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Marie-Paule a fondé une école Montessori pour les enfants défavorisés à Kinshasa: "Il faut suivre son cœur" (vidéo)

Marie-Paule a fondé une école Montessori à Kinshasa pour aider les enfants défavorisés
Ndako ya bana, une école Montessori a vu le jour à Kinshasa
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Une institutrice belge, installée à Kinshasa depuis 15 ans, a créé "Ndako ya bana", un foyer éducatif dédié aux enfants vulnérables de la capitale de la République démocratique du Congo. L'enseignement prodigué suit la méthode Montessori. Malgré les nombreux obstacles rencontrés sur son chemin, la femme de 39 ans a cru en son rêve devenu aujourd'hui une réalité. Elle espère offrir à ses élèves un avenir meilleur.

Marie-Paule est institutrice primaire au Lycée Prince de Liège, l'école belge de Kinshasa, depuis 2002. C'est une rencontre qui l'a amenée là. Quinze ans plus tôt, elle est tombée sur l'homme de sa vie lors d'un voyage dans la capitale de la République démocratique du Congo. Depuis, elle n'a plus quitté sa terre d'adoption et y a mis au monde deux filles. C'est en inscrivant l'une d'elle dans une école internationale de Kinshasa qu'elle a découvert la pédagogie Montessori. Cette méthode d'enseignement particulière créée en 1907 (voir en pied d'article) a constitué une véritable révélation pour la jeune maman. "Maria Montessori, la créatrice de cette méthode s'est rendu compte qu'entre 3 et 6 ans, les enfants passent par l'esprit absorbant. A cet âge-là, ils intègrent facilement beaucoup de choses. Elle a élaboré tout un matériel à partir de ce constat et mis au point un apprentissage à travers les sens", explique Marie-Paule, désormais âgée de 39 ans et utilisant cette méthode qui encourage l'autonomie et l'initiative de l'enfant.

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Formée à la pédagogie Montessori

La méthode Montessori, Marie-Paule l'a apprise en suivant une formation de quelques semaines à Lasne, dans le Brabant wallon, en 2013. De retour à Kinshasa, elle a continué à approfondir ses connaissances grâce à une formation online de Murielle Lefebvre. L'apprentissage s'est achevé par un stage que Marie-Paule a effectué en France en 2015. Formée, l'institutrice a immédiatement appliqué cette méthode dans ses classes de 1ère et 2ème primaire. Une mise en pratique couronnée de succès selon elle.


"J'ai toujours voulu aider la population"

Sensible au sort des enfants plus défavorisés dans la capitale africaine, Marie-Paule a décidé il y a deux ans de sortir la méthode Montessori des murs de son lycée belge. Elle a fondé un foyer éducatif pour des bambins démunis. Un plongeon dans une nouvelle aventure devenu comme une nécessité. "J'ai toujours voulu aider la population mais je ne savais pas trop comment m'y prendre. Tout cela a cheminé. J'avais vraiment du mal à voir toute cette pauvreté omniprésente à Kinshasa", dit-elle. "Il faut suivre son cœur et faire ce en quoi on croit. Je pense que c'est la meilleure façon de procéder", raconte la maman enseignante.

 

Former les éducatrices

Marie-Paule a rencontré de nombreuses difficultés avant que son projet ne voit le jour. Créer une équipe n'a pas été une chose évidente. "Pour fonder une ASBL au Congo, il faut sept personnes minimum. Donc j'ai dû convaincre mes amies qui travaillent dans des domaines différents de se lancer dans cette aventure avec moi. Elles sont toutes bénévoles. Mais je suis accompagnée d'une personne qui est aussi éducatrice Montessori comme moi. Elle m'épaule dans le rôle de formation des éducatrices", précise l'enseignante.

L'ASBL est composée de quatre enseignantes, une consultante en administration et finances, une pédiatre et une chargée de communication.

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L'équipe enfin créé et la paperasse complétée, "Ndako ya bana" (maison des enfants en lingala) a vu le jour à la rentrée scolaire de 2016. L'établissement est situé à Kitambo. Ce choix n’est pas anodin car 65% des enfants sont défavorisés et non scolarisés dans ce quartier de la ville. 


"On essaie de trouver les enfants les plus vulnérables"

L'école de Marie-Paule compte 16 enfants qui ont été "sélectionnés" par un éducateur de rue qui travaille également avec d'autres ONG. "Il s'agit d'enfants du quartier qui vivent dans une grande pauvreté et qui ne sont pas scolarisés. On avait une grille de départ pour la première année. On voulait trouver des petits dont les parents sont victimes d'un handicap et n'ont pas les possibilités de travailler. Nous avons aussi les enfants de filles-mères. On aimerait également accueillir des enfants albinos car ils vivent pas mal de difficultés ici. On essaie de trouver les enfants les plus vulnérables", indique-t-elle.

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"Leur donner accès à la nourriture est aussi une chose primordiale"

Contrairement aux autres écoles de la ville dont les horaires sont de 7h à 12h, la journée scolaire des petits de "Ndako ya bana" commencent à 11h afin que Marie-Paule et son équipe puissent leur donner un repas chaud complet. "Un enfant ne peut pas se concentrer sur des apprentissages s'il n'a pas mangé. Leur donner accès à la nourriture est aussi une chose primordiale. C'est très important pour nous", souligne la créatrice de l'ASBL.


L'association organise également des visites médicales durant l'année avec la pédiatre de l'équipe. "On s'est rendu compte de l'évolution favorable de beaucoup d'enfants. On les a mis dans de bonnes conditions. On voulait vraiment que notre foyer soit un endroit agréable pour eux", précise la mère de famille.

L'évolution est bien présente, c'est à ce moment-là que tout prend son sens


"La culture est vraiment importante"

Chaque jour de la semaine durant 2h30, l'ASBL applique vraiment la pédagogie Montessori. Les enfants sont dans la classe et travaillent avec le matériel de la méthode. Ensuite, ils ont des cours de musique, des cours de danse, des cours d'art. "Ils ont la méthode Montessori mais en plus de cela, ils ont tout ce qui est culturel car pour moi c'est vraiment important", insiste-t-elle.


"Tous les retours sont positifs"

La méthode semble porter ses fruits après à peine quelques mois. "Tous les retours sont positifs. Il y a des enfants dont le comportement a complètement changé. C'est le cas d'un petit garçon. Lorsqu'on l'a accueilli, on se demandait si on allait pouvoir le garder parmi nous car il était très violent avec les autres. Lorsqu'il voyait un jouet, il voulait absolument l'avoir et il était prêt à frapper ses petits camarades. Maintenant, c'est un des enfants les plus affectueux. Il prend même soin des autres. L'évolution est bien présente. C'est à ce moment-là que tout prend son sens", se réjouit Marie-Paule.


"Trouver des fonds est la partie la plus difficile"

L'institutrice explique que si les démarches administratives ont été très difficiles, le plus grand défi a été de trouver des sponsors pour faire vivre ce projet ambitieux. "Trouver les fonds est vraiment la partie la plus compliquée. Je travaille à l'école belge de Kinshasa, donc je ne côtoie pas forcément le milieu humanitaire. Je n'ai pas les contacts nécessaires. On fonctionne uniquement avec la générosité de nos donateurs car on n'a aucune aide extérieure. On doit fonctionner année par année", avoue-t-elle.

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"Chaque fois que j'ai un parrain supplémentaire, je suis vraiment ravie"

Marie-Paule tente de trouver des sponsors, des parrains et marraines afin de réunir le budget nécessaire pour que l'école reste ouverte à la rentrée prochaine. Pour y arriver elle a lancé une formule de parrainage d'un enfant à 200 dollars par an.

"Depuis peu, on a un partenariat avec Caritas Belgique qui permet de retoucher des contributions. Au fur et à mesure on commence à être connue. Des membres de fondations viennent visiter notre école. Je compte aussi sur ces personnes pour nous ouvrir les portes qui sont encore bien fermées. C'est difficile de réunir les fonds pour de l'humanitaire donc chaque fois que j'ai un parrain supplémentaire, je suis vraiment ravie", dévoile l'habitante de Kinshasa.

Elle espère s'agrandir grâce à la générosité des donateurs. "Nous aimerions pouvoir accueillir huit nouveaux élèves en septembre... On aimerait pouvoir continuer d'accompagner les enfants jusqu'à la fin de leur cycle primaire", souhaite-t-elle.


Un succès mondial

La pédagogie Montessori connaît un succès grandissant à travers le monde. La méthode est utilisée dans près de 20.000 écoles. "De plus en plus d'enseignants mettent une petite graine Montessori dans leur classe. Je pense que c'est un bon cheminement", confirme l'institutrice belge.

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Image d'un exposition sur la méthode Montessori en 2010 aux Pays-Bas

Le succès de cette pédagogie s'explique également par le fait que plusieurs personnalités influentes ont suivi ce type de méthode durant leur enfance comme les fondateurs de Google, Larry Page et Sergey Brin, le fondateur d’Amazon Jeff Bezos, Chelsea Clinton ou encore les Princes William et Harry d’Angleterre.

Mais Marie-Paule explique que, contrairement à son foyer, la plupart des établissements Montessori accueillent plutôt des enfants "favorisés" car, étant des écoles privées, les frais d'inscription sont souvent très élevés pour pouvoir survivre. Avec des montants allant de 4000 à 6000 euros par an en moyenne, le commun des mortels n'a pas forcément les moyens d'y inscrire sa progéniture.


La méthode Montessori en Belgique

En Belgique, plusieurs établissements qui pratiquent cet enseignement ont vu le jour ces dernières années. L'école "Montessori Ici", située à Tilff, une section de la commune belge d’Esneux dans la province de Liège, en fait partie. Elle a ouvert ses portes il y a trois ans. L'établissement situé au coeur de la vallée de l'Ourthe accueille neuf enfants de 3 à 6 ans et, comme toutes les écoles de ce type, se base sur l’approche sensorielle pour obtenir un apprentissage solide.

Chaque élève crée sa journée lui-même et choisit ce qu'il veut faire. "L'enfant suit sa motivation et son propre rythme. Il peut rester aussi longtemps qu'il le souhaite sur une activité. Son parcours est personnalisée en fonction de ses besoins", nous explique Anne Famerie, membre de l'équipe de "Montessori Ici".

Comme la plupart des écoles privées qui ne bénéficient pas de subventions, les frais d'inscriptions sont élevés pour pouvoir maintenir la structure et payer le personnel. "Les prix vont de 400 à 600 euros par mois pour 10 mois (soit de 4000 à 6000 euros par an)", détaille-t-elle avant d'ajouter que l'école aimerait être subventionnée par l'état afin que les montants ne soient pas si importants. "On aimerait que les frais soient beaucoup moins élevés. On espère que la méthode Montessori se diffuse pour qu'on puisse intégrer l'enseignement public", conclut la femme de 37 ans. 

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En savoir plus sur la méthode de Maria Montessori: qu'est-ce que c'est?

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Maria Montessori en 1915

Maria Montessori a créé cette méthode en 1907. Médecin et pédagogue, elle se base sur l'éducation sensorielle et kinesthésique de l'enfant. L'Italienne a consacré 50 ans de sa vie à aider les enfants de milieux sociaux et culturels très défavorisés et en difficulté d'apprentissage. En leur mettant à disposition un matériel spécifique, ils ont pu choisir eux-mêmes les activités qu’ils souhaitaient faire durant autant de temps qu'ils souhaitaient y consacrer. Elle a observé les réactions des enfants et s'est rendu compte qu'ils faisaient preuve d’une autodiscipline et d'une concentration inattendues.

Selon Maria Montessori, chaque enfant est unique. Il a sa personnalité propre, son rythme de vie, ses qualités et ses difficultés. Les enfants traversent tous des "périodes sensibles": l'ordre, le langage, le mouvement, le raffinement sensoriel, le développement social et la sensibilité aux petits objets.

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Croquis du système Montessori utilisé dans une école de Londres en 1914

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