"The law in these parts" (La loi dans ces lieux) est en lice pour le Grand Prix du documentaire international au festival de cinéma indépendant, qui s'achève dimanche à Park City, dans les montagnes de l'Utah (ouest).
Extrêmement didactique, le cinéaste Ra'anan Alexandrowicz a endossé les habits de Candide pour interroger une dizaine de magistrats ayant exercé la justice dans les territoire occupés palestiniens, pour tenter de comprendre l'application au quotidien de lois d'exception très controversées.
"La plupart d'entre nous ne travaillons pas dans la justice, mais nous vivons dans un monde régi par des lois", remarque le cinéaste. "Nous voyons cela comme un ensemble de normes et de règlements que nous devons suivre".
Mais le corpus de lois imposé aux Palestiniens après la guerre des Six Jours en 1967 "est un exemple extrême du caractère fluctuant de la loi et du fait qu'elle peut servir des intérêts", surtout quand "elle repose entièrement dans les mains d'un camp et que l'autre doit s'y soumettre", dit-il.
M. Alexandrowicz relève les contradictions du système judiciaire israélien qui a voulu, notamment sur le sujet des colonies ou de "l'occupation de terres", donner un vernis légal à une situation qui selon lui ne l'était pas.
"On se plaît à présenter l'occupation comme un problème pour lequel Israël +n'avait pas le choix+, car c'est un problème de sécurité. Mais clairement, pour tout ce qui a trait aux colonies, nous avions le choix" de ne pas le faire, souligne le cinéaste.
"Sur ce sujet, l'occupation a été éhontée, sans pitié et expansionniste, en instrumentalisant la loi pour créer un cadre légal à une situation qui était clairement illégale", accuse-t-il.
Mais pour critique qu'il soit avec le régime israélien, M. Alexandrowicz reconnaît que son documentaire a fait naître en lui encore plus de questions qu'il n'en avait avant de commencer son travail sur le film.
Car s'il reste persuadé que les colonies sont indéfendables d'un point du vue légal, il remarque aussi que les lois d'exception dans les territoires palestiniens ont permis de juger et d'emprisonner des militants palestiniens, qui seront un jour libérés.
Dans certains régimes, "quand vous capturez un activiste notoirement connu, qui vous a fait beaucoup de mal, vous le descendez derrière un mur", dit-il, volontiers provocant.
"Pourquoi avons-nous investi autant d'efforts dans un système judiciaire? Est-ce pour envoyer une bonne image dans le monde? Je ne pense pas que ce soit juste ça. Est-ce pour être justes ? Là non plus, je ne crois pas, car il est évident que nous ne faisons pas les choses par souci d'équité".
Pour le cinéaste, la raison d'être de ces lois d'exception, en vigueur depuis plus de quarante ans, reste "un mystère".
"La seule chose qui est sûr, c'est qu'il existe un système soit-disant légal, mis en oeuvre par certaines personnes, et subi par d'autres. Et cela crée une situation de laquelle nous ne pouvons par détourner les yeux", dit-il.










