Le duc d'Edimbourg -son titre officiel- a été jusqu'à cette année de toutes les cérémonies et voyages de la reine, sa grande silhouette mince et droite constamment en retrait derrière son épouse.
Cependant, les effets de l'âge commencent à se faire sentir chez cet homme robuste, qui détient le record de longévité des princes consorts britanniques: en pleines festivités du jubilé de diamant de la reine, il a dû être hospitalisé pendant cinq jours pour une infection urinaire.
Six mois plus tôt, à Noël, opéré en urgence pour une artère coronaire bouchée, il avait été le grand absent des traditionnelles fêtes de fin d'année de la famille royale.
Lors de son 90ème anniversaire, celui qui patronne 800 associations avait exprimé son désir de lever le pied, estimant qu'il "avait accompli sa part".
Cela ne l'avait pas empêché d'accompagner son épouse sur ses terres australiennes du bout du monde, à l'automne, puis dans son tour du Royaume-Uni à l'occasion du jubilé, ponctuant ses déplacements de ces remarques incongrues dont il est coutumier.
Avisant une jeune femme vêtue d'une robe rouge à fermeture éclair, il se tourne vers un policier pour demander : "est-ce que je vais en prison si je l'ouvre?". Une autre fois il demande à un handicapé en véhicule motorisé: "Vous avez renversé combien de gens ce matin?".
Un langage peu protocolaire dont la reine ne lui tient pas rigueur, pas plus que ses sujets qui trouvent qu'il apporte un peu de légèreté à la monarchie et lui sont gré de sa constance auprès d'Elizabeth II, qui elle-même l'appelle son "roc".
"Le soutien qu'ils s'apportent l'un à l'autre est incroyable. Je crois qu'il est réellement son roc et elle est le sien", témoignait ce week-end leur petite-fille Eugénie sur Sky News.
Son hospitalisation semble lui avoir apporté un regain de popularité: 58% des Britanniques le considèrent comme un atout pour la royauté, une institution qui suscite elle-même une adhésion record.
"C'est l'homme qu'il faut pour le rôle", résume Philip Eade, auteur d'une biographie du prince.
La presse n'a pourtant pas toujours été tendre avec le prince consort, connu pour sa rudesse et ses relations difficiles avec ses enfants.
De souche allemande, Philip de Grèce et du Danemark est né à Corfou sur une table de cuisine le 10 juin 1921. A l'âge de 18 mois il est évacué dans un lit fait de cartons d'oranges à bord d'un navire britannique, avec ses parents et ses quatre soeurs aînées, alors que son oncle le roi de Grèce est déposé.
Il connaît ensuite une enfance solitaire et agitée, entre la France, l'Angleterre et l'Allemagne. Sa mère, dépressive, est hospitalisée puis entre dans les ordres, tandis que son père part s'installer à Monaco. Quant à ses soeurs, elles se marient à des Allemands, dont l'un est un dignitaire nazi.
Recueilli par des parents, il suit une scolarité nomade, avant de rejoindre la marine britannique et de prendre une part active dans la Deuxième Guerre mondiale.
Il a 18 ans lorsqu'il rencontre pour la première fois la jeune Elizabeth, qui n'a que 13 ans mais tombe sous le charme du bel officier.
Leur union est d'abord vue d'un mauvais oeil par les parents de la jeune princesse: Philip est un prince étranger, sans le sou et peu policé. Mais "Lilibet" l'adore et le mariage se fait en 1947. De confession orthodoxe, Philip se convertit à la religion anglicane.
Cinq ans plus tard, Elizabeth accède au trône et Philip devient prince consort, jurant d'être son "vassal". Le couple a quatre enfants -Charles, Anne, Andrew et Edward-, huit petits-enfants et deux arrière-petits-enfants.











