"Beziehungsweise" (en anglais "Negociating Love"), de l'Allemand Calle Overweg, et "What is love ?" de l'Autrichienne Ruth Mader sont présentés dans le cadre du "Forum international du nouveau cinéma", la section avant-gardiste du festival.
 
Ces deux productions, mi-films mi-documentaires, s'attachent à des personnages banals, pris dans des problèmes prosaïques.
 
Une ophtalmologiste célibataire, un conseiller financier et son épouse qui ne savent plus s'ils sont un couple ou s'ils ne font que vivre ensemble, ou encore une ouvrière et mère de famille, tâchant de concilier ces rôles malgré des horaires de nuit, composent quelques un des portraits offerts par l'Autrichienne Ruth Mader, habituée des sélections parallèles de grands festivals de cinéma.
 
Ces cinq vignettes contemplatives, "désacralisent" l'amour et le bonheur "bien trop souvent traités dans les arts, et au cinéma en particuliers, sous l'angle de l'extase et des drames sentimentaux, des crises et des conflits, de l'avidité et de la violence, de la passion et de la sensualité", estime le philosophe Konrad Paul Liessmann dans le dossier de presse du film.
 
"C'était dès le départ très important pour moi de partir du quotidien. Je voulais montrer des gens tout à fait normaux, justement parce qu'on prête habituellement si peu d'attention à ces gens", a expliqué la réalisatrice, âgée de 37 ans.
 
Esthétiquement très travaillé, "What is love" est un film volontairement aride, qui sollicite l'attention du spectateur aux détails et métaphores visuelles.
 
"Beziehungsweise" est plus facile d'accès et parfois drôle. Les scènes sont filmées sur un plateau où le réalisateur intervient parfois pour recueillir le sentiment des praticiens - de vrais thérapeutes - placés face à des acteurs.
 
Amely, enceinte d'Heiko, songe à avorter car elle n'est pas prête et doute de son compagnon, infidèle par le passé. Herrmann et Dorothea, mariés, deux enfants, sont en crise depuis qu'elle a repris une activité professionnelle. Eva, femme au foyer, est déprimée de voir son mari Siegfried ne pas lui consacrer une minute de plus qu'avant son récent départ en retraite.
 
Les séances de thérapie sont entrecoupées de saynètes à la "Dogville", ce film du Danois Lars von Trier, dans lequel les décors sont dessinés au sol, avec une poignée d'accessoires permettant de restituer le contexte.
 
"Dans mon film, je voulais jeter un regard honnête sur l'amour, pas sur une +love-story+, mais sur l'aspect réaliste et vie quotidienne d'une relation", explique le réalisateur Calle Overweg, 49 ans, venu du documentaire.
 
Les "experts" semblent parfois aussi déboussolés que leur patients, qui ne comprennent pas pourquoi leur amour ne les a pas sauvé de ces écueils.
 
C'est finalement une thérapeute, incrédule face à l'incurable romantisme de ses clients, qui énonce ce qui lui semble une évidence: "l'amour est la moins fiable des garanties pour faire durer les couples (...) D'habitude ce sont les enfants ou les dettes qui les font tenir".