Phtalates : pourquoi il faut les interdire ?
Présents un peu partout dans notre environnement, ces plastifiants sont considérés comme des perturbateurs hormonaux. Pour la première fois, une étude prouve qu'ils réduisent la production de spermatozoïdes chez l'homme... De quoi se décider enfin à protéger la santé de tous?
1. C’est quoi, les phtalates ?
Ce sont des composés chimiques utilisés, depuis les années 50, pour assouplir les plastiques de type PVC. Des pièces automobiles aux sex-toys, ils sont partout: revêtements de sol, papiers peints lavables, peintures, colles, encres d’imprimerie, tissus imperméables… «Dans les cosmétiques (shampooings, laques, déodorants, vernis…), ils servent de fixateurs et de conservateurs, ajoute André Cicolella, toxicologue et président du Réseau environnement santé (RES, voir encadré page suivante). Présents dans les emballages et les films alimentaires, ils contaminent aussi les aliments. On les trouve même dans des médicaments et dispositifs médicaux, tels les cathéters, tubes et poches de sang.» Par voie cutanée, inhalation ou ingestion, difficile d’échapper à ces polluants!
2. Qu’est-ce qu’on leur reproche exactement ?
Depuis des années, nombre de scientifiques et associations, dont le RES, les accusent de gravement perturber le système endocrinien masculin. «Chez le rat, de nombreuses études montrent que les phtalates provoquent une atrophie des testicules et des malformations génitales au stade fœtal, une diminution de la production d’hormones mâles et de spermatozoïdes», précise Bernard Jégou, directeur de l’Institut de recherche en santé, environnement et travail (IRSET) à Rennes. Chez l’homme, les recherches, concentrées sur le fœtus, ont découvert des effets similaires.
3. Phtalates : jusqu’à présent, que montraient les études ?
Des travaux ont mis en évidence un lien entre l’exposition des mères pendant la grossesse, des phtalates étant retrouvés dans leurs urines, et des anomalies hormonales ou génitales chez leurs petits garçons. Mais d’autres ont montré que, mis en présence de phtalates, des testicules de fœtus pouvaient résister à leur action, sans effet sur le taux d’hormones. «Qu’en était-il chez l’adulte? Des études épidémiologiques avaient déjà mis en évidence une baisse de testostérone (hormone mâle) chez des ouvriers exposés dans un cadre professionnel, explique Bernard Jégou. Cela nous a amenés à conduire cette étude sur des testicules adultes, in vitro car il n’est pas question d’exposer des individus.»
L’étude qui vient d’être publiée* est une première chez l’homme. Qu’apporte-t-elle ? La preuve, pour la première fois au monde, que les phtalates affectent bien la production de testostérone chez l’adulte! Trois équipes françaises, celles de Bernard Jégou, de Bruno le Bizec, à l’école vétérinaire de Nantes, et de Daniel Zalco à l’INRA de Toulouse, ont participé à cette étude. Les chercheurs ont travaillé sur des prélèvements de testicules de patients atteints de cancer de la prostate et sur des cellules produisant des précurseurs d’hormones. Puis ils les ont exposées à deux phtalates très courants, à des doses retrouvées chez des hommes connaissant une baisse d’hormones mâles.
Résultat «Une chute de 30% de la production de testostérone en 24heures. Celle-ci étant indispensable à la production de spermatozoï [...]
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