Ce dimanche 29 juin, aura lieu la 100ème émission de Docs de Choc. Et pour cette centième émission, l’équipe de Docs de Choc a choisi d’aborder la catastrophe de « Los Alfaques ». L’émission a été réalisé depuis le camping de Los Alfaques, en Espagne, où 30 ans après les faits, la douleur est encore très présente.

A l'époque, le 11 juillet 1978, 100 personnes sont mortes sur le coup, brûlées vives, 150 autres succomberont à leurs blessures. Beaucoup de Belges partaient en vacances en Espagne dans ce camping.

Cette émission a été entièrement réalisée par Charlotte Baut et son équipe, une première. En effet, dans la plupart des cas, les sujets sont achetés à l’étranger. Pour réalisé cette émission, il a fallut du temps, 4 mois environs pour pouvoir retracer tous les évènements, comprendre la catastrophe, retrouver des témoignages… Tout ça pour un résultat riche en émotions qui fait la lumière sur une catastrophe moins connues des plus jeunes. Un rendez vous à ne pas manquer ce dimanche 29 juin à 19h45 sur RTL-TVI.

En attendant de découvrir l’émission, nous avons voulu en savoir un peu plus en interrogeant Charlotte Baut.

Ce dimanche, vous présentez la 100ème émission de Docs de Choc, qui dit 100ème dit également bilan ?

Je pense que le bilan est plutôt bon, le public qui regarde l’émission est très varié, les téléspectateurs suivent l’émission pour différentes raisons. Il y a d’une part des gens qui sont concernés directement par le sujet, soit ils connaissent quelqu’un qui a vécu cette situation ou une situation similaire. Ensuite on a une autre partie de nos téléspectateurs qui viennent voir l’émission pour avoir le suivi d’une affaire. Car dans la plupart des cas, lorsqu’il se passe quelque chose de marquant, de grave comme pour certaines catastrophes, on en parle dans les média sur le moment mais on ne va jamais jusqu’au bout de l’histoire. En effet, les procès ont souvent lieu des années plus tard, on n’en parle pas toujours à ce moment-là donc on ne connaît jamais le verdict. Et une émission comme « Doc de Choc » propose ce genre d’explications.

Que retirez-vous de cette émission, de la préparation à la présentation ?

Maintenant chaque fois que je prends l’avion, je regarde partout autour de moi pour voir si tout est bien en place !

Il faut savoir que pour réaliser ces émissions, je rachète des images, souvent des formats de 52 minutes que je transforme en 26 minutes. L’idée est de donner une image exacte aux téléspectateurs d’un sujet qui a été élaboré en amont. Donc parallèlement à cela, il y a un travail de recherche très intéressant parce que mon but est de maîtriser le sujet, l’histoire si je veux pouvoir en faire une émission de qualité.

Ensuite on passe par le montage, on « belgicise » l’émission, entre autre avec une voix, celle de Christophe Giltay, qui est un conteur extraordinaire.

En fait, toutes ces étapes de la réalisation d’une émission sont super enrichissantes, car même si on n’a pas fait l’émission intégralement, j’ai quand même l’impression de concevoir un produit. Pour ça j’ai pu me venger avec l’émission de ce dimanche sur « Los Alfaques », car contrairement aux autres émissions, celle-ci a entièrement été réalisée par l’équipe de « Doc de Choc », de A à Z.

Justement, comment se passe la réalisation d’une émission comme celle de ce dimanche ? Quelles sont les étapes ?

Pour cette émission, on a travaillé environ 4/5 mois, car lorsqu’on n’a pas beaucoup de moyen, il faut avoir beaucoup de temps !

L’étape numéro 1, c’est de lire la presse écrite de l’époque, donc on a recherché tous les articles de 1978, ce qui nous a permis de retrouver des noms de personnes qui avaient été touchées ou rescapées de la catastrophe. On a également ressorti toute une série d’informations sur l’histoire, sur comment ça s’est passé, pourquoi ça s’est passé…

Il est primordial dans le journalisme quand on fait ce genre de documentaire de d’abord comprendre, il fallait d’abord que moi-même je comprenne. Il fallait, avec mon assistante Déborah, qu’on sache exactement ce qui s’était passé. Parce que si on ne comprend pas exactement la catastrophe, on ne peut jamais l’expliquer.

Pour la deuxième étape, on recherche les images d’archives des télévisions, donc là j’ai beaucoup travaillé avec la France et l’INA (Institut National des Archives). On a racheté aussi des images espagnoles chez TVE. Ensuite on fait des choix par rapport aux images qu’on sélectionne.

Pourquoi aborder la catastrophe de « Los Alfaques » pour cette 100ème émission ?

Je voulais pour cette centième émission un sujet qui soit « très belge », et Los Alfaques, c’est une histoire qui a énormément marqué les Belges à l’époque. Il faut bien se replonger dans le contexte de l’époque : on est le 11 juillet 1978, tout le monde est au bord de la mer quelque part. Et cette catastrophe a vraiment fait le tour de monde, la couverture de tous les médias en quelques jours car justement toute la population était dans un contexte de vacances, ça aurait pu arriver n’importe où, ce qui a donné une proportion énorme à l’événement. Chacun s’est senti concerné.

La raison principale de ce choix, c’est que beaucoup de Belges partaient en vacances en Espagne, encore aujourd’hui d’ailleurs. Et ce 11 juillet 1978, il y avait environ une cinquantaine de Belges, dont la moitié sont morts là-bas. 25 Belges tués en 5 secondes, ça ne laisse pas indifférent. Et donc je voulais rendre un hommage aux personnes qui ont survécu sans oublier ceux qui sont partis.

Il y a un truc qui est très important à savoir, et je l’ai appris en rencontrant ces rescapés, c’est que pour ces rescapés, la vie s’est arrêtée le 11 juillet 1978. Ca fait 30 ans que ces gens ne vivent pas et ne vivront jamais comme ils auraient dû vivre à cause de cette catastrophe. C’est quelque chose que je ne m’imaginais absolument pas, je me disais que 30 ans après, les gens m’en parleraient avec un peu de détachement et ce n’est pas du tout le cas, ces gens y pensent tous les jours. Pour cette émission, c’était aussi une façon de leur dire, on ne vous oublie pas.

Comment s’est passé la rencontre avec ces témoins de la catastrophe ?

Au début, ils n’étaient pas très chaud pour témoigner, ils ne s’en sont pas encore sortis, ils n’ont pas envie de se replonger dedans, de ressortir tous les détails… Mon assistante est allée une première fois rencontrer ces rescapés pour leur expliquer le but de l’émission. Heureusement la plupart d’entre eux connaissaient l’émission, donc ça nous a aidés. On ne cherche pas le sensationnel, on cherche à respecter la réalité, on fait une vraie enquête. Il n’y a qu’une personne qui n’a pas accepté de témoigner et je respecte tout à fait son choix. A l’époque cette personne avait 17 ans, elle a été défigurée, elle a dû refaire de la chirurgie esthétique, elle a refait sa vie et n’avait pas envie d’en parler.

Comment en tant que journaliste on appréhende un sujet aussi dur émotionnellement ?

Les premières fois que j’ai vu les images d’archives, j’ai été choquée comme tout le monde, ce sont des images très dures, c’est pour cela entre autre qu’on a interdit l’émission au moins de 10 ans.

Mais ce qui est le plus dur ce sont les gens que j’ai rencontrés, parce que là on parle d’aujourd’hui. Les images qu’on voit ont été tournées il y a 30 ans, ça appartient au passé, on respecte, on rend hommage mais les personnes que j’ai rencontrées, elles sont en vie aujourd’hui mais leur état de souffrance et de tristesse 30 ans après est énorme et ça c’est bouleversant. Je suis à chaque fois rester 2/3 heures à discuter avec ces personnes pour l’émission, ces personnes m’ont vraiment raconté leur histoire avec beaucoup de simplicité et d’humilité. Ils se sont confiés avec beaucoup de générosité et c’est ce qu’il y a de plus marquant en tant que journaliste c’est de discuter avec eux, d’entendre leur émotion dans la voix, de voir les larmes dans les yeux, c’est loin de laisser indifférent.

Propos recueillis par Catherine Vanesse

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