Test PlayStation Vita: à qui s'adresse la nouvelle console portable de Sony ?
Le 22 février 2012 à 18h03Sortie depuis le 22 février, la PS Vita renoue avec les classiques du jeu vidéo nomade, malgré quelques innovations. Seront-elles suffisantes pour trouver un public, se vendre comme des petits pains et convaincre les éditeurs ?
Si la stratégie du groupe Sony a toujours été limpide et relativement efficace, en ce qui concerne les jeux vidéo portables, on se perd un peu depuis quelques années.
Souvenez-vous: en 2004 est sortie la première PSP, pour PlayStation Portable. A l'époque, les smartphones n'ont pas encore envahi notre quotidien. Elle remporte donc un petit succès, avec ses jeux sur disques UMD propriétaires, sur lesquels Sony parvient même à mettre et à vendre quelques films.
La même année, cependant, Nintendo allait un peu plus loin avec une DS à deux écrans, dont l'un était tactile. Sony, comme à son habitude, misait sur la puissance et la qualité des graphismes.
Après quelques versions de mises à jour, Sony, en quête d'innovation, sort une PSP Go en 2009, parallèlement au maintien de la gamme classique. La Go n'a pas de lecteur de disque. Sony fait le pari du dématérialisé: il faut télécharger et acheter ses jeux sur le Store. Un pari manqué: le succès n'est pas au rendez-vous, sans doute parce que les marchands ont boudé sa commercialisation (plus de vente de jeux…).
Le groupe Sony n'en reste pas là: le 1er avril 2011, il présente le Sony Ericsson Xperia Play, le premier smartphone certifié PlayStation. Ce qui ne veut plus ou moins rien dire, car c'est un téléphone sous Android classique, avec quelques jeux supplémentaires exploitant les touches PlayStation qui se découvrent en coulissant le clavier. A nouveau, c'est le flop. Un prix de vente élevé, une certaine épaisseur et un manque de clarté au niveau du positionnement… ça ne prend pas.
Marche arrière
Du coup, j'ai été surpris en voyant que Sony "revenait en arrière" en sortant une PS Vita tout ce qu'il y a de plus classique. Pas de mélange des genres: c'est une console de jeux avant tout, avec des cartes mémoires exclusives en guise de cartouche de jeu. Ce n'est donc pas un téléphone, elle est de toute façon bien trop grosse pour ça… De plus, on découvre un nouveau format de "cartouche": des petites cartes mémoires inédites (mais vous pourrez télécharger les jeux également).
Puissance graphique, prise en main, présence de deux joysticks analogiques (à manipuler avec les pouces)… cette Vita a tout d'une manette de PlayStation 3, à laquelle on aurait greffé un bel écran OLED de 5 pouces (12,7 cm, 960x544 pixels).
Ce serait oublier deux caractéristiques majeures: l'écran est tactile (même sensibilité qu'un bon smartphone), et au dos de la machine, il y a un pavé tactile (principale nouveauté de la Vita).
Ces deux innovations sont-elles là pour "dire de", genre "nous aussi, chez PlayStation, on invente des trucs" ? Oui et non. Je m'explique.
De nouveaux jeux
Si le jeu a des origines classiques, comme c'est le cas de Uncharted Golden Abyss (45€), les développeurs sont partis d'un concept pour manette, et y ont ajouté des fonctionnalités tactiles "gadget". Ce jeu d'aventures, par ailleurs excellent à de nombreux points de vue, est donc affublé de séances de machettes avec l'écran tactile de devant, ou de grimpette avec le pavé arrière. Des manipulations douteuses qui n'apportent pas grand chose, à part des torsions de poignets.
En revanche, si les développeurs partent des capacités tactiles de la machine – et surtout de celles du pavé arrière – pour imaginer un nouveau jeu, alors on arrive à quelque chose de cohérent. C'est le cas avec Little Deviants (25€), un puzzle-game dans lequel vous créez des bosses dans le sol pour faire rouler des petites bêtes.
Notez que pour les menus, la présence du tactile est souvent efficace. Ecrire du texte, appuyez sur un bouton… le doigt est plus rapide que le curseur.
D'autant que l'interface a été très bien pensée. Rien à voir avec celle de la PlayStation 3, que l'on retrouve pourtant sur de nombreuses TV du groupe. Tout en rondeur et en fluidité, elle est très intuitive. Elle offre également un navigateur pas spécialement rapide. Les deux capteurs photo permettront quelques jeux en réalité augmentée (genre: vous mettez votre trombine sur le corps d'un combattant, avant d'entrer dans l'arène, qui sera votre table, si vous la filmez). Pour se connecter au réseau, il y a le Wi-Fi, et la 3G (sur le modèle à 300€ qui nécessite, comme pour les smartphones, une carte SIM et un abonnement).
Conclusion
La PS Vita est avant tout une console de jeu vidéo. Une console classique, de par son prix (à partir de 250€) et de par son catalogue (Uncharted). Elle est techniquement réussie: au niveau de la puissance, comme de la manipulation, c'est une petite bombe vidéoludique.
Ses innovations tactiles et son interface réussie devront être complétées par de bons jeux, capables d'exploiter intelligemment (et non "pour dire de") les nouvelles manipulations. Mais pour convaincre les éditeurs, il faudra vendre des millions de Vita.
Une chose est sûre: Sony nage à contre-courant. Le "casual gaming", ou le fait de jouer à des petits jeux (coûtant souvent 0,79€) sur un smartphone ou tablette (iPhone/iPad en tête) que l'on a toujours sur soi, prend de plus en plus de place. La cible des "gamers", ces joueurs purs et durs, rétrécit donc d'année en année, mais elle existe encore. La Vita leur est réservée, mais également à tout ceux qui veulent jouer autrement, avec un mélange des genres: classique (joysticks), moderne (écran tactile à l'avant) et innovant (pavé tactile arrière).
















