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Zulala, 18 ans, la première femme à arriver en finale de la Nouvelle star afghane: "Je veux faire passer un message aux femmes afghanes"

Zulala, 18 ans, la première femme à arriver en finale de la Nouvelle star afghane:
 

Elle a 18 ans, 12 cm de talons or, des yeux charbonneux et veut chanter pour les femmes: Zulala Hashemi est la première fille à se hisser en finale de la populaire émission musicale The Afghan Star.

Cette 12e édition, déclinaison locale sous haute protection des radio-crochets occidentaux, est doublement innovante en Afghanistan, un pays ultra-conservateur: pour défier en finale la jeune Zulala Hashemi, originaire de Jalalabad, bastion des talibans et de Daech dans l'est du pays, les spectateurs ont choisi le premier rappeur de la compétition.

Dans le studio de Tolo, la chaîne de télévision la plus frondeuse de la République islamique, Zulala étreint son idole, dont elle partage les faux-cils au kilomètre: Aryana Sayeed, pop-star au panthéon des Afghans et présidente du jury, exulte. "Je ne lui ai jamais caché mon soutien", confie cette dernière à l'AFP. "Les femmes n'ont guère leurs chances dans ce pays: pour la première fois, les gens ont voté pour une fille, qui vient d'une province très stricte en plus, le pays de Daech".

Ses formes rebondies moulées dans des robes corsetées, Aryana est une infatigable militante des droits des femmes, ce qui lui vaut la haine et les menaces des milieux les plus réactionnaires d'Afghanistan.


La fille la mieux placée jusqu'alors était arrivée 3e

"Je vis comme une prisonnière quand je suis ici", lâche la star, qui cultive une ressemblance appuyée avec Kim Kardashian et vit généralement à Londres. Lors de la première édition de The Afghan Star en 2005, des mollahs effarouchés avaient prédit l'effondrement du pays si l'émission perdurait.

Depuis, la fille la mieux placée était arrivée en troisième place. "C'était en 2008, ensuite elles n'ont jamais dépassé la 7e ou 8e place", indique le jeune présentateur Omid Nezami, un ancien candidat de cette émission.


Le soutien d'une mère

Outre le soutien des téléspectateurs qui ont voté pour elle par SMS, Zulala peut compter sur celui de sa mère. "C'est peut-être ce qui me rend le plus fière", avoue-t-elle.

La mère, petite femme replète et souriante drapée de vert, a dessiné et cousu chaque robe et chaque paillette des costumes de scène de sa fille. Accompagner le rêve de Zulala n'a jamais fait débat: "Toute la famille est derrière elle", affirme Mermen Hashemi, multi-diplômée et plusieurs fois sollicitée pour siéger au Parlement.

 
"Même si je ne gagne pas, je serai chanteuse"

Jeune beauté à la voix grave, Zulala, yeux en amande, bouche pulpeuse et une mouche délicatement déposée par la nature sous la pommette droite, est sûre d'elle: "Même si je ne gagne pas, je serai chanteuse", dit-elle.

"Moi, je porte des robes traditionnelles, mes chansons suivent la voie d'Aryana", assène-t-elle. "Je veux faire passer un message aux femmes afghanes: elles doivent réclamer leurs droits, explorer leurs talents et les faire connaître".

"C'est exactement ce dont ce pays a besoin!" jubile le patron de Tolo TV, Massoud Sanjer. "Mettre en scène une fille de Jalababad, surtout après ce qui s'est passé hier". La veille, le 8 mars, une attaque contre le principal hôpital militaire du pays, à Kaboul, a fait des dizaines de morts.

Signe de l'insécurité croissante qui ronge le pays, confronté aux assauts des talibans et du groupe Etat islamique qui ont fait plus de 11.500 victimes civiles l'an dernier, Tolo a renoncé aux enregistrements en extérieur suivis par des centaines de fans.


"A chaque émission, j'encourage les spectateurs à voter pour le talent, pas selon communauté"

L'émission se déroule dans ses studios, sous protection armée derrière de hauts murs anti-explosion, et le jury est transporté en voitures blindées. Tolo a perdu sept journalistes et employés en janvier 2016 dans un attentat visant leur minibus.

Après leur sélection, les deux finalistes se rejoignent sur scène pour un duo.

Face à Zulala, le jeune rappeur de Mazar-e-Charif est l'autre icône de la saison avec son pantalon baggy, sa casquette et ses baskets rouges. Sayed Jamal Mubarez a longuement hésité avant de fermer son échoppe de barbier pour les trois mois de l'émission, empruntant les huit dollars du trajet vers Kaboul à ses voisins.

 
A 23 ans, il est soutien de famille et mise sur le gros lot - une moto et un voyage au Kazakhstan. "Jamal arrive en tête depuis le début", souligne Omid, le présentateur. Pourtant, il n'exclut pas un vote "ethnique" qui favoriserait Zulala, pachtoune, au détriment du jeune rappeur hazara, la minorité chiite longtemps brimée et méprisée. "A chaque émission, j'encourage les spectateurs à voter pour le talent, pas selon communauté", dit-il.

Aryana Sayeed prend à son tour le micro. Elle a troqué ses voiles roses pour un fourreau noir. Le poing levé, elle entonne sa nouvelle chanson tandis que défilent en fond les portraits de deux jeunes femmes battues à mort par la foule, respectivement à Kaboul et Ghor (centre), Fakhunda et Rukhshana.

"On te tient pour la moitié d'un homme/ Mais on te punit deux fois plus (...) Lève-toi et crie/ Remonte tes manches/ Réclame tes droits/ Tu peux le faire!"

La finale de l'émission aura lieu en direct lundi, à la veille du Nouvel An afghan.


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