Immersion dans le métier de copilote en WRC: "Nous sommes comme des gardiens de but"

Immersion dans le métier de copilote en WRC:
 

On connaît surtout leurs voix, avertissant les pilotes du parcours à venir: les copilotes sont les gardiens des notes, indispensables en rallye, mais aussi de véritables "couteaux suisses", racontent deux d'entre eux avant le Rallye de Catalogne, dont les premières spéciales seront disputées vendredi.

"50 mètres droite 111 ferme étroit frein, 70 mètres gauche 60 sur droite 60 moins, dans gauche 50 étroit pont". Distances, directions, angles de volant, indications de conduite, repères visuels, à raison d'un kilomètre en moyenne par page... voilà ce qu'annonce Gabin Moreau à Stéphane Lefebvre en spéciale, à des vitesses pouvant approcher les 200 km/h.

Cette litanie, difficilement compréhensible pour le non-initié mais indispensable pour rallier la ligne d'arrivée, est le fruit de plusieurs semaines de travail, expliquent le Français et son coéquipier chez Citroën Scott Martin, copilote de Craig Breen.

"Après tout ce travail de préparation, le rallye est presque le plus facile", assure le Britannique. "On prend vraiment du plaisir à partir du vendredi matin", confirme Moreau, 29 ans.

Trois à quatre semaines avant la course, les copilotes reçoivent l'itinéraire des spéciales, à partir duquel ils mettent à jour leurs notes des années précédentes et défrichent d'éventuels nouveaux tracés. Ils font ensuite parvenir leur travail aux pilotes qui l'affinent derrière leurs ordinateurs, grâce à des vidéos embarquées.

"Les bons mots"

"La vidéo s'est énormément développée depuis quelques années", précise Martin, 34 ans. "On dispose aujourd'hui des caméras embarquées de chacun pour les dernières éditions. On se base beaucoup dessus pour vérifier nos notes ou ajouter des informations".

Cela ne dispense pas les duos de reconnaissances dans les jours qui précèdent une manche de Championnat du monde. Ils parcourent à deux reprises chaque spéciale et les copilotes adaptent les notes en fonction des remarques des pilotes, avant de les soumettre encore au verdict des caméras embarquées.

"On organise les mots pour que ce soit le plus facile à dire et à comprendre", explique Moreau. "Il faut aussi choisir les bons mots pour décrire. Les systèmes évoluent donc en permanence". Récemment, la paire a ainsi ajouté à son lexique l'abréviation "embarq", désignant des virages difficiles manoeuvrer sur terre, qui "embarquent" la voiture.

Si les copilotes veulent profiter du paysage, les reconnaissances sont le moment de le faire. A la vitesse où roulent les World Rally Cars 2017, impossible de quitter ses notes des yeux au risque de perdre le fil. Comment, alors, savent-ils où ils en sont?

"Tout le ressenti se fait dans le bassin", explique Moreau. "Et on sait quel doit être le rythme en fonction de ce qui vient ensuite dans les notes".

"Gardien de but"

Avec ces nouvelles WRC plus puissantes, "nos notes ont pas mal changé car le rythme est plus élevé", précise-t-il également. "Il a fallu épurer au maximum car on a moins de temps pour lire".

Sur ce point, les duos anglophones ont un avantage. Il suffit pour s'en convaincre de comparer les notes de Gabin Moreau à celles de Scott Martin: quand le premier écrit deux lignes, le second se contente de quatre mots. "En français, on a tendance à rajouter plein de choses", explique l'intéressé.

A lire à des vitesses folles, secoués dans tous les sens, les copilotes n'ont-ils jamais mal au coeur? Si certains peuvent se sentir mal lors des reconnaissances, cela n'arrive pas en spéciale, la concentration aidant, assurent les deux hommes.

Alors qu'ils peuvent passer jusqu'à 11 heures par jour sur le siège passager, les copilotes ne doivent à aucun moment relâcher l'attention. "Même en liaison, il ne faut jamais se laisser distraire", témoigne Martin. "On a juste assez de carburant dans les voitures pour le kilométrage prévu, alors rater un embranchement peut vous mettre hors course!".

Pas facile quand on gère la montre, avec l'impératif d'être à l'heure pour le départ des spéciales, et les relations avec l'équipe, notamment avec les ingénieurs qui souhaitent des retours ou vous indiquent des réglages à modifier. "Nous sommes comme des gardiens de but", résume-t-il. "Pas de place pour l'inattention".

Vos commentaires

Suivez-nous sur Facebook

Top Facebook

Vidéos