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Caroline a mis en vente un objet sur 2ememain.be et est tombée dans une arnaque en deux phases

Caroline a mis en vente un objet sur un site de petite annonce et a failli être victime d'une arnaque en deux phases . Derrière son écran, probablement en Afrique, un escroc s'était dédoublé sous les traits d'une gentille acheteuse et d'un agent du service de paiement PayPal. Des personnes mal intentionnées circulent en permanence sur les sites de seconde main. Comment les repérer? Que faire si vous en êtes victime? Comment récupérer un colis envoyé à l'un de ces arnaqueurs?

Enfin inscrite sur le site 2ememain.be après avoir reporté la démarche pendant plusieurs années, la satisfaction de Caroline a été de courte durée. À peine a-t-elle mis en vente son premier objet, une console DJ à 120 euros, qu'elle a reçu l'email d'une acheteuse qui disait s'appeler Arielle Loukou et habiter la France. C'était une fausse identité. Derrière se trouvait un arnaqueur vivant probablement en Afrique de l'Ouest (Côte d'Ivoire, etc.) où des milliers de gens vivent de petites escroqueries sur internet, sur les sites de petites annonces ou encore les sites de rencontre (les "brouteurs", voir ce reportage de l'émission Envoyé Spécial). Sa stratégie était construite en deux étapes. La première consistait à conclure l'achat et pousser Caroline a envoyé le colis. Explications.

"Elle m’a dit que le prix lui convenait et qu'elle payerait même les frais de port. Elle m’a ensuite demandé de passer via PayPal pour le paiement", se souvient Caroline. PayPal est un moyen de paiement sur internet. Il permet de payer ou de recevoir de l'argent sans avoir à communiquer ses coordonnées bancaires. "Je n’utilisais pas ce service à l’époque et j’y étais réticente mais la personne m’a assuré que c’était un moyen sûr", raconte la victime.

Caroline n'a pas suspecté le coup fourré en constatant plusieurs fautes d’orthographe ni en prenant note de l'adresse email à laquelle elle devait contacter le service PayPal: "service.paiementenligne@list.ru" se terminait par un nom de domaine national réservé à la Russie... Caroline ne savait pas non plus que, au contraire de ce qui lui proposait la fausse acheteuse, l'utilisation du service de paiement PayPal ne se faisait aucunement par un simple d'envoi d'email. L'utilisateur doit se créer un compte via un formulaire sécurisé sur un site web où il transmet en toute confidentialité ses coordonnées bancaires.

Donc, quand Caroline a reçu un email, émanant soi-disant de PayPal, lui annonçant que l'acheteuse Arielle Loukou avait bien versé 120 euros pour sa console de DJ, elle y a cru. Et s'est donc rendue au bureau de poste le plus proche afin d'envoyer l'objet.

Le but de l'arnaqueur n'était pas la console de DJ. Il voulait de l'argent. La deuxième phase de l'escroquerie commençait.

Alors que Caroline attendait que tombent sur son compte en banque les 120 euros, elle a reçu un nouvel email de PayPal, envoyé en réalité par l'arnaqueur. Celui-ci disait que, pour récupérer son argent, elle devait disposer d'un compte PayPal Premium, ce qui n'était pas le cas. Elle devait dès lors débourser... 600 euros pour passer au Premium!

La forme sous laquelle devait être payée cette somme a commencé à éveiller les soupçons de notre vendeuse néophyte. "Pour rendre votre compte Premium vous devez vous rendre dans une librairie, supermarché ou station-service afin de procéder à l’achat de 6 recharges NEO-SURF à 100 euros l’unité soit 600,00 EUR les 6 recharges NEO-SURF puis nous faire parvenir les différents codes de rechargements par mail service.paiementenligne@list.ru." Avec les codes de rechargement que Caroline aurait envoyés à l'arnaqueur, ce dernier aurait pu faire des achats sur internet.

 


Des appels téléphoniques étranges

Enfin suspicieuse, Caroline n’a pas répondu directement à la demande. Elle a alors reçu des appels téléphoniques étranges provenant soi-disant de PayPal. "J’ai reçu pas mal de coups de fil.  Un homme se disant du service PayPal m’a appelé plusieurs fois en essayant de m’expliquer cette histoire de recharges à effectuer mais j’avais vraiment du mal à comprendre ce qu’il disait. Il parlait français mais avait un accent africain très prononcé. Limite énervé, il m’a finalement dit qu’il enverrait un mail."

Sentant probablement que la naïveté de Caroline avait ses limites, l’arnaqueur, caché derrière le service PayPal, a donc tenté de rassurer sa correspondante par email. "Nous ne doutons pas de votre bonne fois, mais nous sommes contraints de vous demander de procéder ainsi pour éviter des fraudes au cours des transactions en lignes et pour sécuriser notre clientèle", a-t-il écrit. Puis il a pris sa seconde fausse identité, celle de l'acheteuse, Arielle Loukou pour réexpliquer une nouvelle fois la marche à suivre.

Mais il était trop tard pour l'escroc, la deuxième phase de son stratagème avait échoué. Caroline avait compris qu’elle était la victime d’une énorme arnaque. Un agent PayPal parlant dans un français incompréhensible, des demandes pressantes de versement d’argent alors qu’elle attendait le sien en retour, des échanges de mail peu sérieux, l’argent de sa console DJ qui lui semblait de moins en moins accessible... Désormais, les indices lui sautaient aux yeux.


"Chaque arnaque est une de trop"

Petra Baeck, chargée de communication pour 2ememain.be minimise l’étendue de ces pratiques. "Chaque jour 60.000 nouveaux produits sont postés. Le site compte plus de 6 millions de visiteurs par mois. Les plaintes que nous recevons des gens qui pensent avoir été arnaqués, représentent moins de 0.1% des annonces.  Mais bien-sûr, chaque arnaque est une arnaque de trop."


Caroline se rend compte de l'arnaque mais son colis est déjà envoyé

Caroline a fini par flairer l’arnaque et a évité de verser les 600 euros qu’elle n’allait certainement pas recevoir en retour. Mais son colis, lui, avait bel et bien été envoyé.

Espérant faire marche arrière, Caroline s’est rendue chez Bpost qui a ouvert un numéro de dossier tout en lui annonçant que son colis avait quand même peu de chance d’être rattrapé parce qu'il avait été envoyé vers la France. Le porte-parole de Bpost nous a confirmé que des colis pouvaient être interceptés à condition qu’ils n’aient pas dépassé les frontières. "Tant qu’un colis ou un autre courrier est dans notre chaîne postale, on peut le récupérer. A l’étranger par contre, c’est beaucoup moins facile", nous a-t-il expliqué.

Le phénomène est-il courant? Caroline nous a déclaré que Bpost lui avait cité le chiffre de 10 à 15 plaintes par jour. Le porte-parole Fred Lens a refusé de confirmer cette information confidentielle: "Un opérateur logistique ne va jamais donner le nombre de plaintes."


"Il est important d’agir en moins de 24 heures"

Si le consommateur se rend compte qu’il vient d’être arnaqué et que son colis a été envoyé alors qu’il n’a reçu aucune somme d’argent, il doit agir rapidement et prendre directement contact avec le service clientèle de Bpost. "Le temps est très important parce que si on ne réagit pas en moins de 24 heures, le colis est déjà distribué. On peut le récupérer si cela n’a pas encore été fait", a souligné Fred Lens.

Il insiste sur le fait qu’une fois livré à l’adresse indiquée, il leur est impossible de récupérer l’envoi. "On essaye toujours de faire ce que l’expéditeur commande parce que c’est lui qui paye mais on ne peut pas établir une liste noire des personnes à qui les colis sont envoyés, ce n’est pas notre rôle."


"La police n'a pas voulu prendre ma déposition"

Caroline s'est aussi rendue au commissariat de police. Mais elle n’a pas reçu un très bon accueil. "J’ai voulu porter plainte mais ils n’ont pas voulu prendre ma déposition. Comme cela concernait une personne domiciliée en France, ils m’ont dit que cela irait au procureur du roi mais qu’il allait probablement la jete directement. Bref, ils n’avaient pas envie de travailler", conclut-elle.

N’en démordant pas, Caroline s’est donc rendue en France. "J'ai été dans un commissariat de Lille. Là-bas, les personnes qui m’ont arnaquée étaient connues. Les policiers m’ont dit qu’ils allaient tenter quelque chose."

Son voyage de l'autre côté de la frontière n’aura pas été inutile. Finalement, Caroline a récupéré son colis. "Cela m’a pris un mois, j’ai perdu les 16 euros du coût de l’envoi, un samedi matin à aller en France, quelques litres d’essence et beaucoup d'énergie, mais j’ai finalement récupéré mon colis", se réjouit-elle.


Quels signes doivent alerter l'internaute?  

Selon Olivier Bogaert, commissaire de police à la Computer Crime Unit, certains éléments flagrants doivent alerter l’utilisateur sur les sites de seconde main. "Lorsqu’une personne dit être à l’étranger, il faut directement se méfier. Si comme par hasard, elle suggère d’autres paiements, ça ne va pas non plus." Olivier Bogaert conseille également de ne pas acheter à l’étranger mais au sein de notre sphère territoriale. "Vous pouvez aussi suggérer un rendez-vous dans la vie réelle plutôt que dans le monde numérique avec comme excuse que vous voulez voir la marchandise si c’est vous qui achetez."


"Une alarme doit sonner si l’annonce vient de l’étranger"

De son côté, le site 2ememain.be appuie son combat contre les arnaques sur deux piliers. "Le premier pilier est l’information que nous donnons aux utilisateurs pour les éduquer lors des transactions via 2eme main. Un grand bouton "Help" donne des conseils pour agir de manière sécurisée", explique la porte-parole Petra Baeck, en donnant l’exemple des annonces qui ne viennent pas de notre pays. "Il faut faire attention lors des demandes de transfert de monnaie via des systèmes internationaux de transfert d’argent comme Western Union. Une alarme doit également sonner si l’annonce vient de l’étranger, ou si la personne demande une copie de la carte d’identité."

Le deuxième pilier consiste à avertir le site web en cas d’annonce frauduleuse. "Il y a un bouton à coté de chaque annonce où un utilisateur peut signaler un abus", explique la chargée de communication. "L’alerte arrive chez nous et on investigue, on la traite pour en savoir plus. Si ça arrive à nouveau, on supprime l’annonce, puis on bloque l’accès à la personne."


"2ememain compte sur le bon sens des utilisateurs"

Mais 2ememain.be compte aussi sur le bon sens des utilisateurs. "L’éducation de nos utilisateurs a beaucoup de poids. On leur demande d’être très alertes. On compte sur eux mais aussi sur la communauté pour travailler ensemble à dénicher les arnaques."

En cas de problème, Petra Braeck conseille vivement aux utilisateurs d’aller vers la police. "Une fois qu'une plainte est déposée, nous pourrons leur donner toutes les informations que nous possédons concernant le fraudeur."

Pour le commissaire de police de la Computer Crime Unit Olivier Bogaert, il est effectivement extrêmement important que la personne ayant subi une arnaque dépose une plainte auprès de la police. "Ces agissements sont rangés dans la catégorie des escroqueries, il faut impérativement porter plainte à la police locale. Il est plus que nécessaire de garder tous les éléments qui vont permettre d’identifier l’auteur mais aussi toutes les preuves qui montrent que vous avez été correct."


"Désormais, je ferai dix fois plus attention"

Caroline tire des leçons de son aventure. A l’avenir, elle sera bien plus vigilante. "Désormais je ferai dix fois plus attention et je vérifierai avec qui je fais des transactions. Je tenterai aussi d'en faire avec des personnes qui vivent en Belgique afin de livrer le colis de main à main." 

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