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La puissance redoutable des mots

Par Patrick Traube, le 24 mai 2012 à 11h22

Les mots peuvent se faire tendres caresses ou encouragements stimulants. Mais ils peuvent aussi se muer en missiles, en armes de destruction massive. Raison pour laquelle, il faut les manier avec précaution.

« Ce n’est pas ce que je voulais dire », « C’est un malentendu! »…
Que de heurts et malheurs de la vie quotidienne ne sont-ils pas imputables à des malentendus. Combien de ces malentendus ne sont-ils pas produits par de calamiteuses confusions de vocabulaire. Notamment à celle qui consiste à s’emmêler les pinceaux avec les verbes.
 
En parlant à l’autre humain, usons de l’auxiliaire « être » avec la plus grande circonspection. Une personne ne se réduit jamais à son comportement. Elle n’exprime pas dans ce qu’elle fait l’intégralité de ce qu’elle est. Dire à quelqu’un « tu es timide, maladroit, insensible, ingrat…. », comporte un risque majeur. D’abord, comment puis-je prétendre savoir qui est l’autre alors que je n’ai jamais fait trois pas dans ses mocassins. Tout au plus, puis-je dire « tu m’apparais comme…. » Formulation moins imprudente car elle ne met en cause que mon propre regard et la conscience de ses erreurs possibles dues à mes propres oeillères.

Préférable encore, l’attitude qui consiste à s’exprimer non sur l’être de l’autre mais seulement sur l’acte qu’il a posé. Précaution particulièrement importante en matière de blâmes ou de reproches, que ce soit entre adultes (conjoints, amis) ou entre adultes (parents, enseignants) et enfants.

Si un jugement, un blâme ou une sanction porte sur ma conduite (exemple: "quand tu agis comme ça, tu te comportes comme un idiot"), ce n'est certes pas agréable à entendre, mais je puis néanmoins l'accepter sans me sentir rejeté, humilié, atteint dans mon identité. En revanche, si le jugement, le blâme ou la sanction porte, non sur ce que je fais, mais sur ce que je suis ("tu n’es qu’un imbécile"), le message est inacceptable parce qu'il sape mon image de moi-même, me réduit à mon défaut ou à ma faute.  

Tu as menti = tu es un menteur;  tu as échoué = tu es un raté.
Il faut être très attentif à cette inclinaison naturelle à user du verbe « être ». Ce faisant, nous  figeons l’autre sous une "étiquette". Nous le réduisons à un qualificatif négatif qui le fige et l’empêche d’évoluer.

Qui a dit que les mots étaient innocents?

Patrick TRAUBE
Psychologue, écrivain.
Auteur de « Je m’aime… toi aussi » (Labor)

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