "Oui, chaque signalement est pris au sérieux, on ne va pas attendre qu'il y ait 10 kalachnikov", a conclu le porte-parole de la Police fédérale.

Quant à Arnaud, s'il se réjouit du suivi dont fait preuve la Police, il regrette l'attitude de Facebook: "il y a un sentiment d'insécurité, mais surtout d'incompréhension par rapports aux responsables de Facebook: n'importe quelle personne mal intentionnée, ou même des mineurs, peut contacter ce vendeur malhonnête pour acheter des armes prohibées. Ce genre de vente me sort des yeux !"

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