Un témoignage bouleversant: Ghislain raconte le "combat perdu" de sa femme contre le cancer

 

Le cancer de Laurence s’est déclaré alors qu’elle n’avait que 36 ans et était maman de deux enfants en bas âge. Après une première opération, elle croit être guérie quand, quelques mois plus tard, on découvre des métastases. Le cancer est devenu incurable et le médecin donne une espérance de vie de quelques années. Pendant cinq ans, Laurence et Ghislain ont tout mis en place pour essayer de continuer à vivre normalement. L'homme désormais veuf nous a raconté ses années durant lesquelles ils ont caché à leurs enfants et à leurs proches la gravité de la maladie.

Ghislain nous a contactés via notre bouton orange Alertez-nous pour attirer notre attention sur le livre qu’il vient d’écrire au sujet de sa femme Laurence, décédée d'un cancer à l'âge de 41 ans. Ce père de famille de 53 ans habite à Comines (province de Hainaut), près de la frontière française. Enseignant au Collège de la Lyse, il ne s'était jamais lancé dans l'écriture d'un livre auparavant. Mais, quelques jours après le décès de son épouse, il en a ressenti le besoin. "Ça s’est imposé comme quelque chose d’évident", explique-t-il. Au départ, cette démarche était surtout une forme de thérapie qui lui permettait de mettre les choses à plat pour mieux se libérer. Ce n’est qu’une fois le travail d’écriture terminé, en avril 2016, qu’il a songé à partager son expérience, et chercher une maison d’édition.

En publiant ce livre, Ghislain espère pouvoir aider les gens qui luttent aussi contre le cancer. "Ça me réconforte parce que ça va permettre à d’autres personnes de voir par où il faut passer et peut-être de voir les choses autrement. Cela permet de prendre un certain recul par rapport à la maladie", confie-t-il. L’ouvrage, intitulé "La Naissance d’un ange", raconte le "parcours du combattant" vécu par Laurence : "cinq années de doutes, de privations, de douleurs, de questionnements sur le sens de la vie, de soutien, d’accompagnement, de petits bonheurs malgré tout", écrit Ghislain.


Une histoire qui commence par la fin, tragique

Le récit s’ouvre sur la mort de Laurence, dans la chaleur suffocante d’une nuit du mois de juin 2015. "Devant le corps de Laurence, nous étions sans voix, désemparés, occupés à pleurer un être cher : une épouse, une mère, une fille, une amie", raconte le père de famille.

Laurence et Ghislain s'étaient rencontrés 25 ans plus tôt. En 1991, Elle a 19 ans quand elle commence à supporter le club de volley-ball local dans lequel joue Ghislain. Il a 29 ans et travaille en tant qu’en enseignant au Collège Technique Saint-Joseph. Ils tombent follement amoureux l’un de l’autre, en dépit de la différence d’âge.


Un couple, puis une famille heureuse

Ghislain et Laurence se marient deux ans plus tard. En 1994, ils deviennent les parents d’une petite Floriane, alors que Laurence n’a pas 21 ans. Ils achètent une maison. En 1996, Laurence commence à travailler quand Floriane rentre à l’école pour la première fois. Après une expérience de deux ans dans un restaurant, elle travaille à l’école de Comines, l'Institut Saint Henri, en tant que femme de ménage. En 1998, Laurence donne naissance à un petit garçon, Baptiste. Ghislain et Laurence filent le parfait amour et jouissent d’une vie familiale et sociale épanouie.


Des maux de ventre qui cachent un mal bien plus grave

Les premiers symptômes de la maladie sont apparus en octobre 2009. Des maux de ventre qui font d’abord penser à une simple constipation. La douleur s’accentue de jours en jours. Laurence est hospitalisée d’urgence à la clinique Jan Yperman à Ieper et opérée pour une occlusion intestinale. On lui retire cinquante centimètres de son gros intestin. "Il y avait dessus une tumeur cancéreuse maligne", leur annonce le chirurgien. Laurence a développé un cancer du côlon. Ghislain est abattu par cette mauvaise nouvelle. "Le lendemain, je me suis mis à pleurer et, révolté, j’ai injurié Dieu", écrit-il.

Laurence doit suivre des séances de chimiothérapie à titre préventif. Elle suit ces traitements toutes les deux semaines. En arrêt maladie, elle ne retravaillera plus. La mère de famille vit normalement une semaine, tâchant de profiter au maximum de cette période, puis subit les conséquences de la chimiothérapie la semaine suivante : nausées, vomissements… Cette première cure prend fin en juin 2010.


L'annonce glaciale: il reste à Laurence entre deux et cinq ans de vie

Les examens de contrôle sont satisfaisants pendant quelques mois puis, en octobre 2011, un scanner révèle la présence d’une tumeur dans le ventre de Laurence.

"Il va falloir faire quelque chose maintenant car sinon votre femme ne verra pas ses enfants grandir", met en garde un médecin gastroentérologue. Il lui prescrit quatre cures de chimiothérapie. En mars 2012, elle subit une importante opération à l’UZ Leuven : l’ablation de la tumeur, l’ablation totale des ovaires et de l’utérus.

Quelques semaines plus tard, le médecin gastro-entérologue convoque Laurence et Ghislain d’urgence dans son cabinet. Le verdict tombe : le cancer s’est métastasé et est devenu incurable. Il reste à Laurence entre deux et cinq ans de vie, estime le médecin. "Notre monde s’est effondré", écrit Ghislain. Sur le chemin du retour, le couple s’arrête pour "boire un café, prendre un peu de recul et discuter"… En fait, ils prennent alors une décision essentielle, qui dictera leur conduite pour les années à venir : celle de "ne rien dire aux enfants et aux parents afin qu’ils gardent espoir et puissent, eux, vivre normalement".


La vie rythmée par la chimiothérapie

Le temps étant compté pour Laurence, l’objectif est désormais de profiter de la vie au maximum et de vivre au jour le jour. Après la sentence, Ghislain organise directement un week-end en famille à la côte d’Opale. Puis, le couple repart dans un combat quotidien contre la maladie. Une cure de chimiothérapie est prévue pendant l’été et empêche la famille de s’offrir les vacances dont ils auraient bien besoin. Laurence subit une nouvelle opération à l’UZ Leuven pour des métastases aux poumons en novembre 2012. Juste avant cette épreuve, Ghislain lui offre la perspective réjouissante d’un voyage à Venise pour fêter leurs 20 ans de mariage.

En mai 2013, de nouvelles métastases sont décelées au niveau du poumon gauche. Nouvelle cure de chimiothérapie. Pendant plus d’un an, la maladie semble maîtrisée. "Une semaine sur deux, nous avions en apparence une vie normale", résume Ghislain. Le couple parvient à vivre de beaux moments malgré la fatigue et le sommeil perturbé par la douleur. Ghislain raconte le splendide voyage à Venise, les 40 ans de Laurence où elle est apparue rayonnante, des vacances inoubliables à Évian, Marseille, une sortie à Bruges, le voyage à Edimbourg de Laurence avec Floriane…


"Le sol se dérobait à nouveau sous mes pieds"

Début 2015, les médecins les informent que la chimiothérapie n’agit plus. Un professeur de la clinique universitaire Saint-Luc oriente Laurence vers un traitement expérimental. Chaque lundi, elle doit faire le déplacement pour Bruxelles. Elle relève ce défi, mais la maladie progresse. Une tumeur à l’œil et une autre au cerveau sont découvertes. "Mes bras en sont tombés et le sol se dérobait à nouveau sous mes pieds", confie Ghislain.


Une semaine avant le décès, ils dévoilent la vérité sur l'état de santé de Laurence

La fin approche et il est temps pour le couple de dévoiler à la famille, aux amis et collègues de travail la gravité de la situation. Ils ont repoussé ce moment le plus longtemps possible. Le passage où Ghislain annonce la mort prochaine de Laurence à ses enfants est d’ailleurs bouleversant. Le couple a pris soins de ne pas alarmer son entourage pendant toutes ses années. "Il y a très peu de personnes qui savaient qu’elle était malade. Quelqu’un qui l’aurait croisée n’aurait jamais pu dire qu’elle était atteinte d’un cancer", nous a expliqué Ghislain.


Laurence a été digne et courageuse jusqu'au bout, une fierté pour Ghislain

Le père de famille souligne la dignité et le courage de sa femme tout au long de son "combat" contre le cancer. Malgré les souffrances physiques et morales, Ghislain et Laurence n’ont pas craqué. Ils n’ont d’ailleurs jamais envisagé le recours à un psychologue : "On a été capable de gérer la situation nous-mêmes. Mon épouse était trop forte et trop digne pour se soumettre à ce genre de chose". Il admire le fait que sa femme soit "restée sur sa même ligne de conduite". Lui-même n’est pas du genre à s’épancher. Avec ses enfants, ils continuent de puiser leur force dans celle dont a fait preuve Laurence, explique-t-il.

Si la déchéance physique a été rapide les trois derniers mois, elle n’a pas empêché quelques moments de gaieté. Il y a notamment ce barbecue organisé lors d’une journée ensoleillée alors qu’il ne restait que trois jours à vivre à Laurence. Elle y apparaît radieuse, entourée de sa famille et de ses amis. Ou des plaisirs simples comme regarder un match de football des Diables Rouges à la télévision, avec Ghislain et leurs deux enfants. Autant de petits bonheurs que le cancer n’a pu leur enlever, grâce au courage de Laurence, mais aussi grâce aux attentions de Ghislain, "un mari formidable et aimant", dira l’une des meilleures amies de son épouse regrettée.

Le livre "La naissance d’un ange", paru chez Edilivre, est en vente sur le site internet de la maison d’édition. Les bénéfices seront reversés à la Fondation Saint-Luc, qui lutte contre le cancer.

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