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Un agent Securail témoigne: "Si on trouve une arme sur quelqu'un, on ne peut pas la prendre"

"On ne va pas lui dire, monsieur s
Un agent Sécurail dénonce ses conditions de travail: "Si on trouve un couteau ou une arme, on ne peut la prendre"
"Si la police ne vient pas en 30 minutes, on doit relâcher la personne. Mais la police ne vient jamais dans les 30 minutes"
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Dans les gares et dans les trains, ils sont chargés d’assurer votre sécurité. Pantalon noir et veste rouge. Gilet pare-balles sur les épaules et paire de menottes à la ceinture, les agents Sécurail patrouillent. Une bagarre ? Une agression ? Un pickpocket ? Ce sont eux qui, bien souvent, interviennent en première ligne. Avec un équipement et des compétences insuffisants selon Patrice.

"On doit accomplir des missions similaires à celles de la police mais on n’a pas les mêmes droits, ni le même matériel" nous confie un agent amer. Il tient à rester anonyme mais veut aussi faire passer un message. Parce qu’aujourd’hui, il estime ne pas disposer des moyens nécessaires pour faire correctement son travail. Il a deux petits garçons et il a alerté la rédaction via le bouton orange Alertez-nous parce que "pendant que je vous écris, un collègue se fait peut-être agresser ou poignarder".

"Je vous adresse ces quelques mots afin de faire comprendre notre inquiétude et notre peur" écrit celui que nous appellerons Patrice. "Cela fait quelques années que nous tirons la sonnette d'alarme mais personne ne nous entend. Nous sommes le service de sécurité de la SNCB. Notre quotidien est dangereux mais nous le savons et nous l’avons choisi. Nous ne pouvons plus exercer notre métier convenablement. La délinquance et  la violence ont évolué et nos compétences comme nos moyens de défense ne sont plus adéquats pour mener à bien nos missions".


A quoi ressemble le quotidien d’un agent Sécurail ?

Les missions des agents Sécurail peuvent être divisées en quatre types de prestations distinctes.

1. D’abord, il y a la sécurisation de la gare. "C’est-à-dire une équipe qui patrouille dans la gare et qui répond aux demandes du dispatching. On peut aussi bien intervenir sur une agression, sur un viol ou face à un pickpocket" détaille Patrice.

2. Ensuite, il y a les équipes mobiles, en voiture. Eux sont chargés de suivre une feuille de route qui les amène dans certaines gares définies à des heures bien précises. "Ils ne vont pas où ils veulent. Ils doivent suivre un itinéraire bien défini et vérifier que tout se passe bien" ajoute notre témoin.

3. Troisièmement, il y a les brigades qui patrouillent dans les trains. Comme pour la brigade mobile, ils sont assignés à un itinéraire bien précis. "Par exemple ils ont une ligne à suivre. Ils font Bruxelles-Charleroi puis Charleroi-Bruxelles. C’est une espèce de ronde dans le train".

4. Enfin, la dernière mission concerne les trains Eurostar à destination de Londres et les portails à rayons X à travers lesquels doivent passer les voyageurs.

En théorie, les membres des équipes Sécurail font essentiellement un travail de prévention. Leur présence rassure et les patrouilles renforcent le sentiment de sécurité. Mais sur le terrain, Patrice n’est pas d’accord avec cette définition. "En vérité, c’est surtout un travail de répression. Si on nous appelle pour un vol ou une agression, c’est que l’infraction a déjà eu lieu. Donc on arrive après, ce n’est plus de la prévention. Mais ce n’est pas grave. Le problème, c’est qu’avec les moyens actuels, on ne peut plus travailler".


Théorie vs Pratique

Ce différentiel entre la théorie et la pratique, certains syndicats l’ont également remarqué. "On est dans un espèce de cadre de défaut de prévoyance au niveau de l’employeur, explique Xavier Martin, permanent régional de Bruxelles pour la CSC-Transcom, secteur chemins de fer. On leur demande des interventions qui dépassent largement le cadre de la prévention. Les moyens de défense dont les agents disposent sont assez limités dans leur usage et ne répondent pas forcément à la menace".


Très concrètement, ils veulent quoi ?

Les revendications de Patrice portent sur deux choses différentes. Les compétences et le matériel.

Au moment d’aborder la question du matériel, Patrice nous voit venir. "On ne veut pas d’une arme à feu. On n’est pas la police". Et si certains de ses collègues engrangent de l’expérience chez Sécurail avant d’aller tenter leur chance à la police, ce n’est pas le cas de Patrice. "On collabore avec la police parce que nos missions se ressemblent. Mais moi, ce n’est pas mon but de devenir policier".

Aujourd’hui, les agents sont protégés par un gilet pare-balles et une paire de gants "anti-coupures" et sont équipés d’une paire de menottes, d’un spray au poivre et d’une petite lampe de poche. Afin de renforcer cet équipement, ils font des pieds et des mains pour obtenir une matraque. Et cette revendication pourrait bientôt être entendue. "Il y a eu une série de réunions avec la direction, toujours dans un cadre tout à fait informel, détaille Xavier Martin. Il y avait une espèce de consensus autour d’un point : il faut revoir les moyens de défense. Ce qui était préconisé, c’était que les agents disposent d’un bâton de défense".


Des missions de police…sans les compétences de la police

Le deuxième point qui fâche les agents, ce sont leurs compétences. Par compétences, Patrice entend "les gestes qu’il a le droit de poser ou non". Parce que si les agents Securail doivent remplir des missions qui ressemblent à celles des forces de l’ordre, ils n’ont pas les mêmes droits que les policiers. Ils ne peuvent pas arrêter quelqu’un mais doivent "le mettre en rétention le temps que la police arrive". Ils ne peuvent pas confisquer un objet, même dangereux mais "inviter la personne à nous le remettre". Ce qui pose problème dans l’exercice quotidien de leur métier.


"C’est là que ça devient absurde"

Et Patrice de nous donner un exemple. "Imaginez, on nous appelle pour une agression. On arrive sur place. Le suspect est toujours là. On peut alors le mettre en ‘rétention’. On a le droit de lui faire une palpation de sécurité, pas une fouille, pour vérifier qu’il ne porte rien qui pourrait nous mettre en danger. C’est là que ça devient absurde. Si on trouve une arme, un couteau,… On ne peut pas la prendre. On doit inviter la personne à nous la donner. Donc on a intercepté quelqu’un qui a commis une infraction, on a constaté qu’il portait quelque chose de dangereux, mais on doit lui demander gentiment de nous le donner ? Dans les faits, on va la prendre cette arme, pour notre sécurité. Mais normalement on n’a pas le droit. Ce qu’on voudrait, c’est pouvoir travailler dans la légalité".

Un autre exemple ? Un voyageur prend l’Eurostar pour Londres. Il passe sa valise dans le portail à rayons X. Sur l’écran de contrôle, un agent repère un objet dangereux dans la valise. Cet agent n’a pas le droit d’ouvrir le bagage pour en sortir l’objet dangereux, il doit demander au voyageur de le faire. "Mais si c’est quelqu’un de dangereux, vous croyez vraiment qu’il va sortir l’objet et nous le donner ?" s’interroge Patrice.


Qu’en pense la SNCB ?

La SNCB précise que le renforcement de la sécurité dans les installations SNCB est une priorité. Une enveloppe de 17 millions d’euros a été dégagée "pour agir sur trois volets : le renforcement des équipes, l’installation de portiques dans les gares internationales et l’installation de caméras de surveillance", ajoute le porte-parole de l’entreprise, Thierry Ney. Patrice, de son côté, tient d’ailleurs à préciser que le problème ne se situe pas au niveau du personnel. "On est assez, la direction a bien engagé. Si on a besoin de renforts, on appelle à la radio et les gens viennent".

Par ailleurs, la SNCB rappelle que la mission de Securail est une mission collaborative. "La sécurité dans les gares ne relève pas de la seule compétence des agents Securail, c’est une collaboration entre Securail, la Police fédérale et la Police locale" conclut Thierry Ney. Et si vous remarquez un comportement suspect dans une gare, la SNCB et Sécurail rappellent qu’il faut composer un seul numéro : le 0800/30.230.

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